Covid-19 : les chiffres de l'épidémie baissent, pourquoi des scientifiques veulent-ils durcir les mesures ?

·5 min de lecture
Photo d'illustration

Le nombre de cas est en recul de 10% ces derniers jours et les admissions à l’hôpital de 16%. Pourtant, des scientifiques appellent à durcir les mesures face à l’épidémie.

Pas de nouvelles restrictions en vue. Alors qu’un nouveau Conseil de défense s’est tenu comme chaque semaine autour du chef de l’Etat, et que l’épidémie de Covid-19 semble légèrement reculer, comme l’attestent les derniers chiffres, le gouvernement ne devrait pas donner de nouveau tour de vis.

Évolution du nombre de cas positifs.
Évolution du nombre de cas positifs.
Évolution du nombre d'entrées à l'hôpital.
Évolution du nombre d'entrées à l'hôpital.

“Les vacances scolaires, l’occasion de prendre des mesures”

Malgré ce léger recul, des scientifiques appellent à “durcir la riposte” face au Covid-19, dans une tribune publiée dans Le Monde. “Certes il y a une baisse, légère, qui va se prolonger avec l’effet des vacances scolaires. Mais à la reprise de l’école, la baisse va s’atténuer, voire s’arrêter” redoute Michaël Rochoy, cosignataire de la tribune rédigée par le collectif Du Côté de la science, et alors que la zone A doit reprendre le chemin de l’école dès lundi prochain.

“Les vacances scolaires offrent une fenêtre de tir pour prendre des mesures drastiques afin de réduire fortement la circulation du virus. En ne faisant rien durant cette période, on grille une cartouche”, regrette le médecin généraliste. Il propose notamment d’élargir la période des vacances et de prendre en parallèle d’autres mesures pour accélérer la baisse de la circulation du virus.

Le virus circule davantage que chez nos voisins

Si la baisse semble se confirmer jour après jour, la décrue est à un rythme faible comparé aux autres pays européens ayant pris des mesures plus drastiques, comme le Royaume-Uni, le Portugal ou l’Allemagne, qui ont mis en place des confinements.

Le nombre de cas par million d'habitants selon les pays.
Le nombre de cas par million d'habitants selon les pays.

En décembre, Emmanuel Macron avait fixé l’objectif de moins de 5 000 cas par jour et de moins 3 000 lits de réanimation occupés pour lever le deuxième confinement. Malgré plus de 10 000 cas par jour mi-décembre, le déconfinement a eu lieu.

Le généticien Axel Kahn prône un confinement.
Le généticien Axel Kahn prône un confinement.

“Si on ne fait rien, on va encore vivre plusieurs mois avec un couvre-feu”

Au 16 février, 3348 patients sont en réanimation, et on recense 18 063 cas quotidiens en moyenne du 7 au 13 février. Bien loin de l’objectif du président pour déconfiner, et alors qu’aucun confinement n’est mis en place.

“Si on ne fait rien, on va encore vivre plusieurs mois avec un couvre feu en attendant que le nombre de cas soit suffisamment bas pour reprendre une vie ‘normale’, avec le risque que l’épidémie reprenne sous l’effet des variants par exemple. J’ai du mal à croire qu’un couvre feu à 18h soit encore supporté plusieurs mois”, redoute Michaël Rochoy.

“On a 300 morts par jour, plus de 18 000 cas, mais on n’a pas de liberté”

Le couvre-feu a été instauré à 20h à la sortie du confinement, le 15 décembre, avant d’être avancé à 18h progressivement et étendu à tout le pays depuis le 16 janvier. Il est donc en vigueur depuis deux mois. “On a plus de 300 morts chaque jour, plus de 18 000 cas, mais on n’a pas de liberté”, synthétise Florian Zorès, membre du collectif qui signe cette tribune.

 Le ras-le-bol du couvre-feu
Le ras-le-bol du couvre-feu

“L’autre possibilité, c’est de prendre des mesures fortes sur une courte période, 1 mois peut être, pour casser la courbe et reprendre plus vite une vie ‘normale’ avec une faible circulation du virus”, ajoute l’un des cosignataires de la tribune.

“Laisser circuler le virus, c’est multiplier les Covid long”

D’autant que laisser circuler le virus a des niveaux élevés, comme le fait actuellement la France, a des conséquences, soulignent les auteurs de la tribune. “Maintenir la situation actuelle, c’est laisser pendant plusieurs mois un rythme de 300 morts par jour, de milliers de personnes hospitalisées, avec une part importante de Covid long” renchérit Florian Zorès, qui suit de près la problématique des Covid long, ces malades dont les symptômes persistent durant plusieurs semaines voire plusieurs mois.

A LIRE AUSSI >> Le calvaire des malades du Covid-19 dont les symptômes persistent

“On estime que 10% des malades symptomatiques font une forme prolongée, et que 20% de ces formes prolongées durent plus de 6 mois. Plus il y a de cas par jour, plus il y aura de Covid long, ce qui va peser sur le système de santé, et avoir des conséquences économiques” souligne Florian Zorès, membre du collectif Du Côté de la science.

Près de 20% des patients hospitalisés atteints de COVID en Alberta n'ont pas pu retourner au travail après 6 mois, indiquent par exemple des scientifiques canadiens.

Le témoignage de malades du Covid dont les symptômes persistent longtemps après l'infection.
Le témoignage de malades du Covid dont les symptômes persistent longtemps après l'infection.

Laisser circuler le virus, une stratégie “dangereuse”

Laisser circuler le virus à un niveau élevé, plus de 18 000 cas par jour en France, expose également à d’autres risques : plus la circulation du virus est élevée, plus il y a un risque de voir apparaître un nouveau variant. Autre risque, celui de voir apparaître un variant résistant au vaccin, qui anéantirait une partie des effets des vaccins actuellement développés.

A LIRE AUSSI >> Coronavirus : Manaus, l'exemple de l'échec de l'immunité collective non vaccinale

Parmi les mesures envisagées pour réduire fortement la circulation du virus, la prolongation des vacances scolaires, ou un confinement territorialisé. Mais à l’issue de ces mesures, les auteurs de cette tribune appellent à changer de stratégie.

“Confiner pour confiner, ça n’a pas de sens”

“Confiner pour confiner, ça n’a pas de sens si ensuite on ne fait rien pour maitriser l’épidémie. Ce que l’on souhaite, c’est durcir les mesures pour baisser la circulation du virus et ensuite, adapter la stratégie, contrairement au déconfinement du printemps dernier” rappelle Florian Zorès.

Le généticien Axel Kahn prône un confinement.
Le généticien Axel Kahn prône un confinement.

Une idée qui rejoint celle du Zéro Covid, qui vise à réduire très fortement la circulation du virus afin de tester tracer isoler plus efficacement, et ainsi maîtriser l’épidémie et pouvoir espérer reprendre une vie “normale”. Une stratégie de plus en plus discutée en Europe.

Ce contenu peut également vous intéresser :

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles