Covid-19: les meetings de Donald Trump ont-ils "provoqué 30.000 contaminations"?

Alix Coutures
·Journaliste
·5 min de lecture
Les chercheurs se sont appuyés sur une technique de "modélisation prédictive"  (Photo: Kevin Lamarque / Reuters)
Les chercheurs se sont appuyés sur une technique de "modélisation prédictive" (Photo: Kevin Lamarque / Reuters)

CORONAVIRUS - Donald Trump a “coûté des centaines de vies et provoqué des milliers de cas avec des rassemblements super-propagateurs qui ne servent que son propre égo”, a asséné le porte parole de Joe Biden, Andrew Gates, ce samedi 31 octobre.

Pour formuler une telle accusation, le staff de campagne du candidat démocrate à la présidence américaine s’est appuyé sur une étude de l’université de Stanford (Californie) affirmant que les meetings de Donald Trump auraient provoqué la contamination de 38.697 personnes et de 775 décès supplémentaires.

Alors que l’actuel président américain n’a cessé de minimiser l’impact du coronavirus ces derniers mois, l’étude tombe à pic pour ses adversaires, devenant un argument de campagne. “Donald Trump a complètement foiré sa gestion du coronavirus”, a notamment déclaré l’ancien président des États-Unis, Barack Obama, ce week-end lors du rassemblement de soutien à Joe Biden.

Ces chiffres ont également été repris par de nombreux quotidiens américains. Pourtant, l’étude a été réalisée grâce à une modélisation d’économistes. Elle est donc à nuancer, selon plusieurs épidémiologistes américains.

Modélisation prédictive

Comment les chercheurs de l’Université de Stanford sont-ils parvenus à de tels résultats? Ils ont choisi 18 comtés ayant accueilli un rassemblement trumpiste entre le 20 juin et le 22 septembre 2020. Trois d’entre eux avaient eu lieu à l’intérieur, dans un “espace clos”.

Ils ont ensuite utilisé une méthode appelée “la modélisation prédictive” et ont cherché à distinguer les effets des rassemblements présidentiels de la progression normale de l’épidémie, en examinant les trajectoires de progression des cas et des décès dans les comtés où ont eu lieu les meetings de Donald Trump.

Ils les ont, enfin, comparés à 100 autres comtés qui ont eu des trajectoires similaires de cas Covid-19 dans les semaines précédant la date des “rallyes” de la campagne.

Les comtés ou ont eu lieu les meetings de Trump  (Photo: Stanford University )
Les comtés ou ont eu lieu les meetings de Trump (Photo: Stanford University )

Conclusion: les comtés qui ont accueilli les événements de Trump ont payé un “lourd tribut en termes de maladie et vies humaines”, a fustigé le professeur d’économie Douglas Bernheim, interrogé par le site Politico ce samedi 31 octobre.

En effet, le modèle statistique semble démontrer que les meetings de Trump ont été des “super-propagateurs de l’épidémie” et ont entraîné une forte hausse des cas de Covid-19 dans les villes visitées par le président. Plus précisément, les comtés visités par le président ont connu en moyenne 261 infections de plus pour 100.000 habitants que les villes comparables que Donald Trump n’a pas visitées.

Or, comme un cas sur 150 mène à un décès d’après les statistiques utilisées pour réaliser l’étude, les meetings seraient à l’origine de 38.697 cas positifs au Covid-19 et de 775 morts. Des contaminations qui s’expliquent selon les chercheurs, par la proximité physique des partisans de Trump et le non-respect du port du masque.

“30.000 me semble un nombre élevé” Sakia Popesku, spécialiste des virus infectieux à Phoenix, en Arizona

L’étude est toutefois à prendre avec des pincettes. Si Sakia Popesku, spécialiste des virus infectieux à Phoenix, en Arizona reconnaît au HuffPost qu’elle est intéressante, elle estime néanmoins que le travail aurait toutefois mérité une contribution de la part d’épidémiologistes. “Nous savons que les meetings peuvent se transformer en événements de super-contaminations mais le nombre 30.000 me semble assez élevé.”

Selon elle, l’étude ne prend pas en compte un certain nombre de variables qui auraient pu participer à l’augmentation des cas comme les comportements qui ont eu lieu après les événements. “Les participants aux meetings de Trump sont-ils sortis dans des bars après l’événement? Ont-ils participé à d’autres rassemblements, voyagé, pris l’avion? Sont-ils allés dans les maisons des uns et des autres?”, s’interroge-t-elle.

Des variables n’ont pas été prises en compte

Un scepticisme partagé par Nicola Low, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Berne, en Suisse. “Le modèle statistique utilisé est assez compliqué à comprendre et mal expliqué par les économistes”, a-t-elle fustigé.

Elle critique notamment le fait que les auteurs de l’étude se soient appuyés uniquement sur un modèle de prédiction, sans récolter de données réelles sur les participants. “Pour connaître les vrais risques de ces meetings, il aurait fallu tester les participants avant puis après les meetings par exemple. Ou encore réaliser des séquences virales pour comparer les nouvelles contaminations entre elles”, a-t-elle pointé auprès du HuffPost.

La Maison Blanche critique l’étude

Eleonor Murray, professeur adjoint d’épidémiologie à la Boston University School of Public Health (États-Unis) est, elle, moins catégorique. Sur le réseau social Twitter, elle a qualifié la publication des économistes américains de “bon travail” ce dimanche 1er novembre.

“La méthode, par la négative, c’est à dire la comparaison entre des villes ou les meetings n’avaient pas eu lieu avec celles où ils se sont déroulés est une bonne technique. Elle suffit en tout cas à répondre à une question simple”, a-t-elle soutenu. L’épidémiologiste demeure toutefois prudente précisant que “toutes les complexités de contaminations ne sont pas prises en compte”.

“Le problème est que la modélisation ne considère pas tous les autres éléments qui mènent à la transmission du Covid-19, les meetings de Trump mis à part”, a-t-elle nuancé, rejoignant ainsi la position de la spécialiste Sakia Popesku.

Le service presse de la Maison Blanche a critiqué l’étude, soutenant que les participants aux meetings avaient respecté les consignes sanitaires et porté des masques, contrairement à ce qu’affirment les économistes de Stanford. Reste à savoir si l’étude pèsera dans l’élection américaine qui oppose ce mardi 3 novembre Joe Biden à Donald Trump.

A voir également dans le HuffPost: Donald Trump compare Joe Biden à un zomie dans ce clip de campagne

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.