Covid-19 : comment la France se prépare à faire face au variant britannique du coronavirus

"Je le traite presque comme un virus différent." Invité de BFMTV, jeudi 7 janvier,le ministre de la Santé, Olivier Véran, n'a pas caché "l'inquiétude" que lui inspire le variant du Sars-CoV-2 apparu au Royaume-Uni récemment. "Nous ne voulons pas que ce virus commence à se diffuser sur le territoire. Il donne les mêmes symptômes, il ne donne pas plus souvent de cas graves que le virus qu'on connaît, mais il est plus contagieux", a-t-il expliqué. Pour l'heure, ce variant baptisé "VoC 202012/01" "ne circule pas de façon importante en France", mais "on ne l'évitera pas", avait averti Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique, mercredi sur France 2. Conscient du caractère évolutif de la situation épidémique, Olivier Véran a promis un nouveau compte-rendu sur ce variant en début de semaine prochaine. Mais les autorités sanitaires ne restent pas pour autant les bras croisés. Comment la France se prépare-t-elle à faire face ? Réponse en cinq points.1En gardant sa frontière fermée Trois mois après son apparition outre-Manche, "VoC 202012/01" est devenu la principale mutation du virus en circulation au Royaume-Uni, où il représente désormais 90% des tests PCR positifs. Pour lutter contre sa propagation sur le territoire français, les frontières avec le Royaume-Uni seront fermées "jusqu'à nouvel ordre", a annoncé le Premier ministre Jean Castex lors de sa conférence de presse, jeudi 7 janvier."Les mesures de fermeture que l'on avait prises s'achevaient le 6 janvier et nous les avons prolongées", a expliqué le chef du gouvernement. "Seules certaines catégories de personnes très précises sont autorisées [à traverser la frontière] et elles doivent obligatoirement présenter un test négatif réalisé sur le territoire britannique pour rentrer sur notre territoire", a-t-il précisé. Cette fermeture est en fait la prolongation de l'accord entré en vigueur le 23 décembre avec le Royaume-Uni, qui mettait fin à la fermeture de la frontière appliquée par Paris le 20 décembre, qui avait bloqué des milliers de camions de part et d'autre de la frontière, ainsi que des Français et des Britanniques qui souhaitaient passer les fêtes avec leurs proches.2En améliorant les dépistages Lors de cette conférence de presse, le ministre Olivier Véran a indiqué que deux probables "clusters à risque" du variant repéré au Royaume-Uni avaient été détectés en France : l'un en Bretagne, l'autre en Ile-de-France. Après des analyses approfondies effectuées par l'Institut Pasteur, l'Agence régionale de santé de Bretagne a finalement révélé vendredi matin que la contamination identifiée en Ille-et-Vilaine n'était pas liée à ce fameux variant britannique. Le gouvernement s'attend quoi qu'il en soit "à identifier davantage" de contaminations liées au "VoC 202012/01", a prévenu le ministre Olivier Véran. Pour mieux évaluer sa présence sur le sol français, "tous les tests PCR douteux" effectués jeudi et vendredi seront séquencés, a-t-il indiqué. Certains tests PCR réalisés avec le kit du fabricant Thermo Fisher peuvent en effet donner une indication de la possible présence de ce variant. Cette solution n'est pas parfaite, car "seule une minorité de laboratoires utilisent les tests Thermo Fisher" en France, expliquait à franceinfo le virologue Michel Segondy. Mais elle permettra d'avoir une première idée de la circulation du variant britannique sur le territoire.3En surveillant davantage les écoles Relevant que la plus forte contagiosité du variant britannique pouvait également concerner les enfants, Olivier Véran a indiqué jeudi qu'"une surveillance accrue dans les écoles", comprenant des "opérations de dépistage", devrait être mise en place. Contactés vendredi par franceinfo, ni le ministère de l'Education ni le ministère de la Santé n'étaient en mesure d'apporter des précisions à ce sujet dans l'immédiat.4En renforçant les mesures sanitaires Outre le niveau toujours élevé des contaminations et hospitalisations liées au Covid-19 en France, le gouvernement a également évoqué la menace que faisait planer le variant britannique pour maintenir, voire localement renforcer, les mesures sanitaires en place. Tous les établissements et équipements actuellement fermés en raison de la pandémie le resteront ainsi "jusqu'à la fin de ce mois", a annoncé le Premier ministre. "Les musées, les cinémas, les théâtres, les salles de spectacle, les équipements sportifs ou de loisirs ne connaîtront dans les semaines qui viennent aucun assouplissement", a-t-il ajouté. Quant aux bars et restaurants, ils ne rouvriront pas avant "a minima mi-février".Le Premier ministre n'a pas exclu des "mesures nationales supplémentaires" si "cela s'avérait nécessaire en fonction de l'évolution des prochains jours", laissant ainsi planer la menace d'un troisième confinement. Jean Castex a d'ailleurs rappelé que le Royaume-Uni, frappé de plein fouet par une nouvelle vague de contaminations, avait dû décider d'un reconfinement jusqu'en mars. Déjà en vigueur dans quinze départements depuis une semaine, le couvre-feu avancé à 18 heures devait également être étendu vendredi à de nouveaux territoires, surtout situés dans l'est de la France. A Strasbourg, la préfecture du Bas-Rhin a pris les devants en annonçant vendredi matin que le département serait concerné dès dimanche.5 En misant sur l'efficacité des vaccins Le gouvernement mise enfin sur le fait que les vaccins contre le Covid-19 utilisés en France démontrent leur efficacité contre le variant britannique. Cet espoir est réel : "En l'état actuel de nos connaissances, les experts pensent que les vaccins actuels seront efficaces" contre le "VoC 202012/01" et un autre variant, sud-africain celui-ci, qui inquiète également les autorités sanitaires, a récemment déclaré Henry Walke, des Centres américains de prévention et de lutte contre les maladies. De leur côté, les laboratoires BioNTech et Pfizer ont assuré vendredi que leur vaccin était efficace contre la mutation N501Y commune aux variants britannique et sud-africain. Mais l'étude sur laquelle ils s'appuient ne porte pas sur l'ensemble des mutations présentes sur ces variants : elle ne suffit donc pas à conclure que l'efficacité du vaccin sera la même que contre le virus classique. L'observation de la situation sanitaire au Royaume-Uni, où près de 1,5 million de personnes ont déjà reçu une injection, pourra apporter davantage de réponses à cette question.