Covid-19 : les engelures, signe d’une immunité (trop) performante ?

Johanna Amselem
·3 min de lecture
Risk of frostbite of hand or fingers outdoors during cold weather because of frost in winter

Des chercheurs ont constaté que la présence des engelures pourrait être la conséquence d’une immunité innée trop élevée contre le nouveau coronavirus.

Au début de l’épidémie de Covid-19, les médecins ont remarqué un nombre accru de consultations liées à l’apparition d’engelures. Ces atteintes cutanées apparaissent en réaction au froid, elles sont le signe d’un trouble de la microvascularisation cutanée.

Le 11 janvier 2021, l’Inserm a rapporté les conclusions d’une étude qui s’est intéressée aux liens entre l’apparition de ces engelures et l’infection par le SARS-CoV-2. Pour cela, les chercheurs ont étudié tous les patients reçus par la cellule Covid du CHU de Nice entre le 9 et le 17 avril dernier et qui présentaient ces lésions cutanées. Au total, 40 patients souffrant d’engelures ont été accueillis. Aucun d’entre eux n’avait présenté une forme grave de Covid-19 et la plupart étaient jeunes (âge médian de 22 ans).

L’Inserm précise que tous ont été cas contacts ou suspectés d’être infectés par le SARS-CoV-2 dans les trois semaines précédant la consultation. Pour tous, le résultat de la recherche du virus au niveau nasopharyngé (PCR) était négatif et une sérologie positive n’a été retrouvée que chez un tiers d’entre eux. “Il a déjà été décrit que des manifestations cutanées généralisées, comme des urticaires… peuvent apparaître après une infection virale respiratoire, mais la survenue de réactions localisées de ce type est inédite. Si la causalité entre les lésions cutanées et le SARS-CoV-2 n’est pas démontrée par cette étude, elle est malgré tout fortement suspectée, notamment parce que le nombre de patients présentant des engelures à cette époque de l’année dans notre région est particulièrement surprenant. De plus, nous avons observé des regroupements de cas : plusieurs personnes simultanément atteintes d’engelures dans quelques fratries ou familles”, résume le Pr Thierry Passeron qui a dirigé ce travail.

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“Une surréaction de l’immunité innée”

Les chercheurs soulignent que le jeune âge des patients, la rareté de leurs symptômes et la négativité des tests PCR et sérologique suggèrent une immunité innée particulièrement efficace. Lors de cette étude, les chercheurs ont stimulé in vitro la production d’IFNɑ par des cellules de l’immunité innée (cellules dendritiques). “Les chercheurs ont comparé l’activité des cellules de trois groupes de patients : ceux qui ont présenté des engelures, ceux qui ont développé d’autres formes non graves de Covid-19 et ceux hospitalisés en raison de cette infection”, liste l’Inserm.

“Les cellules des premiers présentent des taux d’expression de l’IFNɑ bien plus élevés que celles des deux autres groupes. Les taux mesurés dans les cellules des patients hospitalisés, avec des formes sévères de Covid-19, sont même particulièrement bas”, souligne le dermatologue.

Ainsi, les chercheurs rapportent que la présence d’engelures pourrait être le signe d’une surréaction de l’immunité innée. “On voit le nombre de ces engelures augmenter à nouveau depuis quelques semaines, à l’image de ce que l’on a observé durant la première vague de l’épidémie. Il faut néanmoins rassurer les personnes qui en souffrent : même si elles sont douloureuses, ces atteintes ne sont pas graves et régressent sans séquelles sur quelques jours à quelques semaines. Elles signent un épisode infectieux à SARS-CoV-2 qui est déjà terminé dans la majorité des cas. Les patients concernés ont éliminé le virus efficacement et rapidement après leur infection”, nuance Thierry Passeron.

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