Covid-19 : de nouvelles restrictions en Afrique pour gérer la seconde vague

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Plusieurs pays du continent africain, jusqu’ici relativement épargnés par le Covid-19, voient le nombre de cas augmenter et se préparent à affronter le pic d'une deuxième vague de coronavirus. Tour d'Afrique des nouvelles mesures sanitaires.

Le tableau de la pandémie de Covid-19 sur le continent africain reste contrasté. Les nouveaux cas augmentent en Afrique de l'Est, du Nord et en Afrique australe mais ils ont plutôt tendance à baisser en Afrique de l'Ouest et du centre, selon le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) de l'Union africaine. "Au moins 25 pays africains ont enregistré une augmentation de plus de 20% des cas" au mois de novembre, avec désormais 11 000 nouveaux cas par jour, avait alerté, jeudi 17 décembre, le Dr Nsenga Ngoy de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), depuis Brazzaville.

Pour autant, d’après certains experts, le pic de la deuxième vague n’est toujours pas atteint, ils préfèrent parler de “frémissements”. L'Organisation mondiale de la santé parle, elle, d’une hausse “inquiétante” de 50 % des décès au cours des six dernières semaines en Afrique et appelle à redoubler de vigilance. Selon Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’organisation, le continent africain est "à une période charnière".

Couvre-feu et fermeture des plages en Afrique du Sud

Pays le plus touché par le Covid-19 sur le continent, l’Afrique du Sud a redonné un tour de vis à ses restrictions sanitaires avec des mesures annoncées lundi par le président Cyril Ramaphosa, notamment un couvre-feu anticipé à 23 h, la limitation des rassemblements et la fermeture ponctuelle pendant les fêtes de nombreuses plages du sud-est du pays en ce début d'été austral. L’Afrique du Sud a dépassé, jeudi, la barre des 10 000 cas en 24 heures, et le taux de positivité s'établissait à 21 %. Le pays de près de 58 millions d'habitants compte plus de 23 000 morts depuis le début de la pandémie.

Fermeture des universités et des tribunaux au Mali

La hausse des cas se poursuit au Mali également, où un pic de plus de 150 cas par jour a été enregistré début décembre. "On voit une augmentation des cas sévères qui nécessitent de l'oxygène, notamment à Bamako, ce n'était pas le cas lors de la première vague", a averti Isabelle Defourny, directrice des opérations chez Médecins sans frontières (MSF) en Afrique.

Le Mali, pays pauvre d'Afrique de l'Ouest confronté à une crise sécuritaire, sociale et économique, avait été relativement épargné au début de la pandémie. Seuls 5 878 cas ont été officiellement enregistrés, dont 205 mortels, pour une population d'environ 20 millions d'habitants. Alors qu'il effectuait 500 tests journaliers lors du premier pic en mars, le Mali en organise aujourd'hui "près de 2 500 quotidiennement", selon Bamako.

Lors du conseil des ministres de mercredi, le ministre de la Santé a souligné que l'évolution de la maladie était "marquée par une progression continue du nombre de cas testés positifs et de décès", une situation jugée "préoccupante", selon un communiqué du gouvernement.

Couvre-feu et interdiction des fêtes en RDC

En République démocratique du Congo, la présidence parle d’une "deuxième vague" de Covid-19, qui touche surtout la capitale Kinshasa. Un couvre-feu a été instauré à partir du 18 décembre dans tout le pays entre 21 h à 5 h du matin. À la veille des fêtes de fin d'année, l'interdiction des cérémonies festives et des réunions de plus de 10 personnes a également été décrétée. Les marches publiques, productions artistiques et kermesses ont également été interdites.

Les autorités ont opté pour la poursuite des compétitions sportives à huis clos, le transport des dépouilles directement sur les lieux d'inhumation sans aucune autre cérémonie. Avant le début du couvre-feu, clients et fidèles devront respecter les mesures barrières dans les églises et les débits de boisson.

Dans les écoles congolaises, les élèves du primaire et du secondaire iront "en vacances anticipées dès ce vendredi 18 décembre" et dans les universités du pays, “la reprise des cours est renvoyée à une date ultérieure" a précisé la présidence, sans donner la date de la reprise.

