Covid-19: de l'Autriche au Burkina Faso, des fêtes de fin d'année bouleversées

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Comment s'organisent les fêtes de fin d'année « version Covid-19 » ? Alors que la pandémie continue de bouleverser le quotidien du monde entier, le déroulement des traditionnelles fêtes de famille et de nouvelle année est lui aussi troublé. Du Burkina Faso au Liban, en passant par le Canada ou le Brésil, chacun développe ses propres stratégies pour dire enfin « adieu » à 2020.

En France, si une personne sur deux envisage de fêter Noël sans sa famille, d'après un sondage OpinionWay pour Proximis, les sorties et les déplacements sont exceptionnellement autorisés le soir du 24 décembre. Entre 20h et 6h du matin, chacun peut retrouver ses proches, dans la limite de six convives à table. Le Nouvel An est quant à lui annulé.

La pandémie, qui a déjà causé près de 1 700 000 décès dans le monde, pour presque 77 millions de cas, n'épargne pas les fêtes de fin d'année. Et même pour ceux qui maintiennent la fête en famille, les traditions sont chamboulées.

En Autriche et en France, Noël échappe aux mesures sanitaires

Nina, 26 ans, vit à Paris pour ses études. Pour la première fois de sa vie, elle ne fêtera pas Noël avec toute sa famille, mais seulement avec ses parents et son frère. « Mes grands-mères se font à l’idée qu’on ne peut pas tous se réunir à cause du Covid, explique-t-elle, mais mon oncle a plus de mal à le vivre. Il vit à La Réunion, et c’est la seule fois de l’année où nous nous retrouvons tous, d’habitude. »

Pour beaucoup, les fêtes sont en effet la seule occasion de réunir toute la famille. Une réalité encore plus forte dans les familles binationales, comme celle de Valentin. Franco-Italien, il n’ira pas rejoindre sa famille maternelle en Sicile à la fin du mois de décembre. L'Italie a décidé vendredi 18 décembre de se confiner à nouveau et de restreindre les déplacements entre régions. « Ma mère est déchirée, déplore-t-il. Mais mes grands-parents ont 90 ansCe ne serait pas raisonnable de prendre l’avion, de toute façon. » Valentin fêtera donc Noël en petit comité, avec ses parents et sa sœur.

En Autriche, même stratégie : préserver Noël à tout prix, malgré le rebond de la pandémie. Le pays attendra le 26 décembre pour se confiner pour la troisième fois. Flora pourra donc retrouver ses parents et ses sœurs à Vienne. « Je viens d’une famille traditionnelle, explique-t-elle, soulagée. Noël est très important pour nous tous ». Mais tous les rituels ne seront pas au rendez-vous. « D’habitude ma mère chante dans une église au moment des fêtes, et nous allons tous l’écouter, détaille-t-elle. Cette année, cela ne sera pas possible. » À Vienne, les églises restent en effet ouvertes, mais les offices ont été suspendus. Malgré cela, Flora pourra tout de même retrouver sa famille pour célébrer Noël presque comme d’habitude.

À Londres, « beaucoup de gens vont passer Noël seuls »

D’autres n’ont pas cette possibilité. À Kyoto, Aran a renoncé à aller rendre visite à ses grands-parents comme c'est de tradition pour le Nouvel An. Au Japon, Noël est davantage une fête pour les amoureux, et le 31 décembre une fête familiale. S'il compte sortir avec son amie le 25 décembre, la réunion familiale est annulée cette année, en raison du Covid-19. Des temples bouddhistes et shintoïstes ont annoncé qu'ils fermeraient leurs portes pour le Nouvel An, bouleversant ainsi la fête la plus importante de l'année dans le pays. Ils sont habituellement visités à cette période par des millions de visiteurs.

À Londres, Anouk, une jeune Franco-Britannique, a renoncé à rentrer en France retrouver sa famille pour les fêtes, comme elle le fait d'ordinaire. Impossible également de quitter Londres pour rejoindre ses grands-parents paternels, qui vivent dans une région d'Angleterre moins touchée par le coronavirus. Samedi 19 décembre, l'annonce d'un nouveau confinement à Londres et dans le sud est du pays, en raison de l'apparition d'une nouvelle souche du virus, a bouleversé son organisation. « Je n'ai pas eu le temps d'acheter mes cadeaux, s'inquiète-t-elle. Et je ne sais pas ce que je vais pouvoir trouver, les magasins ont fermé. » Elle attend de toute façon le résultat de son test PCR pour décider de retrouver sa sœur, elle aussi Londonienne, le 25 décembre. Mais son cas reste une exception : « C'était assez dramatique lorsque la nouvelle est tombée, explique la jeune femme. Beaucoup de gens vont passer Noël seuls. »

Je ferai la fête avec mes chiens cette année

C'est le cas de Sean, à Toronto. La capitale économique du Canada est confinée depuis le 23 novembre dernier, et ce jusqu'au 4 janvier prochain, au moins. « Tout est annulé cette année, résume-t-il. Je suis très triste, je me réjouissais de retrouver des proches que je n’ai pas vu depuis longtemps à cause de la situation sanitaire. » Il restera donc à la maison les soirs du réveillon et du Nouvel An. Une ironie pour le jeune homme, habitué à organiser de grandes fêtes à cette période : « Je ferai la fête avec mes chiens cette année », soupire-t-il.

