Covid-19 : pourquoi l'isolement des personnes testées positives est-il porté à dix jours ?

L'isolement des personnes contaminées par le Covid-19 passera de sept à dix jours à compter de lundi, a annoncé jeudi 18 février le ministre de la Santé, Olivier Véran, pour faire face aux risques posés par les variants, plus contagieux. "Certaines études scientifiques évoquent la possibilité que les variants seraient responsables d’une durée de contagiosité plus longue que le Covid-19 classique", a déclaré le ministre. Il n'a pas livré davantage de détails sur ce point, mais cette hypothèse a été récemment formulée par des chercheurs de l'université d'Harvard, dans une étude (en anglais) parue le 10 février dernier, qui n'a pas encore été validée par des pairs. >> Retrouvez toutes les infos sur l'épidémie de coronavirus dans notre direct Une maladie plus longue avec le variant B.1.1.7 Cette étude a été menée sur un très faible échantillon de 65 personnes testées positives dans le cadre du dépistage continu réalisé par la NBA, la ligue professionnelle américaine de basketball, et seuls sept étaient atteints d'un Covid-19 dû au variant identifié en Angleterre (B.1.1.7). Chez les personnes infectées par ce dernier, la durée moyenne de l'infection était donc de 13,3 jours, contre 8,2 jours pour la lignée classique. La durée moyenne de clairance virale – c'est-à-dire la période nécessaire aux individus pour éliminer le virus – était par ailleurs de 8 jours pour le variant B.1.1.7, contre 6,2 jours pour la souche d'origine.Using approach as in https://t.co/MfojD5sQ33, we estimated proliferation time, peak Ct, clearance time, & duration of infection. Infection duration looked longer for B117, mean 13.3 days (90% CI 10.1, 16.5), compared to non-B117 8.2d (6.5, 9.7). pic.twitter.com/i4c1JZW9TQ — Yonatan Grad (@yhgrad) February 16, 2021La charge virale, c'est-à-dire la quantité de virus, semblait en revanche identifique dans les deux cas. Ces données très partielles suggèrent donc que ce variant entraîne des maladies plus longues, et contagieuses plus longtemps. "Cette durée prolongée peut contribuer à l'augmentation de la transmissibilité du Sars-CoV-2", suggèrent les auteurs de l'étude, dont la faiblesse de l'échantillon interdit toutefois de tirer trop de conclusions définitives. Jusqu'ici, la principale hypothèse était que les mutations portées dans ce variant conférait une meilleure affinité de la protéine Spike avec les récepteurs ACE2 des cellules, facilitant la transmission du virus. Cette possibilité est toujours débattue. "Les travaux scientifiques qui supportent l'hypothèse que ce variant est beaucoup plus contagieux, ce sont des travaux de modélisation ou de charge virale", explique ainsi Frédéric Adnet, chef des urgences à l'hôpital Avicenne de Bobigny, au micro de France Bleu Paris. "Mais on n'a pas des travaux extrêmement solides." Part "élevée" de variants dans les cas en France Alors que le débat est toujours ouvert au sein de la communauté scientifique, la durée de l'isolement était déjà passée en France à dix jours, début février, pour des personnes contaminées par les variants apparus en Afrique du Sud et au Brésil, avec un test PCR négatif nécessaire pour en sortir. La mesure annoncée jeudi par Olivier Véran a été prise par précaution, et elle s'applique "sans attendre la confirmation" par criblage ou séquençage du virus concerné. La période de quarantaine reste néanmoins fixée à sept jours pour les cas contacts.Le ministre de la Santé a également justifié cet allongement de la quarantaine par un contexte "où la part de variants dans les contaminations est devenue élevée". A ce stade, 36% des cas positifs criblés correspondent ainsi à des cas du variant détecté en Angleterre et 5% à des cas dus aux variants repérés en Afrique du Sud et au Brésil. La très grande majorité des tests positifs sont désormais passés "en criblage ou séquençage", a-t-il ajouté, ce qui permet d'évaluer la part de ces variants dans l'épidémie, "et cela dans chaque département".