Covid-19 et confinement : le taux de pensées suicidaires en forte hausse

Ingrid Bernard
·3 min de lecture
Portrait of young caucasian woman posing in studio.
Portrait of young caucasian woman posing in studio.

Selon une étude menée par la Fondation Jean-Jaurès, 20% des personnes interrogées ont déjà songé au suicide au printemps 2020. Des chiffres qui pourraient encore s’amplifier avec le deuxième confinement.

Une inquiétude grandissante. Les spécialistes ne cessent d’alerter sur les conséquences psychologiques de la crise sanitaire liée au Covid-19. La Fondation Jean-Jaurès en partenariat avec l’IFOP a réalisé une étude afin de mesurer le risque suicidaire de certaines catégories suite au premier confinement. Les chiffres apparaissent alarmants : 20% des personnes interrogées ont déjà envisagé sérieusement de se suicider. Parmi les personnes qui ont envisagé le suicide, 27% ont déjà fait une tentative de suicide provoquant une hospitalisation. Un chiffre en augmentation par rapport à 2016 (22%). À noter que ces idées suicidaires ont touché les personnes pendant le confinement (11%) mais aussi et surtout après cette période (17% post-confinement).

Les chômeurs et les dirigeants d’entreprise (27%) et les artisans-commerçants (25%) sont les catégories socio-professionnelles les plus touchées. L’étude souligne que le confinement a été particulièrement impactant pour les petites et moyennes entreprises, dont les sous-traitants du secteur BTP. “Il n’est dès lors pas surprenant que leurs dirigeants traversent une période de grande incertitude, avec à la clé un possible dépôt de bilan dont les effets psycho-sociaux sont particulièrement aigus”, affirme Michel Debout, auteur principal de l’étude et professeur de médecine légale et membre de l’Observatoire national du suicide. Les secteurs de l’hôtellerie, la restauration et le tourisme ont, eux aussi, particulièrement souffert de la situation.

Les jeunes particulièrement touchés

Les jeunes sont particulièrement marqués par les effets du confinement. Parmi ceux qui ont envisagé de se suicider, 25% sont âgés entre 18 et 24 ans, selon les résultats de l’étude. “Tous les psychiatres, qu’ils soient en activité libérale ou dans les hôpitaux, ont noté depuis la fin du confinement la gravité des pathologies présentées par les patients, avec comme indice de gravité les tentatives de suicide”, informent les auteurs, qui considèrent que ces pensées suicidaires sont, en partie, liées à “la difficulté de se faire soigner ou de poursuivre les soins pendant la période de confinement et dans les semaines qui ont suivi”. Ils déplorent également le fait que les associations, très actives dans la prévention du suicide des jeunes, aient été fermées pendant ces quelques mois.

Ces idées suicidaires chez les jeunes peuvent aussi s’expliquer par la difficulté à s’insérer dans le milieu professionnel et social. “Il y a là des facteurs de risques certains qui devraient déboucher sur des actions médico-sociales spécifiques”, préconise l’étude.

La consommation d’antidépresseurs augmente

La Fondation Jean-Jaurès souhaite, par ailleurs, alerter sur l’augmentation de la consommation de médicaments. 16 % des chômeurs disent ainsi avoir consommé des antidépresseurs au cours des douze derniers mois, contre 10 % chez la moyenne des Français.11 % des artisans-commerçants ont pris des anxiolytiques (9 % des Français), 7 % des neuroleptiques (2 % des Français).

Les auteurs de l’étude se montrent d’autant plus inquiets pour ce deuxième confinement. “Nous sommes passés ainsi de tous à domicile (avec des exceptions) à tous au travail (avec d’autres exceptions). (...) Alors qu’au printemps dernier, chacun pouvait se sentir solidaire des autres et acteur de décisions publiques qui leur paraissaient cohérentes, cet automne, vouloir réussir deux objectifs opposés en même temps provoque l’incompréhension notamment des secteurs économiques qui doivent cesser leur activité, alors même qu’il ne leur paraît pas évident que leur activité soit la source d’une contamination particulièrement préoccupante”. Ils ont peur que les personnes qui aient été particulièrement impactées lors du premier confinement formulent à nouveau des idées suicidaires. La Fondation recommande plus de prévention.

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