Vaccin anti-Covid : faut-il transférer les doses dans les zones les plus touchées en France ?

·5 min de lecture
Photo d'illustration

Le Finistère pourrait ainsi donner des doses de vaccins aux Alpes-Maritimes qui fait face à une flambée du nombre de cas de Covid dans le département.

La territorialisation des mesures semble être la solution privilégiée par le gouvernement face à la flambée des cas ces derniers jours, à Nice et Dunkerque notamment. "Compte tenu de la situation, il vaut mieux régionaliser", a notamment affirmé Emmanuel Macron ce mardi, qui veut faire du "cas par cas" en terme de restrictions sanitaires. Un tournant réclamé depuis des semaines par de nombreux médecins, constatant la forte disparité selon les territoires.

Après la territorialisation des mesures, celle de la vaccination ? C'est ce que prônent plusieurs médecins. Frédéric Adnet, chef du service des urgences de l'hôpital Avicenne (Bobigny) nous explique qu'"adapter la politique de vaccination aux chiffres de l'épidémie serait une bonne chose. Puisque le virus ne frappe pas de manière égale et uniforme, on peut comprendre qu'il faille privilégie les zones où le virus flambe et retarder la vaccination dans les zones épargnées", souligne celui qui est aussi professeur de médecine d'urgence, et chef du Samu de Seine-Saint-Denis.

Ralentir dans le Finistère pour accélérer dans les Alpes-Maritimes ?

Car la situation est très différente selon les territoires. D'un côté, des départements où le taux d'incidence est inférieur à 100 cas pour 100 000 habitants comme le Finistère (55 cas pour 100 000 habitants), les Côtes-d'Armor (81) ou encore les Pyrénées-Atlantiques (57), le Gers (72) et les Landes (83).

Le taux d'incidence en France.
Le taux d'incidence en France.

À l'opposé de ces départements, ceux où l'épidémie flambe, situés dans le Sud-Est et le Nord du pays, comme les Alpes-Maritimes où le taux d'incidence est de 583, le Pas-de-Calais (340) ou encore les Bouches-du-Rhône (331) ou le Var (307), selon les derniers chiffres fournis par Santé Publique France.

Autant de vaccinés dans le Finistère que dans les Alpes-Maritimes

Cette stratégie consisterait par exemple à ralentir la vaccination dans le Finistère pour l'accélérer dans les Alpes-Maritimes. L'idée avait été lancée par le maire d'Antibes, une ville fortement touchée par le Covid actuellement. "Dans certaines régions où il y a moins de contaminations il faut que l'on vaccine moins rapidement que dans des endroits où l'on se trouve débordé comme dans la métropole niçoise", expliquait sur France Info le 22 février Jean Leonetti.

Sauf que la stratégie vaccinale actuelle, qui vise à vacciner en priorité les plus fragiles, est uniforme sur l'ensemble du territoire. Ainsi, dans le département où le taux d'incidence est le plus faible, le Finistère, 4,22% de la population a reçu au moins une dose de vaccin. Dans les Alpes-Maritimes, 4,1% de la population a reçu au moins une dose selon le site Covid-Tracker, alors que le département enregistre le taux d'incidence le plus élevé en métropole.

"Une bonne stratégie si les EHPAD sont sécurisés"

"Redistribuer les doses selon l'évolution de l'épidémie, c'est une bonne stratégie à partir du moment où on a vacciné la population en EHPAD, qui est la plus touchée par le virus. Mais il faut se rappeler que cette stratégie est envisagée parce qu'on fait face à une pénurie de doses", rappelle Jérôme Marty médecin généraliste et président du syndicat UFML.

Pour l'instant, le gouvernement a décidé d'accélérer la vaccination dans les zones où le virus circule davantage, en octroyant ainsi 3 500 doses supplémentaires aux Alpes-Maritimes. Mais sans toutefois en retirer à d'autres départements.

"Pas d'impact sur l'épidémie à moins de 25% de vaccinés"

"On court toujours après le virus. Cette stratégie de transfert serait d'autant plus efficace si on envoyait des doses dès les premiers signes d'une reprise de l'épidémie dans une zone, accompagné de mesures restrictives. Le maire de Dunkerque alertait sur sa situation il y a 10 jours, on n'a rien fait", déplore le président du syndicat Union française pour une Médecine Libre.

Si une telle stratégie était décidée, cela pourrait accélérer fortement la vaccination dans ces zones les plus touchées. Une stratégie qui pourrait être évoquée au sein de l'exécutif, puisqu'Odile Lanay, infectiologue et membre du conseil scientifique, explique adhérer à l'idée : "c'est un avis que je partage en théorie. Le virus circule peu dans l'Ouest de la France mais la problématique c'est que nous avons très peu de vaccins en Europe. Nous n'avons que 2% des Français qui sont vaccinés, il faudrait au moins pouvoir vacciner 25% des Français pour avoir un impact sur l'épidémie", nuance toutefois l'infectiologue, selon France Bleu.

"Il faut d'abord penser à protéger les lieux à risque"

Le médecin Yvon Le Flohic, qui exerce en région Bretagne, est plus réservé sur une telle stratégie de transfert de doses. "Il ne faut pas oublier que lorsque le virus entre dans certains lieux comme les EHPAD ou les hôpitaux, c'est une hécatombe, même si le taux d'incidence est faible", rappelle le médecin généraliste. Avant de transférer des doses, il faut d'abord penser à protéger ces lieux en faisant des tests répétés par exemple, ce qui permettrait de détecter le virus apparaît, et lutterait contre la nosocomialité. À partir de cela, oui, on pourrait transférer des doses vers les zones touchées, mais cela semble une mesure accessoire", ajoute le médecin.

Si d'un point de vue purement sanitaire la mesure pourrait être efficace, elle pourrait être compliquée à faire accepter politiquement aux élus locaux, contraints de repousser la vaccination dans leur territoire, exposant potentiellement à une flambée des cas, quelques semaines plus tard.

Ce contenu peut également vous intéresser :