Covid-19 : au Népal, la situation est presque pire qu'en Inde

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Au Népal, les travailleurs de santé portant des combinaisons de protection vaporisent du désinfectant sur les enfants pendant le confinement national imposé pour lutter contre le Covid-19.

Comme son voisin indien, le Népal fait face à une flambée épidémique et a du mal à contrôler la deuxième vague de l'épidémie de Covid-19. Le gouvernement a lancé un appel à une aide internationale, notamment à cause de pénuries de vaccins.

Si on sait que la situation épidémique en Inde est hors de contrôle, celle de son voisin népalais est similaire, si ce n'est pire. Le pays qui partage une longue frontière avec l'Inde a du mal à contenir l'explosion de cas de Covid-19 depuis la mi-avril. Suite aux avertissements des responsables de santé selon lesquels le pays était sur le point de perdre le contrôle de l'épidémie, le gouvernement a décidé de lancer un appel à une aide internationale urgente. 

Le 28 avril, le pays enregistrait son plus grand nombre quotidien de nouveaux cas de Covid-19 avec 4774 infections et depuis, ces chiffres ne cessent d'augmenter chaque jour. Ce jeudi 6 mai, le pays himalayen a recensé 9070 infections en une journée. Voilà 3 semaines que le nombre d'infections quotidiennes atteint des sommets chaque jour, provoquant une véritable submersion des hôpitaux.

Des chiffres sous-estimés et le pire est à venir 

De plus, les experts de santé du pays de plus de 28 millions d'habitants affirment que ces chiffres sont largement sous estimés et ne représentent pas la véritable prévalence du virus. "Les données publiées par le gouvernement népalais concernent uniquement ceux qui ont été testés après avoir développé des symptômes de la maladie", a déclaré le Dr Binjwala Shrestha, professeur adjoint à l'Institut de médecine de l'Université de Tribhuvan, au média chinois Xinhua. "Si vous effectuez des tests parmi toutes les personnes d'une communauté, vous trouverez un nombre d'infections plusieurs fois plus élevées que le nombre de cas actuellement signalés."

Pour le Dr Archana Shrestha, professeure agrégée du département de santé publique de l'Université de Katmandou, le Népal n'est encore qu'à un stade précoce des infections de la deuxième vague et le pire est à venir : "Le Népal a été témoin d'un tiers des infections potentielles jusqu'à présent et les deux autres tiers des infections n'ont pas encore eu lieu", a-t-elle déclaré.

"Une zone de guerre"

"C'est comme si nous étions dans une zone de guerre", explique le Dr Sher Bahadur Pun, chef de l'unité de recherche clinique d'un hôpital des maladies tropicales et infectieuses, au Kathmandu Post. Dans son hôpital, les patients doivent être traités au sol et dans la cour.

Vidéo - Covid-19 au Népal : résurgence de l'épidémie

Si la situation inquiète tant au Népal, c'est parce qu'en plus des hôpitaux débordés, le taux de positivité des tests a atteint le seuil très inquiétant des 47% et le pays fait face à une pénurie de vaccins. Plus tôt dans la semaine, le Premier ministre KP Sharma Oli a lancé un appel à la communauté internationale pour recevoir des doses de vaccins. Le pays a besoin d'au moins 1,6 million de doses d'AstraZeneca de toute urgence pour pouvoir administrer des secondes doses. "Je voudrais demander à nos voisins, pays amis et organisations internationales de nous aider avec des vaccins et des médicaments de soins intensifs afin de soutenir les efforts en cours pour lutter contre la pandémie", a déclaré la Premier ministre dans un discours télévisé, indique le Straits Times.

Une campagne de vaccination très mal gérée

Le mois dernier, les autorités sanitaires ont été obligées de suspendre la campagne de vaccination après avoir vacciné un peu plus de deux millions de personnes avec le vaccin AstraZeneca, fourni par l'Inde, et le chinois Sinopharm. Le pays connait désormais un coup d'arrêt à cause d'un problème de stocks. La campagne de vaccination du gouvernement est pointée du doigt pour son organisation jugée catastrophique. Les interminables files d'attente de gens patientant pour obtenir un vaccin dans la capitale auraient fortement aidé à la propagation de la maladie, rapporte le Guardian.

De plus, le Népal est un pays difficile d'accès ne favorisant pas une bonne logistique, notamment pour les équipements médicaux spécialisés. "Notre pays est enclavé et les approvisionnements viennent souvent d'Inde par voie terrestre, mais à l'heure actuelle, l'Inde a besoin de tout son équipement médical", analyse Nripendra Khatri, des Catholic Relief Services. "Cela signifie que tout doit passer par les aéroports, et tous les vols commerciaux ont été suspendus à l'exception de deux vols par semaine en provenance de Delhi, en Inde. Une fois que les fournitures arrivent à Katmandou (ndlr : la capitale), elles doivent se répartir à travers un pays de montagnes." 

1600 lits et 600 ventilateurs pour tout le pays

La logistique est en effet compliquée dans ce pays qui possède 8 montagnes parmi les 10 plus hautes du monde. "De nombreux endroits ne sont accessibles que sur des chemins de terre ou à pied. Répondre à cette crise et faire en sorte que les villages éloignés aient accès aux tests et aux fournitures est une mission colossale", ajoute Nripendra Khatri.

Le pays himalayen, qui est l'un des plus pauvres du monde, ne compte qu'environ 1 600 lits de soins intensifs, moins de 600 ventilateurs et ne possède que 0,7 médecin pour 1000 habitants. 

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Comme en Inde, le gouvernement népalais a autorisé le déroulement de plusieurs grandes fêtes religieuses en ce début d'année, dont Pahan Charhe, qui a fortement contribué à la propagation de la maladie. De plus, de nombreux travailleurs migrants népalais de retour Inde ont regagné leur pays avant la fermeture des frontières pour fuir la situation sanitaire catastrophique en Inde, contribuant également sans doute à la propagation du Covid-19 dans le pays.

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