Covid-19: nouvel An, nouveau confinement?

Paul RICARD avec les bureaux de l'AFP
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Et de trois? Malgré les espoirs que fait naître le début de la campagne de vaccination contre le Covid-19, les Français finissent l'année sous la menace d'un possible nouveau confinement, qui pourrait être local selon certains élus.

Très inquiétante par endroits, la situation sanitaire motive la tenue d'un conseil de défense mardi, a annoncé l'Elysée à l'AFP. On ne sait pas encore si de nouvelles mesures y seront décidées, mais des élus locaux ont déjà leur idée.

Dans le Grand Est, un reconfinement local est "une perspective aujourd'hui inéluctable", a jugé le maire (PS) de Nancy, Mathieu Klein, tout en laissant à l'Etat le soin d'en fixer le périmètre, qui pourrait selon lui être la région ou la métropole.

"Nous ne souhaitons pas un nouveau confinement, car la population souffre suffisamment des mesures de privations déjà imposées", a à l'inverse estimé Christian Estrosi, maire de Nice, ville où l'épidémie est également très active.

Il réclame en revanche que la vaccination démarre "tout de suite" dans son département, et non dans huit jours comme prévu. En outre, il compte demander au préfet d'avancer le couvre-feu à 18H00 ou 19H00 dans les quartiers où la circulation du virus est plus élevée qu'ailleurs.

- "Dernière extrémité" -

Sur les sept derniers jours, on a détecté en moyenne 12.000 nouveaux cas quotidiens de contamination en France, un plateau relativement stable depuis quelques semaines, loin de l'objectif des 5.000 fixé par le gouvernement. Si on rapporte les cas à la population, l'Est du pays est particulièrement touché, à commencer par la région Grand Est, la Bourgogne-Franche-Comté ou le département des Alpes-Maritimes.

Les professionnels de santé redoutent que cette dégradation ne s'accentue à cause des brassages des vacances de Noël.

Si le couvre-feu avait été exceptionnellement levé pour le 24 décembre, il sera en vigueur pour le réveillon du Nouvel An jeudi, et les autorités sanitaires en appellent à la responsabilité des Français pour limiter leurs contacts.

Mais si la situation épidémique "devait s'aggraver", un troisième confinement ne serait pas exclu, a prévenu le ministre de la Santé, Olivier Véran.

La France a déjà été confinée de façon radicale de mars à mai, puis selon des modalités plus légères du 30 octobre au 14 décembre, le confinement étant depuis remplacé par un couvre-feu nocturne.

Ces derniers jours, d'autres pays se sont résolus à un nouveau confinement, comme l'Autriche ou Israël.

De quoi inquiéter des acteurs économiques déjà mis à genoux par les précédentes mesures.

La Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) a d'ailleurs appelé dimanche à "ne pas banaliser le confinement", qui "doit être la dernière extrémité pour mettre fin à une situation incontrôlable, et non une simple hypothèse parmi d'autres".

D'autant que certains secteurs sont déjà confinés de fait: dans le meilleur des cas, les lieux culturels ne rouvriront pas avant le 7 janvier et les bars et restaurants avant le 20.

- "Dépister massivement" -

"Il ne faut rien rouvrir du tout, il faut envisager de vacciner férocement et il faut se mettre enfin à dépister massivement, c'est la seule solution", a préconisé l'épidémiologiste Catherine Hill sur BFMTV.

Pour elle, la clé est une stratégie de tests à la fois plus massifs et mieux ciblés, pour repérer les cas positifs: "On isole les gens qui sont contagieux au lieu de confiner tout le monde, c'est quand même beaucoup plus intelligent".

Dans ce tableau globalement sombre, le début de la vaccination en France et en Europe dimanche a apporté une touche d'espoir. Les autorités espèrent qu'elle mettra fin à l'épidémie courant 2021.

Après le coup d'envoi à Sevran (banlieue parisienne) puis Dijon, la campagne s'est poursuivie lundi dans des structures pour personnes âgées près de Tours, à Lille ou à Lyon.

Dans la première phase de la campagne, seuls ces établissements pour seniors sont concernés.

"D'être le premier, je m'en moque, mais d'être vacciné est essentiel pour moi", a assuré Jacques Collineau, premier résident à l'Ehpad Debrou de Joué-les-Tours à recevoir l'injection lundi.

"Mon épouse, qui vit chez elle, est plus réticente mais j'essaierai de la convaincre", a déclaré cet homme de 75 ans à un correspondant de l'AFP.

Le gouvernement s'est fixé, d'ici à la fin février, l'objectif d'un million de vaccinés parmi les plus âgés et les plus vulnérables, particuliers et soignants, dans les 7.000 Ehpad et établissements assimilés.

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