Covid-19: en Indonésie, la vaccination obligatoire éveille la méfiance

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Depuis plusieurs mois déjà, l’Indonésie se démarque des autres nations en matière de politique vaccinale. Le quatrième pays le plus peuplé au monde a ainsi été le premier à proposer un vaccin certifié « halal ». La priorité a également été donnée à la jeunesse en bonne santé plutôt qu’aux personnes fragiles. Désormais, le vaccin sera également obligatoire, sous peine de sanctions qui pourront prendre, par exemple, la forme d’amende et de suspension des aides sociales.

Avec notre correspondante à Kuala Lumpur, Gabrielle Maréchaux

Lorsque l’on demande à l’épidémiologiste Dicky Budiman ce qu’il pense de l’obligation de se faire vacciner contre le Covid-19, sa réponse fuse. « C’est une mauvaise idée, dit-il. Vraiment, parce que c’est donner une arme supplémentaire aux anti-vaccins ».

Or, selon les derniers sondages, 52% des Indonésiens interrogés hésitent à se faire vacciner. « Ce groupe incluait majoritairement des gens qui voulaient attendre, voir les premiers résultats, qui avaient même des doutes, explique épidémiologiste. Ceux qui rejetaient catégoriquement le vaccin représentent environ 5% de la population. Maintenant, le public va se poser beaucoup de questions, comme, par exemple : “pourquoi est-ce obligatoire ? “ Et ils vont trouver les réponses dans les théories complotistes. »

Fake news

Avec pour l’instant seulement le vaccin Sinovac disponible, les fake news prenaient souvent racine dans un racisme antichinois. Mais Dicky Budiman en est sûr, lorsque d’autres vaccins arriveront en Indonésie, d’autres théories du complot les accompagneront. « Certaines personnes disent déjà que les vaccins ARN injectent une micro puce », indique-t-il.

En décembre dernier, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) conseillait de lancer des campagnes de vaccination sur la seule base du volontariat. Un choix sensé pour Dicky Budiman, car l'obligation n'est pas un gage d'efficacité. « Si je me base sur mon expérience, par exemple, concernant le vaccin pour éradiquer la polio, il y a toujours eu des idéologies extrémistes, affirme-t-il. Mais plus on oblige à se faire vacciner, plus ces idées sont radicales et violentes. » Autre inquiétude pour l'épidémiologiste : la première phase de vaccination n’a pour l’instant pas eu d’effet sur la courbe des cas positifs, de quoi alimenter encore les complotistes.

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