Covid-19: les fêtes clandestines, un business difficile à empêcher (même à deux pas de Matignon)

Hugues Garnier
·3 min de lecture
Des policiers de la Bac75N évacuent les participants à une soirée clandestine à Paris le 6 décembre 2020  - THOMAS COEX © 2019 AFP
Des policiers de la Bac75N évacuent les participants à une soirée clandestine à Paris le 6 décembre 2020 - THOMAS COEX © 2019 AFP

L'incident survenu il y a mois à Joinville-le-Pont ne fait plus figure d'exception. Les grandes soirées clandestines se multiplient dans l'Hexagone depuis quelques semaines. Paris, Marseille, Reims, Strasbourg... Des villes où plusieurs dizaines voire des centaines de personnes se sont retrouvées pour faire la fête, en dépit de la crise sanitaire.

Dernière bamboche importante en date: une fête organisée samedi dernier dans un triplex situé au 55 rue de Varenne, dans le septième arrondissement de la capitale. Un immeuble voisin à l'hôtel de Matignon, résidence du Premier ministre. À croire qu'il est impossible d'empêcher la tenue des soirées, même lorsqu'elles ont lieu près de lieux hautement sécurisés.

Mission ardue pour les policiers

"Très souvent la seule façon pour la police d'être prévenue, c'est par le voisinage qui se plaint du tapage, d'allées et venues inhabituelles", explique François Bersani.

Le secrétaire départemental adjoint dans les Yvelines d'Unité SGP Police FO explique que ces fêtes sont bien souvent organisées sur les réseaux sociaux ou les messageries cryptées, un terrain d'enquête bien trop grand pour que les forces de l'ordre puissent anticiper ces soirées privées. "Le principe même de ces soirées, c'est que ça ne se sache pas, donc on est forcément en retard", pestait une source policière récemment interrogée par BFMTV.com.

"Il ne faut pas se leurrer, il n'y a pas un policier derrière chaque utilisateur [...] la police ne peut pas avoir une surveillance complète de la toile", affirme François Bersani. Lorsque la police décèle ces fêtes, "c'est vraiment le fruit du hasard".

Une activité parallèle aux boîtes de nuit

Outre la complexité que posent ces rassemblements, les retombées économiques qui en découlent font état d'une véritable économie parallèle, au détriment des boîtes de nuit et bars à ambiance, fermés depuis de longs mois déjà.

100 euros pour une personne et 600 euros pour six avec une bouteille d'alcool pour accéder accéder à la soirée près de Matignon, 150 euros pour deux avec une bouteille à la fête clandestine de samedi dernier à Marseille, 70 euros pour les hommes et 15 euros pour les femmes à la soirée de Joinville-le-Pont... Ces fêtes engendrent des profits importants pour leurs organisateurs.

"On est pas là sur des soirées entre amis, où les gens viennent gracieusement. Sur chacune des grandes soirées dévoilées, il y avait des vrais revenus qui étaient dégagés", rapporte François Bersani.

Enquêtes pour "mise en danger de la vie d'autrui"

À cela s'ajoute les problèmes de sécurité qui peuvent se poser lorsque des centaines de personnes se rassemblent dans des lieux privés, pas toujours prévus pour accueillir autant de monde.

Autant d'infractions que de potentiels clusters puisque le port du masque et les gestes barrière sont loin d'être respectés au cours de ces soirées. De nombreuses enquêtes ont en effet été ouvertes pour "mise en danger de la vie d'autrui" et visent très souvent les organisateurs de ces événements illégaux.

Un phénomène qui se poursuit malgré le couvre-feu

Depuis le début de la semaine, la réinstauration du couvre-feu de 20h à 6h du matin vise également à prévenir ce type de réunions. Mais les rassemblements se poursuivent malgré tout, à en croire les faits rapportés par les médias locaux.

"Covid-19: la police met fin à plusieurs soirées clandestines à Marseille et dresse 72 verbalisations", titre France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur ce vendredi. Le journal Ouest-France relate pour sa part un mariage près d'Angers "avec près de 200 personnes en plein couvrefeu à Verrières-en-Anjou".

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a promis jeudi dernier d'être "particulièrement sévère" avec ces fêtes sauvages.

"Je veux dire aux Français qu'ils doivent respecter les règles, et qu'ils doivent se rassurer: ceux qui enfreindront ces règles seront poursuivis par la justice", a assuré le ministre.

Article original publié sur BFMTV.com