Covid-19 : l'Argentine instaure un impôt sur les grandes fortunes pour lutter contre la crise

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Après la Chambre des députés, le Sénat argentin a voté, vendredi, une loi instaurant un impôt sur les grandes fortunes, afin de lutter contre la pandémie de coronavirus. Cet impôt, censé rapporter trois milliards de dollars permettra d'aider les plus démunis, ainsi que les petites entreprises touchées par la crise.

Le Sénat argentin, après la Chambre des députés, a approuvé, vendredi 4 décembre, une loi instituant un impôt sur les grands fortunes. Cet impôt extraordinaire permettra de lutter contre l'épidémie de Covid-19 et d'aider les plus démunis et les petites entreprises. Défendu par la majorité soutenant le président Alberto Fernandez, il est censé rapporter quelque trois milliards de dollars.

"Personne ne devra vendre des machines ou des terres", a assuré la directrice de l'autorité fiscale argentine, Mercedes Marco del Pont, dans un pays où la richesse est avant tout celle des grands producteurs agricoles.

L'impôt ne concernera que près de 12 000 contribuables, détenteurs de liquidités supérieures à 25 fois le montant cette taxe, a-t-elle ajouté. Ce nouvel impôt a toutefois été vivement critiqué par l'opposition libérale du mouvement Juntos por el Cambio (Ensemble pour le changement) de l'ancien président Mauricio Macri, qui le considère comme "confiscatoire".

Aide au système de santé, aux entreprises, aux étudiants...

Quelque 40,9 % des 44 millions d'Argentins vivent sous le seuil de pauvreté, le taux de chômage dépasse les 10 % et l'économie est en récession depuis 2018. Le produit intérieur brut (PIB) argentin devrait chuter de 11 % cette année, selon la Banque centrale, en raison notamment de la pandémie qui a fait plus de 39 000 morts et 1,5 million de personnes contaminées en Argentine.

Au total, 20 % du produit de cet impôt viendra en aide au système de santé, 20 % à l'aide aux petites et moyennes entreprises, 15 % à des aides sociales, 20 % à des bourses pour les étudiants et 25 % à des entreprises dans le secteur du gaz naturel.

Peur que cette taxe "extraordinaire" devienne permanente

L'Association argentine des entrepreneurs (AEA), le plus important organisme patronal d'Argentine, a critiqué la mesure qui, selon elle, "affecte la propriété privée, frappe l'investissement, la production et l'emploi et suscite un grand découragement".

Le président de la puissante Société rurale argentine, qui représente les producteurs agricoles, a dit redouter que cette taxe "extraordinaire" ne devienne permanente.

"On veut présenter (cet impôt) comme une contribution des plus riches, mais nous savons ce qui se passe avec ces taxes uniques, elles sont là pour toujours", a-t-il déclaré.

Mais pour Hernan Letcher, directeur du Centre d'études de politique économique (Cepa), cette taxe n'a rien de spécifique à l'Argentine quand "au moins 11 pays d'Europe et d'Amérique latine", cherchent à réduire les inégalités par l'impôt, assure-t-il.

Avec AFP