La RDC, qui compte plus de 80 millions d'habitants, est relativement épargnée en nombre total de cas. Le pays en compte un peu moins de 15 000 pour 364 décès depuis le 10 mars, selon les chiffres officiels. Mais une hausse est enregistrée depuis quelques semaines avec 345 nouveaux cas, dont 298 à Kinshasa, selon le dernier bulletin des autorités sanitaires, qui font également état de six nouveaux décès mardi.

"Cette deuxième vague est essentiellement due à l'importation de cas venus de l'étranger", avait indiqué le président Félix Tshisekedi, lundi, devant le Parlement. Les voyageurs sont systématiquement testés à leur arrivée en RDC depuis le 31 octobre.

Couvre-feu nocturne et prière suspendue en Mauritanie

Autre État africain à adopter le couvre-feu, la Mauritanie a annoncé le 13 décembre l’interdiction de se déplacer de 18 h à 6 h pour tenter d’empêcher la saturation des hôpitaux de ce pays aux moyens sanitaires limités. Le directeur de la santé publique Sidi Ould Zehave a déclaré la veille que les centres hospitaliers "approchaient de la saturation" et que 60 % des personnels médicaux étaient réquisitionnés dans les centres de santé.

La prière collective du vendredi est par ailleurs suspendue dans les mosquées jusqu'à nouvel ordre, a indiqué le ministère des Affaires islamiques dans un communiqué. La Mauritanie avait déjà annoncé début décembre la fermeture des écoles et universités, ainsi que l'interdiction des cérémonies publiques. La fermeture des établissements éducatifs, initialement prévue pour deux semaines, est prolongée jusqu'au 4 janvier, a annoncé le ministère de l'Éducation.

Après un recul, la Mauritanie connaît de nouveau une augmentation significative du nombre de contaminations : sept morts et 279 cas supplémentaires ont été recensés, lors d’un bilan le 12 décembre. La Mauritanie a déclaré officiellement plus de 10 000 cas et 222 décès depuis l'apparition du virus fin mars 2020, pour une population d'environ 4 millions.

Fermeture des restaurants et interdiction de danser à Dakar

Au Sénégal, les restaurants et les bars de la région de Dakar ferment au plus tard à 23 h et ont cessé musique et danse depuis le 12 décembre. Le gouverneur de la région a invoqué "la courbe de progression inquiétante" du Covid-19 dans la zone de Dakar, qui concentre la grande majorité des cas de contamination. Ces restrictions s'ajoutent à celles récemment remises à l'ordre du jour par le ministère de l'Intérieur, comme le port obligatoire du masque dans les services publics et privés et les transports, ou l'interdiction de rassemblement sur les terrains de sport, les plages ou dans les salles de spectacles et les espaces publics.

Après des mois de recul, le Sénégal connaît depuis peu une augmentation significative des contaminations. Depuis l'apparition du premier cas en mars, le Sénégal a officiellement déclaré plus de 17 000 cas et 349 morts, d’après le bilan officiel du 12 décembre.

Grèves du personnel soignant en Tunisie et au Kenya

Dans d'autres pays africains, le personnel soignant est sous tension. En Tunisie, les médecins ont fait grève début décembre pour demander une réforme profonde de leur système de santé.

Les carences de gestion du secteur de la santé, viennent s’ajouter à une situation inquiétante avec 104 329 cas recensé, dont 3 596 décès, selon le bilan officiel du 14 décembre.

Le couvre-feu en vigueur dans plusieurs grandes villes tunisiennes depuis octobre a été prolongé dans tout le pays début décembre jusqu’au 31 mars. Il reste donc interdit de circuler entre 20 h et 5 h et de rassembler plus de 30 personnes pour des évènements privés. Le port du masque est obligatoire et les cafés doivent retirer les chaises dès 16 h pour limiter l’affluence, tandis que les chichas restent interdites dans les espaces publics.

Même colère du personnel soignant au Kenya, où les infirmières font grève depuis le 7 décembre. Alors que le système de santé kényan est en crise, une seconde vague a conduit dès septembre à maintenir un couvre-feu et les écoles fermées. Certains professionnels de santé attendent déjà "la troisième vague".

Ailleurs, des restrictions se poursuivent, comme au Rwanda, qui a enregistré presque autant de nouveaux cas en décembre (722), que depuis le début de la pandémie (797). Les bars et boîtes de nuit restent fermés dans le pays depuis mars. En Ouganda voisin, toutes les régions sont désormais touchées.

Avec AFP