Le Covid-19 circulait-il déjà depuis dix ans en Asie du Sud-Est ?

·4 min de lecture

Et si le Covid-19 ne venait pas de Chine ? Et s'il avait plutôt été importé à Wuhan depuis l’Asie du Sud-Est, et du Cambodge en particulier, où la population semble avoir développé une immunité collective contre le coronavirus en vivant depuis des années à son contact ?

C’est l’hypothèse défendue par Alexandre Hassanin, chercheur au Muséum national d’histoire naturelle à Paris, et confortée par de nouvelles données qui viennent d’être publiées.

Le « virus chinois ». L'expression aux relents racistes a été agitée sans relâche par l'ancien président américain Donald Trump dès avril 2020. La Chine a immédiatement vu rouge. Elle ne cesse depuis d'affirmer que le Covid-19 ne vient pas de chez elle, n'hésitant pas, elle non plus, à se servir de théories du complot comme celle d'une importation quasi volontaire du coronavirus en Chine par des militaires américains.

Pour faire bonne mesure, Pékin a fini par autoriser une équipe d'enquêteurs de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à venir passer un mois à Wuhan, sous haute surveillance politique. Résultat sans surprise : peu d'accès aux données, pas d'avancées nouvelles sur les origines de la pandémie et la piste d'une origine animale toujours privilégiée.

À lire aussi : Covid-19: à Wuhan, l'OMS se cantonne à des hypothèses sur l'origine de la pandémie

Et si la Chine disait vrai ? Si le virus Sars-Cov-2 ne venait pas de chez elle mais de l'étranger ? Dans un article publié début février sur le site The Conversation, Alexandre Hassanin soutient l'hypothèse d'une provenance d'Asie du Sud-Est. « En 2010, écrit le chercheur au Museum d'histoire naturel à Paris, des chercheurs partis en expédition au Cambodge pour étudier les chauves-souris locales réalisent des prélèvements. Ces échantillons stockés dans des congélateurs pendant dix ans ont été récemment analysés par une équipe du Muséum national d’histoire naturelle. Les tests des virus sont positifs : le séquençage révèle une grande similarité avec l’actuel SARS-CoV-2, responsable de la pandémie de Covid-19. »

L'importation du virus à Wuhan en question

Invité sur RFI par Florent Guignard, Alexandre Hassanin pointe « un faisceau d'arguments » qui renforce l'hypothèse d'une origine sud-est asiatique du Covid-19 : « Dans tous ces pays d'Asie du Sud-Est, qui représentent la niche écologique du virus, où les virus du type SARS-CoV-2 sont censés circuler naturellement chez les chauves-souris, c'est justement là que l'épidémie a le moins d'impact. »

Ce qui n'est pas encore connu avec certitude aujourd'hui, souligne le chercheur, c'est la façon dont le virus est arrivé à Wuhan, premier foyer de la pandémie. Mais là encore, il présente des pistes : « Il y a des données qui nous montrent que des pangolins malais, donc qui viennent d'Asie du Sud-Est, ont été contaminés par le passé avant l'épidémie de Covid-19, c'était en 2017 et en 2019, des pangolins saisis en Chine, porteurs du virus SARS-CoV-2. Donc cela veut dire qu'il y a eu au moins deux importations de virus en provenance d'Asie du Sud-Est par le passé. Et c'est clairement dû au trafic des pangolins depuis l'Asie du Sud-Est vers la Chine. »

« Dès lors que vous mettez en contact des populations humaines qui n'ont jamais été en contact avec ces animaux qui sont potentiellement porteurs de bactéries et de virus, vous prenez le risque d'allumer la mèche qui conduit à l'épidémie », conclut Alexandre Hassanin.

De retour de Wuhan, les experts de l'OMS pensent que le Covid-19 a son origine dans les chauves-souris et pourrait avoir été transmis à l'homme via un autre mammifère. Ils ne savent pas en revanche où et quand la pandémie a réellement commencé, même si aucun foyer d'importance n'a été signalé à Wuhan ou ailleurs avant décembre 2019.

À la Maison Blanche, désormais dirigée par Joe Biden, on n'utilise plus l'expression « virus chinois ». Mais les États-Unis continuent de faire pression sur Pékin. « Pour mieux comprendre cette pandémie et préparer la prochaine, la Chine doit rendre accessibles ses données sur les premiers jours de l'épidémie », a demandé Jake Sullivan, le conseiller à la Sécurité nationale du nouveau président américain.

À écouter : L'OMS en mission à Wuhan, le récit des origines du virus verrouillé par Pékin

Ce contenu peut également vous intéresser :