Covid-19 : les États-Unis sont-ils devenus un modèle de la lutte contre le virus ?

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Les restaurants en terrasse ont rouvert dans certains Etats, comme en Californie.

Fustigés il y a quelques mois pour leur gestion de la crise du Covid-19, les Etats-Unis reprennent peu-à-peu une vie normale, avant les pays européens.

Plus de 550 000 morts du Covid, soit davantage "que lors de la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale et la guerre du Vietnam combinées" illustrait le nouveau président élu Joe Biden, le 22 février dernier, ce qui fait des Etats-Unis le pays le plus endeuillé au monde, en valeur absolue.

Un terrible bilan qui a longtemps fait des Etats-Unis l'un des pays les plus critiqués au monde pour sa gestion de la crise Covid, avec le Brésil. Entre inégalité à l'accès aux soins, hôpitaux rapidement débordés et un président Donald Trump qui a longtemps nié la gravité de l'épidémie et refusé de s'afficher masqué en public.

Le retour progressif à une vie normale

Mais depuis plusieurs semaines, la situation s'améliore aux Etats-Unis. À New York, le retour à la vie d'avant se précise avec la réouverture des terrasses. En Californie, le gouverneur démocrate annonce une réouverture totale de l’Etat pour le 15 juin.

Au Texas, un stade a même accueilli plus de 40 000 spectateurs pour un match de baseball, donc de nombreuses personnes sans masque.

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"La situation des Etats-Unis n'est pas idéale"

Des scènes qui contrastent fortement avec la situation en Europe continentale, où de nombreux pays prolongent voire renforcent leurs restrictions. Si les Etats-Unis semblent être passés du bonnet d'âne à un élève modèle dans la gestion de l'épidémie Covid, l'épidémiologiste Antoine Flahault se veut très prudent.

"Contrairement à Israël ou au Royaume-Uni, la situation des Etats-Unis n'est pas idéale, avec 63 000 nouveaux cas par jour. J'aurais tenu un discours différent il y a trois semaines, mais depuis, on enregistre un rebond des cas dans certains Etats, qui laisse penser à l'arrivée d'une troisième vague dans le nord du pays. Attention à ne pas rouvrir trop vite".

Une hausse des cas depuis trois semaines

Les Centres de lutte et de prévention contre les maladies (CDC), principale agence fédérale de santé publique du pays, ont d'ailleurs appelé la population à la vigilance après une hausse des nouveaux cas depuis trois semaines. La carte montre la situation beaucoup plus compliquée dans les États du Nord-Est du pays.

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Parmi ces États, le Michigan inquiète particulièrement. Il enregistre la plus forte hausse des contaminations, proportionnellement à sa population. "Nous voyons une hausse importante de nos cas de Covid-19. Nos hospitalisations sont en hausse également. Les habitants du Michigan doivent redoubler d'efforts et suivre les mesures pour aider à freiner la propagation du virus", a tweeté la cheffe adjointe du département de la Santé du Michigan, Joneigh Khaldun.

Une mortalité en baisse

Si les Etats-Unis ne sont pas les meilleurs élèves dans la lutte contre la pandémie, ils semblent avoir laissé leur bonnet d'âne. Le nombre de cas quotidien, qui a atteint un pic de 250 000 cas par jour début janvier, est redescendu à 66 000 cas aujourd'hui. La mortalité est en aussi en baisse continue depuis fin janvier, avec en moyenne 770 morts du covid par jour contre un pic à plus de 3 300 morts quotidiens fin janvier.

Pour expliquer une telle amélioration de la situation, Antoine Flahault évoque plusieurs pistes, dont la vaccination massive, alors que 20% des Américains sont vaccinés, près d'un sur trois a reçu au moins une dose de vaccin. "La vaccination permet de faire baisser la mortalité et les états graves en protégeant les plus faibles", rappelle l'épidémiologiste. Une vaccination plus rapide que prévue : Joe Biden, qui avait initialement fixé l'objectif de 100 millions de doses de vaccins injectés pour ses 100 premiers jours, a réhaussé son objectif à 200 millions de doses.

L'impact de la vaccination et de la vague de froid 

Mais la vaccination massive n'explique pas seule l'amélioration de la situation. Mi-février, plusieurs États ont été frappé par une vague de froid historique, jusqu'à -18 degrés au Texas par exemple, qui a paralysé, écoles et commerces, entrainé des coupures de courant et forcé les habitants à rester chez eux. "Cette vague de froid, une sorte de confinement climatique, a réduit les déplacements, les interactions sociales, ce qui a sans doute contribué à freiner encore plus l'épidémie", estime Antoine Flahault, qui rappelle que le pays n'a jamais connu de confinement strict comme de nombreux pays européens ont pu en mettre en place.

L'élection de Joe Biden, entré en fonction en janvier, peut également avoir joué un rôle direct ou indirect, sur l'évolution de l'épidémie. "Joe Biden a pris des mesures fortes, a assuré de son soutien les gouverneurs qui prennent les mesures plus strictes dans leurs Etats, ce qui a marqué un tournant dans la politique américaine face au Covid, rappelle Antoine Flahault.

L'arrivée de Joe Biden

Au lendemain de son entrée en fonction, Joe Biden a signé des décrets rendant obligatoire le port du masque dans les bâtiments fédéraux, et imposant une quarantaine aux voyageurs entrant dans le pays. Une dernière mesure qui a pu permettre de ralentir la progression de différents variants aux Etats-Unis.

Enfin, rappelle l'épidémiologiste : "ce n'est pas parce que la Californie déconfine que la situation est bonne dans tout le pays. De nombreux facteurs importants varient selon les États comme la météo, le comportement de la population et les règles sanitaires". Aux Etats-Unis, les Etats décident des mesures à appliquer au niveau local. Ainsi, le gouverneur républicain du Texas Greg Abbott a annoncé la fin du port du masque obligatoire et la réouverture totale des commerces début mars, estimant que le deuxième État le plus peuplé des États-Unis avait "les moyens de protéger" sa population, tandis que le gouverneur de Californie a annoncé la réouverture totale le 15 juin. 

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