Covid-19 : l'Inde, une situation qui intrigue

Matthieu Brandely
·5 min de lecture
L'Inde est parvenue à fortement réduire le nombre de cas de Covid-19.

Le nombre de cas en Inde a fortement chuté, de près de 100 000 nouveaux cas par jour en septembre, à environ 11 000 nouveaux cas actuellement.

Immunité collective ? Protection préexistante contre le virus ? Réponse immunitaire plus forte ? Les hypothèses sont nombreuses pour tenter d’expliquer la situation de l’Inde, qui réussit à limiter fortement le nombre de nouveaux cas.

En septembre dernier, la situation de l’Inde inquiétait particulièrement. Le pays enregistrait alors près de 100 000 cas et plus de 1000 morts par jour. La plus grande crainte : que le système de santé, fragile, ne soit débordé par l’afflux de malades du Covid-19.

Les nouveaux cas en forte baisse

Mais depuis le pic enregistré à l’automne, le nombre de cas baisse fortement, pour atteindre à peine plus de 10 000 cas par jour actuellement. La mortalité est également en forte baisse.

Évolution du nombre de nouveaux cas par jour.
Évolution du nombre de nouveaux cas par jour.
Évolution du nombre de décès dûs au Covid-19.
Évolution du nombre de décès dûs au Covid-19.

Derrière ces chiffres, certains émettent des doutes sur leur fiabilité. L’Inde, à l’instar de tous les autres pays, manque des infections. En France, neuf cas symptomatiques sur dix n'ont pas été détectés après la fin du premier confinement national en mai, estiment des chercheurs dans la revue scientifique Nature.

Un nombre de morts largement sous-évalué ?

Il existe également des doutes sur le recensement des décès liés au Covid. Alors que dans de nombreux pays, une personne positive au Covid qui décède est recensée comme victime de la maladie, ce n’est pas toujours le cas en Inde. PV Ramesh, qui jusqu'au 8 juillet a dirigé la gestion du COVID-19 pour l'État d'Andhra Pradesh dans le sud de l'Inde, a déclaré que les décès dus aux coronavirus "à la maison, en transit ou en arrivant dans les hôpitaux ne sont pas comptés" rapporte Associated Press.

Des pressions politiques pour sous-évaluer le nombre de décès ont également été évoquées. Il y avait des “indices subtils” des responsables du district pour “minimiser les chiffres” en énumérant certains décès comme étant causés par des maladies sous-jacentes, rapporte le directeur d'un hôpital du district rural de l’Etat du Maharashtra. D’autant qu’avant l’épidémie, sur les 10 millions de décès annuels, moins d'un quart sont entièrement documentés, et seulement un cinquième d'entre eux sont médicalement certifiés, selon les chiffres nationaux. De quoi imaginer une sous évaluation de la mortalité, volontaire et involontaire.

Les autorités mettent en avant le port du masque rendu obligatoire

Malgré ces chiffres opaques, l’épidémie a tout de même reflué en Inde, comme le montre la pression exercée sur les hôpitaux du pays. Lorsque les cas enregistrés ont dépassé 9 millions en novembre, les chiffres officiels montraient que près de 90% des lits de soins intensifs avec ventilateurs à New Delhi étaient pleins. Aujourd’hui, seuls 16% de ces lits étaient occupés.

Pour expliquer en partie cette réussite, les autorités mettent en avant le port du masque rendu obligatoire en public dans le pays, et les amendes très dissuasives en cas de non-respect. Des explications jugées insuffisantes par plusieurs scientifiques pour comprendre le reflux actuel.

L’immunité collective dans certaines zones ?

L'une des explications avancée est que certaines grandes zones ont atteint l'immunité collective, que la propagation commence à se relâcher, a déclaré Vineeta Bal, qui étudie les systèmes immunitaires à l'Institut national d'immunologie de l'Inde. Une immunité uniquement atteinte par les infections naturelles, la campagne vaccinale en Inde n’ayant commencé qu’en janvier.

Mais les experts préviennent, si l'immunité collective dans certains endroits est en partie responsable du déclin, la population dans son ensemble reste vulnérable. Ce qui est corroboré par un dépistage national des anticorps par les agences de santé indiennes a estimé qu'environ 270 millions, soit un Indien sur cinq, avaient été infectés par le virus. Le seuil de l’immunité collective est estimé autour de 70%. Si certaines zones peuvent l’avoir atteinte, le pays en est encore loin.

Un virus moins présent en zone rurale

Mais cette étude a également pointé du doigt une explication possible au recul des infections. Davantage de personnes ont été infectées dans les villes de l'Inde que dans ses villages, le dépistage a également montré que le virus se déplaçait plus lentement dans l'arrière-pays rural. “Les zones rurales ont une densité de foule moindre, les gens travaillent davantage dans des espaces ouverts et les maisons sont beaucoup plus ventilées”, a déclaré le Dr K. Srinath Reddy, président de la Public Health Foundation of India, pour expliquer ce reflux de l’épidémie.

Une immunité collective parfois atteinte dans les zones urbaines, associée au port du masque et au respect de la distanciation physique, ainsi que la faible vitesse à laquelle le virus traverse l'Inde rurale peut expliquer la baisse du nombre de nouveau cas, suggère le président de la Public Health Foundation of India.

Une réponse immunitaire plus forte ?

Enfin dernière piste avancée par certains scientifiques, une réponse immunitaire initiale plus forte à un nouveau virus. Pour expliquer cela, les maladies auxquelles les Indiens sont exposés toute leur vie, le choléra, la typhoïde et la tuberculose.

Ce qui entraînerait une réponse immunitaire plus forte, qui pourrait “permettre ce contrôler le Covid dans le nez et dans la gorge, avant qu’il n’atteigne les poumons, ce qui diminue les formes graves,” estime Dr Shahid Jameel, qui étudie les virus à l'Université d'Ashoka en Inde.

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