Covid-19 : les limites de l'ouverture de la vaccination à tous les adultes dès le 31 mai

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Photo d'illustration

Plusieurs médecins craignent que les personnes fragiles qui n'ont pas encore été vaccinées soient oubliées après l'ouverture de la vaccination à tous 15 jours plus tôt que prévu. Ils réclament que des doses leurs soient réservées en priorité.

Tous les adultes pourront se faire vacciner dès le 31 mai sans conditions, soit 15 jours plutôt que la date initialement prévue. Si l'accélération est saluée par beaucoup, impatients de pouvoir se faire vacciner sans avoir à scruter les doses disponibles la veille pour le lendemain, certains médecins alertent.

"L'ouverture à tous les adultes va créer une pression sur le nombre de doses, ce sera la règle du premier arrivé, premier servi. Le risque, c'est que les prioritaires pas encore vaccinés se retrouvent mis de côté", déplore Maxime Gignon, professeur de santé publique à l’université d’Amiens et chef du pôle prévention et épidémiologie au CHU de la ville picarde.

4,8 millions de plus de 60 ans pas encore vaccinés

Sur les 6,4 millions de plus de 75 ans recensés, 22% n'a reçu aucune dose de vaccin et sur les 11,5 millions de 60-74 ans, 30% n'a reçu aucune injection, soit 4,8 millions de personnes de plus de 60 ans pas encore vaccinés.

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Or, avec l'ouverture à tous de la vaccination, plus de 21 millions de 18-49 ans qui n'ont pas encore été vaccinés peuvent potentiellement prendre un rendez-vous vaccinal dès le 31 mai.

"Encore plus compliqué de trouver un rendez-vous"

"J'ai des patients de plus de 60 ans qui ne veulent pas d'AstraZeneca mais qui n'arrivent pas à trouver de rendez-vous pour du Pfizer, Janssen ou Moderna. Avec l'ouverture à tous, ils vont être en concurrence directe avec l'ensemble de la population, parfois plus à l'aise avec les plateformes de réservation, alors qu'il n'y aura pas de doses pour tout le monde", s'inquiète Michaël Rochoy, médecin généraliste dans le Pas-de-Calais.

Avec en moyenne 4 millions de doses de Pfizer livrées en France chaque semaine de juin contre 2,5 millions en mai, la vaccination va s'accélérer, mais pas suffisamment pour garantir une dose par adulte. D'autant que les Français ont de plus en plus confiance en la vaccination.

"Ne pas tout miser sur les vaccinodromes"

"L'ouverture à tous les adultes va accentuer les disparités du système de santé actuel. Il y a des différences dans l'accès aux soins et donc au vaccin selon l'âge, avec les difficultés d'utilisation des plateformes numériques ou le manque d'information, mais aussi selon le milieu social et le lieu d'habitation", observe Maxime Gignon, qui illustre ses propos : "Dans mon secteur, des quartiers prioritaires ont seulement un taux de vaccination de 40 à 45% des plus de 75 ans".

S'il reconnaît qu'il est important d'ouvrir la vaccination à tous pour protéger un maximum de citoyens, le professeur de santé publique demande en parallèle de "mettre de côté des doses pour les publics prioritaires pas encore vaccinés, et ne pas mettre toutes les doses et tous les moyens humains dans les vaccinodromes".

Des initiatives pour vacciner les plus éloignés du système de santé

"Il faut aller chercher ces publics prioritaires avec des actions ciblées vers les personnes les plus éloignées de la vaccination, que ce soit en raison d'un éloignement géographique, d'une fracture numérique, ou d'une hésitation à se faire vacciner, en allant dans ces quartiers, en travaillant avec les associations, les généralistes...".

Des initiatives locales existent et sont lancées par les CPAM, les départements ou encore les communes : la vaccination sans rendez-vous au pied des tours à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), la mise en place d'un bus de la vaccination, toujours dans le 93, qui sillonne le département pour informer et vacciner les plus de 75 ans, les plus éloignés du système de santé, ou qui ont des difficultés à prendre rendez-vous, voire à se déplacer.

Chez les plus de 75 ans, la vaccination ralentit ces dernières semaines. La couverture vaccinale de cette tranche d'âge est passée de 68,8% à 78% en un mois.

"Ne pas laisser de côté les plus défavorisés"

Un ralentissement de la progression de la vaccination dans les tranches d'âge les plus avancées qui n'étonne pas Antoine Flahault. "C'est un phénomène qu'on observe dans toutes les campagnes de vaccination. À partir d'environ 80% de vaccination d'une tranche d'âge, ça plafonne". Un phénomène observé notamment aux États-Unis et qui inquiète.

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"C'est le moment de renforcer les moyens pour aller chercher les 20% restants avec des actions ciblées. Ce sont souvent des personnes isolées ou de milieux sociaux défavorisés. Les laisser de côté pendant cette vaccination, c'est creuser un peu plus les inégalités sociales", poursuit l'épidémiologiste, directeur de l'Institut de Santé globale à Genève.

Comment aller vers les personnes prioritaires ?

Parmi les solutions avancées pour aller vers ces publics prioritaires, la vaccination en pharmacie ou chez son généraliste. Depuis une dizaine de jours, ils peuvent commander des vaccins Moderna, un jumeau du Pfizer, pour vacciner en cabinet et en officine.

"C'est une bonne chose qui va permettre aux généralistes de cibler directement leurs patients prioritaires pas encore vaccinés et qui le souhaitent", salue le professeur Maxime Gignon, qui voit là une solution pour aller vers les personnes prioritaires.

Pfizer chez les généralistes ?

Mais avec une commande limitée à un flacon par semaine, soit 10 doses, pour les médecins et deux flacons pour les pharmacies, le volume paraît insuffisant aux yeux des généralistes, qui réclament de pouvoir vacciner avec Pfizer, qui peut désormais être conservé au réfrigérateur.

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La France doit recevoir un peu plus 400 000 doses de Moderna par semaine en juin, alors que les livraisons de Pfizer sont presque 10 fois plus importantes, avec 3,9 millions de doses hebdomadaires. "Si on me donne un flacon Pfizer, je peux réserver des doses à mes patients prioritaires. Je sais lesquels de mes patients âgés ou fragiles veulent être vaccinés", détaille le généraliste Michaël Rochoy, qui a commandé un flacon de Moderna pour la semaine prochaine. Olivier Véran a pour l'instant écarté l'idée de fournir Pfizer aux pharmaciens et généralistes, misant d'abord sur Moderna.

Une solution à l'étude

Mais la vaccination en cabinet n'est pas la seule solution avancée. "Il faut mettre à disposition des médecins traitants un tableau de leurs patients avec l'avancée de leur vaccination et leur âge. Cela permettrait notamment aux généralistes d'appeler leurs patients prioritaires qui n’ont pas encore été vaccinés pour leur proposer un rendez-vous en cabinet et leur faciliter l'accès à la vaccination", espère Michaël Rochoy.

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"Si chaque médecin a un tableau avec l'âge, la vaccination ou non de chaque patient et ses coordonnées, cela accélérerait fortement la vaccination des plus fragiles", espère le médecin généraliste, dont la demande a été faite aux autorités sanitaires.

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