Covid-19: ces métiers du vin qui souffrent de la perte de l’odorat et du goût

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En France, la campagne de vaccination contre le Covid devrait s'ouvrir pour les enseignants à compter de la mi-avril. Dans leur sillage, les œnologues, les sommeliers et d’autres professionnels de la dégustation demandent à être inclus dans ces vaccinations ciblées. Il en va de leur travail.

Ce sont les symptômes post-Covid qui perturbent la vie de nombre de patients : la perte de l’odorat et du goût. Mais comment faire quand on est œnologue, sommelier ou de manière générale, un professionnel de la filière vin pour qui son nez et son palais sont de véritables outils de travail ? Ces effets à long terme de « Covid long » sont de plus en plus fréquents dans le monde, mais encore très peu connus. C’est ce que révèle une étude menée par l’Union des œnologues de France avec l’Académie nationale de médecine. Les résultats de cette étude sont, en effet, accablants, estime Didier Fages, président des Œnologues de France.

RFI : Dans quelle mesure les professionnels du vin sont-ils concernés par la perte de l'odorat, appelée aussi l'anosmie, et la perte du goût, que l’on appelle l'agueusie ? Quel est l’impact de ces troubles sur leur travail, sur leurs entreprises ?

Didier Farges : Parmi ces professionnels touchés par le Covid-19, 68% ont perdu l’odorat et 56% ont perdu le goût. Ces troubles ont affecté leur vie professionnelle dans 38% des cas. Les femmes ont été plus touchées que les hommes.

Vous savez très bien que pour devenir vin, le raisin récolté passe par les différents processus de transformation : la fermentation, la vinification et l’assemblage. À chaque étape de l’élaboration du vin, nous sommes amenés à le déguster. Donc, si vous n’avez plus vos fonctions, si vos organes ne sont pas en bon état de marche, vous ne pouvez pas goûter. Et cela devient un vrai problème pour nos professionnels. Imaginez un musicien ou un violoniste à qui l’on demande de jouer un concert, et qui se retrouve sans son instrument. Il ne pourra pas le faire. Nous, c’est la même chose. Nous avons besoin de nos outils de travail que sont l’odorat et le goût. Et nous pensons que la vaccination est un élément essentiel pour les préserver. Les œnologues représentent 5 000 professionnels en France et les sommeliers, 2 500. Mais au-delà de ces chiffres, des milliers de professionnels de la dégustation du vin sont concernés.

Vous demandez que ces métiers soient inclus dans les professions prioritaires de ces vaccinations ciblées. Mais vous proposez aussi un plan d’action…

Nous sommes bien conscients que les professionnels de la santé ou de l’éducation, tous ceux de la fameuse « première ligne » restent prioritaires. Mais nous savons aussi que les métiers de la dégustation sont particulièrement impactés par cette pandémie, et que la seule action préventive est la vaccination.

Parallèlement, nous avons élaboré un plan de mesures préventives qui permettrait aux professionnels du vin de mieux connaître cette maladie. Nous demandons notamment que ces troubles de l’odorat et du goût soient reconnus comme maladie invalidante pour ces métiers. Aujourd’hui, j’ose le dire, il existe une sorte d’omerta dans le milieu. Les entreprises n’aiment pas que l’on parle que leurs œnologues soient atteints de cette maladie et qu’ils ne puissent pas goûter ou élaborer leurs vins. Reconnaître cette maladie comme invalidante permettrait aux cabinets de médecins ORL [NDLR: oto-rhino-laryngologie] de s’équiper de tests d’auto-olfactométrie. Ce sont des tests qui permettent d’évaluer la perception du patient en lui proposant des odeurs de plus en plus concentrées. Tous les cabinets ORL n’en sont pas équipés.

Nous recommandons par ailleurs une couverture santé et prévoyance renforcée pour l’ensemble des œnologues, et en particulier pour les indépendants, jusque-là moins protégés. Les professionnels du vin doivent consulter un médecin ORL afin de prévenir, diagnostiquer et, en cas de besoin, traiter. Nous nous sommes mobilisés pour mettre en place un numéro syndical d’urgence et une plateforme intérim pour faciliter des solutions de remplacement. En plus de cela, un programme national de recherche sur les troubles de l’odorat et du goût pourrait être lancé via le fonds de dotation des Œnologues de France. Toutes ces mesures auront comme objectif de mieux connaître ce phénomène, mis en lumière par l’avènement du Covid-19, mais aussi d’aider les personnes concernées à retrouver l’odorat et le goût.

Justement, les moyens pour aider ces patients existent-ils ?

Nous avons recommandé un certain nombre de kits olfactométriques qui sont des kits d’auto-entraînement. Ils peuvent servir les professionnels du vin, mais aussi ceux des métiers de bouche, de la restauration, et toute personne qui souffre de ces troubles post-Covid et qui aurait besoin de recouvrir ces fonctions essentielles dans notre vie.