C’est la même chose pour Ivy, au Brésil. Dans ce pays particulièrement touché par l’épidémie, beaucoup sont ceux qui ont fait une croix sur les fêtes. Si Porto Alegre, la ville où vit la jeune femme, n’a pas adopté de mesures de restriction, la Brésilienne de 31 ans estime qu’il ne serait pas « responsable » de rendre visite à sa grand-mère à Sao Paulo pour les fêtes. « Cela me fait de la peine, confie-t-elle, mais je préfère limiter mes déplacements, cette nouvelle vague de l’épidémie me fait peur. »

Pour se consoler, elle enverra sans doute un cadeau par la poste à sa grand-mère. Mais son plus grand regret reste le Nouvel An. « D’ordinaire, au Brésil, le soir du 31 décembre, tout le monde s’habille en blanc et se retrouve sur la plage, raconte-t-elle avec un peu de nostalgie. Nous mangeons des lentilles et nous allumons des bougies… » Pour célébrer cette nouvelle année, elle devra se contenter d’un repas en tête-à-tête avec son compagnon dans leur appartement, où ils vivent confinés depuis le mois de mars dernier.

Au Burkina Faso comme au Liban, les difficultés économiques s'ajoutent à la crise sanitaire

Dans d’autres pays, les difficultés économiques s’ajoutent à la crise sanitaire. Simone, au Liban, ne fêtera pas Noël avec l’ensemble de sa famille, une première. « On a toujours réuni les trois générations pour les fêtes, même pendant la guerre, raconte cette pharmacienne en officine. Mais cette année, nous ne le ferons pas, les grands-parents resteront isolés. »

L’objectif est avant tout d’éviter la contagion. La mère de famille doute en effet des capacités de prise en charge hospitalière à Beyrouth, et préfère éviter tout danger. Mais c’est également la crise économique traversée par le pays qui bouleverse la fête : « Nous avons décidé de ne faire qu’un cadeau par enfant cette année, pour économiser, explique-t-elle. Le repas sera moins faste que d'habitude. Avec la crise, nous n’avons plus les moyens d’aller dans les grands magasins. Nous irons faire les courses dans les solderies, ou sur internet. »

Les difficultés financières se font également sentir en France, où 20% des parents déclarent ne pas pouvoir offrir de cadeaux à leurs enfants cette année, dans un sondage Ifop pour l'association Dons Solidaires.

Au Burkina Faso aussi, les fêtes de fin d’année se feront à l’économie. Dimitri, un chrétien de Ouagadougou, résume, fataliste : « Le coronavirus ne change pas grand-chose. La crise sanitaire a certes mis à l'arrêt beaucoup d'activités, mais on n'a jamais d'argent pour les fêtes de toute façon. » Il se réjouit tout de même de passer un moment en famille. « Il faut se débrouiller pour accueillir tout le monde, conclut-il. L’important, c’est de se rappeler que la famille passe avant tout le reste. Et d’inviter les amis ! »

Même dans les pays les plus épargnés, des réjouissances en demi-teinte

Le monde entier semble ainsi se préparer à des fêtes de fin d'année contraintes. Helena vit à Auckland, en Nouvelle-Zélande. Le pays est l’un des meilleurs élèves face au Covid-19 : après un deuxième confinement, les dernières restrictions ont été levées au début du mois d’octobre. Seules les frontières restent fermées, avec une quatorzaine obligatoire.

La famille d’Helena a ainsi pu préparer les fêtes de façon « presque normale ». « Nous allons tous ensemble sur une île près d’Auckland, se réjouit-elle. Je pense que nous allons être encore plus heureux que d’ordinaire de retrouver nos proches, après cette année difficile. »

Mais malgré ces conditions favorables, la jeune Néo-Zélandaise se méfie tout de même du virus, toujours présent. Elle ne rejoindra donc pas ses amis dans les festivals organisés autour d’Auckland pour le Nouvel An. « Ils réunissent 30 000 personnes en moyenne, je ne trouve pas cela raisonnable, regrette-t-elle. Même si les feux d’artifice sont particulièrement beaux… »

Qu'importe finalement où l'on soit, les fêtes de fin d'année seront bouleversées, à l'image de cette longue année. Tous souhaitent en tout cas que 2021 soit « meilleure que 2020 ». La seule chose sûre, pour le moment, est qu'elle se termine enfin.

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