Covid-19 et vitamine D: ce que l'on sait (et ce que l'on sait pas)

Alix Coutures
·Journaliste
·5 min de lecture
L'OMS ne recommande pas l'utilisation de la vitamine D comme traitement au coronavirus mais exhorte la communauté scientifique à poursuivre ses recherches.  (Photo: Ekaterina Rabchanyuk via Getty Images)
L'OMS ne recommande pas l'utilisation de la vitamine D comme traitement au coronavirus mais exhorte la communauté scientifique à poursuivre ses recherches. (Photo: Ekaterina Rabchanyuk via Getty Images)

COVID-19 - La vitamine D deviendra-t-elle notre meilleure alliée contre le coronavirus? Plusieurs chercheurs tentent de répondre à cette question en étudiant le lien entre les formes graves de Covid-19 et une carence en vitamine D. Une nouvelle étude réalisée par le CHU d’Angers et publiée dans la revue scientifique Nutrients ce lundi 2 novembre a notamment montré que la vitamine D pouvait avoir des effets bénéfiques sur la santé des séniors, confirmant d’autres enquêtes anglo-saxonnes parues ces dernières semaines. Est-ce une coïncidence ou une réelle cause qui rendrait les patients plus vulnérables au virus?

La vitamine D, qui se trouve à la lumière du soleil, dans le poisson gras, les oeufs, et les produits alimentaires enrichis, agit sur le système immunitaire. Cette hormone de type stéroïde (une catégorie de lipides) est connue pour aider à fixer les os sur le calcium et lutter contre le risque d’ostéoporose (maladie du squelette). Mais la recherche a démontré ces vingt dernières années qu’elle agissait également sur la fonction immunitaire, la prolifération des cellules, les muscles et le cerveau.

Renforcer l’immunité

“Nous avons des récepteurs de vitamine D dans tous les organes du corps. Cette molécule peut ainsi améliorer l’ensemble du système du corps humain. Elle a aussi un effet sur les jonctions des cellules, qui jouent un rôle dans l’entrée du virus dans le corps humain”, a expliqué au HuffPost Brigitte Houssin, médecin et auteure du livre Vitamine D, mode d’emploi. Et pourtant, 41% de la population française en manque en hiver, a souligné l’Académie de médecine de France. De quoi conduire l’institution à recommander depuis le 22 mai dernier, une prise (variable selon que la personne a plus ou moins de 60 ans) de Vitamine D chez les personnes atteintes du Covid-19. Objectif: renforcer notre immunité innée, la première ligne de défense vis-à-vis des agents infectieux qui nous entourent.

Traitement préventif contre le coronavirus?

Plus récemment, des études ont établi un lien entre maladies respiratoires et vitamine D, comme l’a d’ailleurs résumé l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2019. “En plus d’être une cause de rachitisme, la carence en vitamine D est associée à des infections respiratoires comme la pneumonie, la tuberculose et la bronchiolite”, a-t-elle estimé. Une équipe de scientifiques de l’hôpital Marqués de Valdecilla, au nord de l’Espagne, a notamment comparé les taux de vitamine D de 216 patients hospitalisés à cause du coronavirus avec ceux d’un groupe témoin de 197 patients. Ils en ont conclu que 82% des patients atteints du Covid-19 souffraient d’une carence en vitamine D, contre 47% dans le groupe témoin, dans un article publié dans la revue The Journal of clinical endocrinology & metabolism en octobre dernier.

“C’est l’oeuf ou la poule” Adrien Martineau, spécialiste de l’immunité à l’Université Queen Mary of London

Ces résultats viennent confirmer ceux de chercheurs de l’Université de médecine de Chicago qui se sont intéressés, eux aussi, au potentiel préventif de la vitamine D contre le coronavirus. Leurs travaux, publiés le 3 septembre dernier dans la revue médicale Jama Network Open, ont souligné que le risque de contracter le Covid-19 était presque deux fois plus élevé pour les personnes souffrant d’une carence en vitamine D que pour celles qui en présentaient un taux suffisant.

Ces deux enquêtes permettent-elles de conclure à un effet protecteur de la vitamine D contre le coronavirus? “Non, a nuancé Adrien Martineau, spécialiste des infections respiratoires et de l’immunité à l’Université Queen Mary of London qui n’a participé à aucune des deux enquêtes, dans le journal en ligne Live Science. On ne peut pas dire à ce stade qu’une carence en vitamine D augmente les chances d’être malade du Covid-19”. D’autant que dans la première étude, les taux de vitamine D ont été mesurés chez les patients atteints de Covid-19 après qu’ils aient contracté le coronavirus. “C’est l’oeuf ou la poule, explique Adrien Martineau. On ne peut pas savoir si c’est à cause de leurs carences en vitamine D que les patients ont contracté le virus, ou si c’est la maladie qui a baissé leur taux.”

L’OMS ne recommande pas la vitamine D contre le Covid-19

Et quid de l’effet curatif de la vitamine D? L’étude portée par le CHU d’Angers a, elle, tenté de prouver que la vitamine D pouvait mener à une amélioration de l’état d’un patient atteint du coronavirus lorsqu’elle était injectée après le diagnostic. Réalisée sur 77 patients, l’étude a révélé “une tendance à une amélioration lorsqu’on supplémente en vitamine D après le diagnostic”, a souligné le professeur Cédric Annweiler, chef du service de gériatrie au CHU d’Angers et investigateur principal de l’étude auprès du journal Ouest-France.

Pas de quoi, donc, en tirer des recommandations. L’OMS a d’ailleurs indiqué en octobre dernier, ne pas préconiser la vitamine D comme traitement contre le coronavirus, faute de données suffisantes. Davantage de recherches doivent être menées sur le sujet d’après l’organisation, qui exhorte les personnes inquiètes, à consulter leur médecin pour mesurer leur taux de vitamine D. “L’avantage de toutes ces études, c’est qu’elles pousseront davantage de Français à s’intéresser à leurs taux de vitamine D et accéléreront la recherche sur cette molécule encore trop peu étudiée”, se réjouit Brigitte Houssin.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.