Covid-19: des maires dénoncent une "pénurie" de vaccins, Macron appelle à ne "pas céder à l'impatience"

Jeanne Bulant
·4 min de lecture
Emmanuel Macron à Brest  - BFMTV
Emmanuel Macron à Brest - BFMTV

Alors que la campagne vaccinale commençait à peine à atteindre un rythme de croisière, les doses disponibles viennent maintenant à manquer. Le gouvernement tente de rassurer et de défendre sa stratégie vaccinale, alors que de nombreux maires français déplorent en choeur "une pénurie de vaccins" ces derniers jours, en raison des retards de livraison annoncés par les laboratoires Pfizer, le fabricant du vaccin distribué en France à ce stade.

Jean Castex a reconnu ce mardi que la France ne recevrait cette semaine "que 320.000 doses" au lieu des 520.000 initialement prévues, sur un total de 1,6 million de doses. "Mais ce sera rattrapé", a-t-il assuré.

"Gardons cette capacité à regarder le grand large"

De nouveau pointé du doigt sur sa gestion logistique de la crise, Emmanuel Macron a appelé lors d'un déplacement à Brest ce mardi, à ne "céder à aucun court-termisme, aucune impatience et aucune mode des temps". "Gardons cette capacité à regarder le grand large, à avoir cette vision stratégique qu'ont eu nos prédécesseurs qui ont bâti notre indépendance (...) et gardons ce sens du temps long", a déclaré le chef de l'État à l'occasion de son traditionnel discours de voeux aux Armées.

"On ne gagne aucune guerre si on ne la prépare pas", a-t-il encore lancé, avant de défendre: "Je ne dirais pas que j'ai pris l'habitude de vivre avec, mais je sais comment chaque jour on peut expliquer comment il fallait gagner la guerre d'hier. C'est très dur de préparer celle de demain. C'est ce que nous faisons".

Ces derniers jours, les critiques à l'encontre du déploiement de la campagne vaccinale fusent dans l'opposition, à l'image de Martine Aubry, la maire de Lille, qui a demandé lundi à l'exécutif qu'il "dise la vérité. Qu'on ne recommence pas la même histoire qu'avec les masques ou les tests", a-t-elle exhorté.

Avec seulement 10.000 doses de vaccin par semaine pour 170.000 habitants au-dessus de 75 ans, la maire de Paris a aussi été l'une des premières à demander davantage de doses au gouvernement, craignant une campagne trop lente dans la capitale.

90% des centres ne proposent plus de rendez-vous

"À ce rythme, il faudrait 34 semaines pour tous les vacciner", avait déploré Anne Hidalgo jeudi. Un avis partagé par la maire du 5e arrondissement de Paris Florence Berthout, pour qui à ce rythme-là, il faudrait trois mois et demi pour vacciner toutes les personnes de plus de 75 ans dans son arrondissement.

Les maires de Dijon, François Rebsamen, et de Besançon, Anne Vignot, deux des villes les plus affectées en France par le Covid-19, ont eux aussi aussi dénoncé "la carence de l'État central" dans la livraison des vaccins. Même constat du côté des Alpes-Maritimes, où la situation sanitaire inquiète. Mardi, le député Éric Ciotti a regretté sur BFMTV "le manque cruel" de doses et sollicité un stock "plus important dans le département", tout comme les maires de Nice Christian Estrosi ou encore de Cannes David Lisnard.

Corollaire à la question des doses insuffisantes, se pose aussi celle des nombreux centres de vaccination qui affichent déjà complet. Selon nos informations, sur le site Santé.fr, 90% des centres de vaccination ne proposaient plus de rendez-vous ce mardi.

Pour une "information en temps réel" sur les stocks

"Aujourd'hui, sur l'ensemble de la France, il y a plus de doses qui ont été distribuées dans les centres de vaccination que de rendez-vous donnés", a défendu sur BFMTV Agnès Pannier-Runacher, ministre chargée de l'Industrie, sous-entendant que certains centres de vaccination avaient en fait accordé trop de rendez-vous par rapport au nombre de doses allouées.

"Moi je salue la mobilisation des élus locaux qui ont effectivement cherché à ouvrir plus de centres, mais l'équation mathématique est connue", a-t-elle répondu aux élus. "Les doses de vaccin reçues chaque semaine sont dispatchées dans l'ensemble des centres du territoire", pour respecter selon elle "une équité territoriale". "C'est la règle du jeu que nous nous devons de respecter", a martelé Agnès Pannier-Runacher.

Dans la journée, l'association des maires de France (AMF) a demandé à l'Etat que soit publiée une "information en temps réel" sur les stocks de vaccins et le calendrier d'approvisionnement dans une optique de transparence.

Mais dans la matinée, Olivier Véran avait annoncé que toutes les données sur la livraison des vaccins dans les 900 centres de vaccination de France seraient accessibles à tous "avant la fin de semaine" sur le site Santé.fr. La répartition régionale et départementale des doses de vaccin sera également visible dans cet "open data".

Article original publié sur BFMTV.com