Covid-19 : face au manque de vaccins, une ou deux doses ?

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Le Royaume-Uni, premier pays occidental à avoir lancé sa campagne de vaccination contre le coronavirus, change de stratégie et cherche à vacciner le plus grand nombre de personnes, au lieu de stocker les lots réservés à une seconde injection. La France va, elle, continuer de suivre la préconisation des laboratoires. Ces derniers recommandent deux inoculations à trois semaines d'intervalle.

Une injection au plus grand nombre ou les deux injections préconisées par les laboratoires à des publics restreints ? Le Royaume-Uni, où l'épidémie a déjà fait plus de 74 000 morts, a été l'un des premiers pays au monde à lancer une campagne de vaccination contre le Covid-19, et le premier à autoriser en urgence le vaccin de Pfizer-BioNTech, puis celui d'AstraZeneca et de l'université d'Oxford.

Ces deux vaccins sont censés être administrés en deux injections à quelques semaines d'intervalle. Or, le gouvernement britannique, sous pression après l'apparition d’un variant du virus qui semble plus contagieux, a décidé de revoir sa stratégie en distribuant la totalité des doses du vaccin Pfizer/BioNTech, afin d’atteindre le plus grand nombre de personnes vaccinées. Et ce, plutôt que de conserver la moitié des lots destinés à une seconde injection. L'ultime inoculation sera donc tributaire des nouvelles livraisons du vaccin, alors que BioNTech s'attend à des ruptures d'approvisionnement.

Face à l’urgence, le Royaume-Uni va par conséquent autoriser, au moment de la seconde injection, la combinaison de différents vaccins contre le coronavirus sous certaines conditions, en dépit du manque de preuves scientifiques de l'efficacité d'une telle association, montre un document officiel.

Si "le même vaccin n'est pas disponible ou si le premier produit reçu est inconnu, il est raisonnable de proposer une dose du produit disponible localement afin d'achever le processus", explique ce document.

Trois semaines d’intervalle

Côté français : aucun changement de stratégie n’est à l’ordre du jour, alors que la lenteur du déploiement de la campagne de vaccination fait l'objet de critiques dans l'Hexagone. Le ministère de la Santé indique suivre la préconisation des laboratoires Pfizer/BioNTech qui recommande deux injections à trois semaines d'intervalle. Londres a, elle, décidé de séparer les deux administrations d’un délai pouvant aller jusqu’à douze semaines.

La préconisation des laboratoires Pfizer/BioNTech permet une efficacité à 95 % du vaccin, contre 70 % si une seule dose est injectée, selon les conclusions des tests. Le ministère de la Santé français, cité par Franceinfo, assure que toutes les personnes vaccinées recevront deux doses, conformément à l'autorisation de mise sur le marché des vaccins concernés, dans les délais prévus par le protocole de vaccination.

Le généticien Axel Kahn, très critique de la stratégie de vaccination mise en place par le gouvernement, dénonçant le "désastre de démarrage" de la campagne, a dit comprendre la décision britannique. "La Grande-Bretagne dans une situation terrible fait le pari de ne pas faire trois semaines après la première injection le rappel nécessaire à une protection optimale, écrit-il dans une tribune publiée samedi sur son site. Ses scientifiques sacrifient la qualité de l’immunisation chez N personnes pour protéger moins bien 2 N personnes. Je ne sais s’ils ont raison mais leur suis solidaire dans la tourmente".

Sur BFM TV, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a indiqué que le rythme des vaccinations allait progressivement augmenter "dès la semaine prochaine" et a assuré que l'objectif serait tenu. "Ce n'est pas une question de doses vaccinales, il n'y a pas de problèmes de pénurie", a-t-il dit.

De son côté, le président Emmanuel Macron a affirmé jeudi qu'il "ne laisserai(t) pas, pour de mauvaises raisons, une lenteur injustifiée s'installer" dans la campagne de vaccination contre le Covid-19.

Il a aussi assuré qu'il ne laisserait "personne jouer avec la sûreté et les bonnes conditions, encadrées par nos scientifiques et nos médecins, dans lesquelles la vaccination doit se faire".

Avec AFP