Covid-19: la France face à une situation sanitaire critique

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Un groupe de 41 directeurs médicaux de crise de l’AP-HP tire la sonnette d’alarme. Le président français Emmanuel Macron a, lui, pris la parole dans le Journal du dimanche de ce dimanche 28 mars pour dire qu’aucune nouvelle mesure n’a été décidé pour l’instant.

Saturation des hôpitaux, établissements scolaires dépassés malgré un nouveau protocole sanitaire plus strict… Les signaux d’alarme se multiplient en France où la propagation du virus explose, dopée par le variant britannique plus contagieux.

Face à cette évolution inquiétante, les appels à des mesures plus strictes se multiplient. Ce dimanche, 41 directeurs médicaux de crise de l’AP-HP (Assistance publique – Hôpitaux de Paris) mettent en garde et évoquent une « situation de médecine de catastrophe ».

Ils expliquent même se préparer à « faire un tri des patients afin de sauver le plus de vies possibles ». « Dans les quinze prochains jours, estiment les signataires, nous savons d'ores et déjà que nos capacités de prise en charge seront dépassées. »

Le constat est le même dans les écoles, dont la fermeture fait débat depuis maintenant plusieurs jours. En Seine-Saint-Denis par exemple, un département francilien particulièrement touché, des élus ont de nouveau dénoncé la situation catastrophique des établissements scolaires.

« Depuis plusieurs semaines et chaque jour davantage, la situation sanitaire dans les écoles [du département] se dégrade. Élèves, enseignants, personnels communaux [...] sont de plus en plus nombreux contaminés par le virus. Ils ne peuvent plus assurer leurs missions », avertissaient samedi cinq maires du département dans Le Parisien. Chez les 0-14 ans le taux d'incidence a augmenté de 31% du 15 au 21 mars par rapport à la semaine précédente, selon le point épidémiologique publié vendredi par l'agence sanitaire.

Alors que de nouvelles mesures sont réclamées par nombre d’élus et de médecins, un conseil de Défense doit se tenir mercredi pour en décider.

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Pour l'heure, « rien n’est décidé », explique Emmanuel Macron dans les colonnes du JDD ce dimanche. « Pour les jours qui viennent, nous allons regarder l'efficacité des mesures de freinage et nous prendrons si nécessaire celles qui s'imposent », souligne le chef de l'État dans un entretien réalisé vendredi soir.

La stratégie vaccinale de Macron

« J'assume totalement notre stratégie : nous avons un très bon taux de couverture des plus de 80 ans, parmi les meilleurs du continent, et dans les Ehpad, plus de 90% des résidents ont reçu au moins une injection, ce qui produit un effondrement de la mortalité des plus âgés. Nous devons nous tenir à la vaccination des plus de 70 ans en particulier grâce au Moderna et au Pfizer, qui seront mis à disposition dans les 1 500 centres ouverts dans le pays. Depuis samedi, nous avons ouvert les rendez-vous », explique le président de la République.

Emmanuel Macron annonce aussi la mise en place d'un dispositif pour les plus isolés, avec des appels aux plus de 75 ans qui ne se sont pas encore fait vacciner et la mise en place d’un numéro unique qui fonctionnera comme un coupe-file afin que les personnes de plus de 75 ans puissent obtenir un rendez-vous. Sur près de 7 millions de personnes de plus 75 ans, 3,5 millions n’ont pas encore été vaccinés, rappelle le chef de l'État. Une stratégie vaccinale qui vise donc les personnes les plus modestes et éloignées du soin.

Le président de la République compte également sur les vaccinodromes, des centres de vaccination qui auront de plus en plus de doses. La vaccination de la population générale sans condition d'âge devra attendre, prévient toutefois Emmanuel Macron : « Si j'ouvrais à toutes les tranches d'âge d'un coup, il y aurait des inégalités sociales et territoriales dans l'accès au vaccin. Ce serait un mauvais choix politique et sanitaire. Nous devons garder notre logique fondée sur les orientations de la Haute Autorité de santé. »

Une stratégie française critiquée par les Républicains

Invité d'Europe 1 ce dimanche, le président Les Républicains des Hauts-de-France Xavier Bertrand, qui vient d'annoncer sa candidature pour la présidentielle 2022, a dénoncé les pénuries de vaccins dans sa région et attaqué le chef de l'État sur la stratégie d'achat déployée depuis l'automne dernier.

« La stratégie du départ n’a pas été la bonne. Nous avons rechigné à payer le prix fort pour les vaccins. Boris Johnson a payé, avant même de savoir si cela allait fonctionner. Dans la vie politique, il faut aussi prendre des risques. Quand nous disons “quoi qu’il en coûte” il faut aller jusqu’au bout. »

Pour Xavier Bertrand, l’investissement massif dans le prix d’un vaccin est un bon investissement : « Nous avons rechigné à le faire et cela a été une erreur. La deuxième erreur a été de tout confier à l’Europe. Le président de la République, puisqu’il a joué un rôle majeur là-dedans, n’aurait jamais dû demander à un moment donné que ça soit l’Europe qui gère à la place des États. »

L’enjeu est de protéger les Français en premier, estime le président de région, qui rappelle qu’il y a des pays aujourd’hui qui ont passé des commandes en plus et qui sont justement les premiers servis.