Covid-19 : face à Omicron, faut-il changer la stratégie de dépistage ?

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File d'attente pour le dépistage Covid-19 devant une pharmacie à Paris, le 6 janvier 2022.

Avec plus d'1,5 million de tests par jour en France en moyenne début janvier, la capacité de dépistage est saturée.

Devant les centres de dépistage, des files d'attente sans fin. Parfois plusieurs heures d'attente afin de pouvoir se faire dépister. En moyenne, 1,5 million de tests sont réalisés chaque jour en France début janvier, avec des pics atteignant 2,1 millions de tests réalisés certains jours. En janvier, le coût des tests devrait dépasser le milliard d'euros.

"Un tiers des patients a des symptômes sérieux"

Un engorgement des structures de tests expliqué à la fois par la plus grande contagiosité d'Omicron, qui contamine en moyenne plus de 265 000 cas positifs chaque jour, entraînant le dépistage des cas contacts, mais aussi par le nouveau protocole sanitaire à l'école. Dès l’apparition d’un cas positif dans une classe, tous les élèves doivent faire un test antigénique ou PCR, avant un retour sur présentation d’un résultat négatif, depuis le 3 janvier dernier.

Un engorgement vu des laboratoires, dont témoigne Maxime, qui exerce dans le Sud-Ouest du pays. "On a environ un tiers de personne qui ont des symptômes importants, qui ont du mal à tenir debout. Un tiers de personnes cas contacts, et un autre tiers avec des symptômes beaucoup plus légers", constate-t-il.

"300 000 ? 500 000 ? On ne sait pas combien il y a de cas positifs par jour"

"La France découvre une nouvelle phase de la pandémie avec Omicron. Jusqu'à présent, un pic épidémique était d'environ 50 000 cas par jour. Aujourd'hui, on ne sait pas combien de cas positifs il y a par jour, 300 000 ? 500 000? Le système est saturé et ne permet pas d'avoir une image nette de la situation", relève l'épidémiologiste Antoine Flahault.

Un engorgement qui interroge sur la stratégie d'ouverture à tous sans condition de l'ensemble des tests. "On a des tests qui ne sont pas utiles et qu'on ne devrait pas faire et d'autres tests qui sont utiles pour casser des chaînes de transmission et que l'on ne fait pas", a déploré sur RTL Lionel Barrand, président du syndicat des biologistes médicaux.

"Revoir la stratégie de dépistage"

Pour l'instant, la stratégie du gouvernement est l'ouverture de "centaines" de centres de dépistage, à proximité des centres de vaccination, comme l'a annonce Gabriel Attal dimanche 9 janvier. "Il faut revoir profondément la stratégie de dépistage", plaide Antoine Flahault qui craint que "certaines personnes, âgées ou immunodéprimées, renoncent à se faire tester en raison de l'engorgement des structures, et ne reçoivent pas un traitement nécessaire pour eux".

Pour une stratégie de dépistage adaptée à Omicron, plusieurs pistes sont évoquées. "Jusqu'à présent, on incitait à se faire dépister au moindre doute, et les Français l'ont bien compris. Mais le virus a évolué, et il faut changer ses habitudes. Si par exemple vous êtes en bonne santé, et que vous avez des symptômes bénins, inutile d'aller engorger les laboratoires, un autotest et le respect des gestes barrières suffit", illustre l'épidémiologiste.

Vers des publics prioritaires ?

Dans son laboratoire d'analyses, Maxime observe des tests qui ne sont pas faits au bon moment. "On devrait mieux tester. Certains dépistages de cas contacts sont faits à J0 ou J2, donc ils n'ont aucun intérêt car le patient peut être en durée d'incubation. Idem avec le protocole scolaire, qui devrait privilégier les autotests les premiers jours afin d'éviter les longues files d'attente des parents dès le jour où les enfants sont cas contacts", explique-t-il.

Antoine Flahault propose de permettre un accès prioritaires aux tests aux "plus âgées et les plus fragiles, ainsi qu'aux soignants, qui pourraient contaminer des personnes fragiles faute d'avoir accès à un dépistage précoce, ainsi qu'aux enfants et au personnel scolaire, et sur présentation d'une ordonnance".

Une idée qui fait son chemin puisque la direction générale de la santé a appelé vendredi à prioriser l'accès aux PCR et aux tests antigéniques pour les personnes symptomatiques, celles contacts à risque, disposant d’une prescription médicale ou ayant effectué un autotest dont le résultat est positif.

Un échantillonnage pour évaluer la circulation du virus ?

En plus de ce dépistage prioritaire pour certains groupes de la population, l'épidémiologiste et directeur de l'Institut de Santé globale à Genève propose "un échantillonnage organisé par l'Assurance maladie, extrêmement fréquent, afin d'avoir une idée de la circulation du virus. On peut imaginer tester, de manière hebdomadaire voire quotidienne, un échantillon représentatif de la population, afin d'évaluer le niveau de circulation du virus", à la manière des sondages en politique.

Une évolution de la politique de dépistage déjà amorcée à l'étranger. Israël réserve désormais les tests PCR, considérés comme les plus fiables, aux patients de plus de 60 ans et aux plus fragiles.

VIDEO - France : les pharmacies submergées par les tests Covid

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