Covid-19 : "La pandémie a mis en lumière la vulnérabilité de l’Etat"

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L’historien du corps, de l’hygiène et des sensibilités Georges Vigarello, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), analyse les conséquences de l’épidémie et du confinement.

Paris Match. La pandémie actuelle est-elle inédite ?
Georges Vigarello. Oui, dans sa réponse : contraindre des individus à rester chez eux et leur interdire de circuler est d’une extraordinaire originalité. Une épidémie est perçue comme grave quand on n’arrive plus à gérer les morts. A l’époque médiévale, on rejette les lépreux de l’horizon quotidien dans des léproseries. Ils peuvent circuler mais avec des crécelles pour qu’on puisse les repérer. C’est un éloignement. Quand la peste surgit dans le monde occidental en 1348, on enferme ceux qui en sont atteints. On pense que le malade est porteur d’un venin, que sa respiration peut contaminer. Lors de la peste de Marseille en 1720, la ville est bouclée : les militaires ont pour mission de tirer sur les gens qui sortent. Dans les deux cas, ce n’est pas un confinement.

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Que se passe-t-il avec la grippe espagnole, qui fait des dizaines de millions de morts à la fin de la Première Guerre mondiale ?
Avant, il y a le choléra. Il décime Paris dès 1832. Pour éviter d’effrayer les gens, on déplace les cercueils la nuit. Mais ils tombent des berlines de déménagement en faisant un bruit fou. Cela terrorise la population. On stigmatise les lieux “populaires”, les ateliers, les habitations des ouvriers, mais personne n’est enfermé. La grippe espagnole est, elle aussi, terrible. Elle touche tous les continents. Les malades meurent chez eux. Beaucoup pensent que la parole peut transporter le virus. C’est l’invention des masques, mais toujours pas de confinement. Dans les années 1970, une grippe très grave a tué plusieurs dizaines de milliers de personnes en France. Elle est passée presque inaperçue.

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