Covid-19: l'exécutif ne ferme plus la porte au passeport vaccinal

Le service politique de BFMTV avec Jeanne Bulant
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Au sommet de l'État, on continue d'affirmer que le débat autour de l'instauration d'un passeport vaccinal n'est pas à l'ordre du jour. Mais en coulisses, l'exécutif ne dit plus non.

La création d'un "passeport vaccinal", qui attesterait qu'une personne a été vaccinée contre le Covid-19, soulève de nombreuses questions en France comme à l'étranger. Un tel document pourrait être demandé pour voyager, se rendre au restaurant ou aller au cinéma, comme cela risque de devenir le cas en Israël, voire dans certains lieux publics en Suisse.

Officiellement, le gouvernement assure que la question n'est pas à l'ordre du jour, mais selon nos informations, l'idée d'un passeport vaccinal fait son chemin au sein de l'exécutif.

La part de Français vaccinés encore trop faible

Pour l'heure, une source au sein de l’exécutif qualifie cette question de "prématurée", alors que seuls 3.37% de la population française sont à ce jour vaccinés. Un avis partagé par le secrétaire d'État au Tourisme. Lors d'un point virtuel sur la relance du tourisme en région PACA ce mardi, Jean-Baptiste Lemoyne a lui aussi jugé que le débat était "prématuré".

"L'idée de restreindre les flux aux personnes qui sont seulement vaccinées est un débat qui nous paraît prématuré", a-t-il déclaré, car "vous avez 4 à 5% de la population européenne vaccinée, les publics les plus fragiles et pas ceux qui le plus spontanément peuvent voyager. Le fait de conditionner le déplacement au fait d'être vacciné est un sujet éthique et pas un petit sujet", a-t-il insisté.

Plusieurs incertitudes demeurent au sujet d'une telle mesure. D'abord, la vaccination contre le Covid-19 n'est pas obligatoire en France, et les réfractaires sont encore nombreux. Un tel sésame pourrait donc diviser la société, entre ceux autorisés à reprendre une vie normale, et les autres. Certains dénoncent déjà "une atteinte aux libertés individuelles".

Questions scientifiques

D'autres problèmes pourraient aussi se poser, notamment d'ordre scientifique. "On ne sait pas ce que les vaccins ont comme capacité de protection sur la durée: six mois, un an? Est-on vraiment certain que les personnes vaccinées ne transmettent plus le virus? Et quid des variants futurs, qui pourront annuler un vaccin?", s’interroge-t-on auprès de BFMTV dans l’entourage d’Olivier Véran.

Selon nos informations, le gouvernement ne veut donc pas précipiter les choses, et par souci de justice, préfère attendre que la majorité des Français soit vaccinée. "Alors que des gens attendent pour se faire vacciner, ce serait étrange de mettre dans le débat la question du passeport vaccinal", souligne un membre du gouvernement.

En coulisses, l'idée fait son chemin

Au sommet de l'État, on considère donc qu'il est encore trop tôt pour ouvrir le débat publiquement. En coulisses toutefois, l’idée fait son chemin. "Cela fait partie des sujets qui seront discutés à un moment", confie à BFMTV une source au sein de l’exécutif.

La mise en place d'un passeport vaccinal pour les personnes amenées à voyager est une piste envisagée. Le gouvernement plaide déjà pour une coordination entre les différents pays européens. "Nous allons travailler ensemble sur cette question", a déclaré Clément Beaune fin janvier au micro de BFMTV. "Le passeport vaccinal sera d'ailleurs au menu de la réunion des ministres des affaires européennes et du conseil européen la semaine prochaine. Il ne doit pas y avoir d’initiatives isolées", avait poursuivi le secrétaire d'État chargé des Affaires européennes.

"Un passeport vert" visant à entrer dans les lieux culturels, les salles de sport ou les restaurants pourra-t-il être envisagé en France, comme cela a été décidé en Israël? "Je suis favorable à tout ce qui permet un retour à la vie normale", confie à BFMTV un ministre de premier plan, qui tempère toutefois, redoutant "des problèmes de faisabilité". Cette même source appelle à veiller à respecter "les débats sur les libertés publiques, qui ne sont pas négligeables".

Et justement pour éviter d’être accusé de passer en force, l’exécutif souhaite ouvrir le débat avec toutes les forces d’opposition: soit au Parlement, soit dans le cadre d'une réunion à Matignon. Dans tous les cas, l’entourage d’Olivier Véran assure que "cette question est profondément sociétale et politique, et qu'il y aura donc une concertation, d’une manière ou d’une autre".

Article original publié sur BFMTV.com

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