Covid-19: le vrai-faux plateau des courbes, embellie ou mirage?

Grégory Rozières
·Chef de rubrique C'est Demain, Science, Techno
·5 min de lecture

SCIENCE - Est-ce le début de la fin de la hausse? Dimanche 8 novembre, Olivier Véran a estimé qu’il y avait un “frémissement” dans les courbes de l’épidémie de Covid-19.

Les mesures prises “ont permis d’avoir une forme de ralentissement de la progression de l’épidémie, mais il est trop tôt pour juger de l’effet du reconfinement”, a précisé le ministre de la Santé. Ces derniers jours, plusieurs courbes permettant de traquer la propagation du coronavirus semblent effectivement ne plus suivre une croissance exponentielle.

Différents indicateurs commencent à montrer des signaux encourageants, jusque dans les entrées en réanimation à Paris. Ce lundi 9 novembre, c’est Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine, qui, interrogée par BFMTV, parlait d’un “frémissement” dans les hôpitaux.

Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, a lui précisé sur France Inter que l’on est passé de 110 entrées en réanimation par jour à Paris la semaine dernière à environ 80. Mais il a appelé à être prudent, rappelant que fin septembre, il y avait eu “un peu de répit, mais on a vu [l’épidémie] redémarrer en octobre”.

Pour plusieurs raisons, il ne faut en effet pas crier victoire trop vite, alors que ce lundi 9 novembre le nombre de décès s’élevait à 551 sur les dernières 24 heures.

Un “bug” dans le taux d’incidence?

Commençons par le taux d’incidence, soit le nombre de cas positifs au Covid-19 pour 100.000 habitants. C’est à la fois l’indicateur permettant de suivre l’épidémie avec le moins de délais (il suffit que la personne soit dépistée), mais également le moins stable.

D’abord, car il dépend du nombre de tests et de l’efficacité de la politique de dépistage. Ensuite, car le système a régulièrement du mal à ingérer toutes ces données. De manière générale, il faut se méfier des chiffres publiés dans les dernières 48 heures, car des consolidations et modifications peuvent être effectuées. Surtout depuis une semaine, Santé publique France (SPF) alerte sur le fait que les taux d’incidence et de dépistage récents doivent être considérés comme un minima “en raison de difficultés identifiées dans la remontée des résultats de tests”.

Le problème a été résolu ce week-end et la correction des chiffres devrait être publiée ce lundi 9 novembre, précise SPF. Reste donc à voir si le pic que l’on voit depuis 4 jours se confirmera. Et même si c’est le cas, il faudrait que ce pic continue pendant plusieurs semaines pour s’assurer que l’épidémie est maîtrisée. Et qu’il se voit également, quelques semaines plus tard, dans les hôpitaux.

L’inconnue des vacances

Justement, ce qui peut donner espoir, c’est que deux autres indicateurs semblent suivre cette tendance localement: les hospitalisations et l’occupation des lits en réanimation. En tout cas à Paris C’est ce à quoi font écho Martin Hirsch et Karine Lacombe. Sur le graphique ci-dessous, on voit effectivement que la courbe n’a pas une forme d’exponentielle, mais commence à s’infléchir.

Cela ne peut pas vraiment être dû au confinement décidé le 28 octobre. En effet, quand une personne est hospitalisée, il s’est passé en moyenne deux à trois semaines depuis son infection (le temps d’incubation, puis le temps que la maladie empire).

Le risque ici, c’est que ce ralentissement soit plutôt dû aux vacances scolaires de la Toussaint, qui ont débuté le 17 octobre, il y a justement trois semaines. Car alors que le ministre a annoncé un durcissement du protocole, la question du rôle des écoles dans la propagation de l’épidémie fait encore débat, comme nous le rappelions récemment.

On sait qu’il y a des contaminations sur place, mais à quel point les maternelles, primaires, collèges et lycées suivent ou provoquent-ils l’évolution de la courbe de l’épidémie de Covid-19, dans un sens ou dans l’autre? Si les écoles la provoquent, alors le risque, c’est que les indicateurs repartent à la hausse dans les jours à venir.

Les premiers effets du couvre-feu?

Une autre explication voudrait que le frémissement actuel, y compris sur la pression hospitalière dans certaines zones, soit lié à de précédentes mesures, notamment le couvre-feu. En effet, celui-ci a été mis en place le 17 octobre dans 9 métropoles. Quand on compare le taux d’incidence dans ces grandes agglomérations et dans les autres suivies, on voit un tassement qui débute un peu plus tôt. Le directeur général de la santé, Jérôme Salon, l’a d’alleurs explicité lui aussi ce lundi 9 novembre dans la soirée: la progression est plus lente “partout où ont été appliquées des mesures de freinage précoce en particulier le couvre-feu”.

Ici aussi, de quoi donner un peu d’espoir, même s’il faut rester très prudent. “Les chiffres qu’on vous donne sont forcément liés au fait qu’il y ait un peu moins d’interactions sociales entre les uns et les autres”, explique Martin Hirsch. Reste donc à savoir si cette baisse d’interactions sociales est liée au couvre-feu, au confinement, aux vacances, voire à la météo ou à des éléments que nous ne comprenons pas forcément.

Les jours et semaines à venir devraient nous permettre d’y voir plus clair. Et quoi qu’il arrive, “le pic est encore devant nous” pour les hôpitaux, a rappelé Martin Hirsch.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.