Covid-19 : l’idée d’une fin d’épidémie est-elle réaliste ?

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Photo d'illustration (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP) (AFP)

De plus en plus d'experts évoquent la fin prochaine de l'épidémie, alors que la vague Omicron est encore à son sommet dans l'Hexagone.

Omicron pourrait être "le début de la fin" de la pandémie pour le gouvernement suisse tandis l’Espagne veut apprendre à vivre avec le virus et faire comme pour la grippe. Les voix des dirigeants et de certains experts évoquant la fin proche de l'épidémie sont de plus en plus nombreuses, depuis l'arrivée du variant Omicron.

Un discours rassurant, voire "rassuriste" selon certains experts qui appellent à ne pas s'emballer trop vite. "Le risque, en évoquant une prochaine fin de l'épidémie, c'est d'entraîner au sein de la population un relâchement voire un abandon des gestes barrières, en pensant que l'épidémie est terminée. Or, ce sont les gestes barrières qui permettent de limiter l'ampleur des vagues", rappelle Michaël Rochoy, chercheur en épidémiologie et cofondateur du collectif Du côté de la science.

Une liste d'éléments optimistes

Si le spécialiste appelle encore à la mesure dans les discours politiques sur la fin de l'épidémie, il reconnaît que certains éléments soutiennent l'idée d'un avenir plutôt prometteur. "Il y a une large couverture vaccinale, avec une immunité a priori durable après la dose de rappel au moins pour la population générale. Les non vaccinés seront immunisés via l'infection à Omicron au risque de leur santé, des traitements efficaces sont développées et un vaccin adapté à Omicron est en cours de développement, donc il y a des raisons d'être optimiste pour l'avenir", liste Michaël Rochoy.

Un discours optimiste auquel souscrit Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l'Institut de santé globale de l'Université de Genève. "Il existe deux formes d'immunité. Humorale, avec les anticorps, qui n'empêchent pas l'infection, comme on le voit avec Omicron où des personnes triplement vaccinées sont toutefois positives. Et l'immunité cellulaire, qui semble fonctionner quel que soit le variant et se consolide à chaque dose de vaccin ou à chaque infection. Donc avec Omicron, qui déferle et contamine très massivement, on peut espérer que cette nouvelle digue bloque de plus en plus de formes sévères de la maladie", espère le spécialiste.

Des vagues avec de moins en moins d'impact ?

Une répétition des infections de la population qui renforcerait donc sa protection contre les formes graves. "On resterait sur des vagues de contaminations mais avec des impacts de plus en plus faibles entrainant pas ou peu de restrictions", poursuit Antoine Flahault dans ce qu'il décrit comme le scénario "optimiste".

Car si certains éléments concrets accréditent la thèse d'un avenir moins compliqué sur le front de l'épidémie, la prudence doit rester de mise, selon les deux spécialistes. "Le scénario pessimiste, c'est l'arrivée d'un variant qui échappe, au moins en partie, à cette immunité cellulaire et impose de nouvelles restrictions", prolonge l'épidémiologiste.

Le risque de traiter le Covid comme la grippe

L'arrivée d'un énième variant qui pourrait rebattre les cartes est le scénario du pire. Un scénario qui pourrait arriver alors que plus un virus circule, plus un variant a des chances d'apparaître. Avec les chiffres de contaminations records dûs au variant Omicron, la circulation du SARS-CoV-2 n'a jamais été aussi importante.

Car si l'éradication du Covid semble désormais devenue illusoire, Michaël Rochoy refuse de céder à la fatalité à traiter la maladie "comme une grippe". "Contrairement à la grippe, le Covid n'a pas de saison et il est beaucoup plus transmissible. C'est donc accepter l'idée d'avoir des milliers de morts supplémentaires par an, peser encore un peu plus sur le système de santé sans oublier qu'on ne connaît pas les effets à long terme d'une infection au Covid", poursuit le chercheur en épidémiologie.

"Se préparer au pire et anticiper"

Si le scénario optimiste tient la corde pour Antoine Flahault, il n'en faut pas moins "se préparer au pire scénario et anticiper en améliorant la qualité de l'air dans les lieux clos. Quel que soit le variant, le Covid s'est propagé dans les lieux clos mal ventilés. Il faut lancer un plan d'investissement pour améliorer l'air dans les transports, écoles, restaurants, bars et sensibiliser à l'aération chez soi. Car au-delà du covid, cela permet de limiter la transmission d'autres infections respiratoires", rappelle l'épidémiologiste, qui prône l'installation de capteurs de CO2 pour mesurer l'aération et le cas échéant de purificateurs d'air.

Dans la bouche de Michaël Rochoy aussi, optimiste pour l'avenir ne veut pas dire naïf. "Ce n'est pas la première fois qu'on nous parle de fin du tunnel, ou du retour des jours heureux. Le risque, à trop le proclamer, c'est qu'en cas de retour de restrictions, la population n'ait plus confiance du tout dans les mesures prises", met en garde le chercheur en épidémiologie.

Des annonces de fin d'épidémie suivies de désillusions

En mai 2020, Edouard Philippe assurait que "le déconfinement va nous permettre de vivre une vie presque normale", avant que deux mois plus tard, Emmanuel Macron salue les efforts ayant permis d'endiguer le virus et à retrouver une vie presque normale".

En janvier 2021, Jean Castex espérait "sortir de la crise à l'échéance de l'été prochain". Entre temps se sont succédé les reconfinements et les mesures de restriction. Autant d'annonces optimistes qui ont entrainé des désillusions d'autant plus forte que l'espoir suscité chez les Français, au fil de l'évolution du virus et de ses mutations.

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