Covid-19: cinq questions pour mieux comprendre la deuxième vague

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À l’heure de la deuxième vague de la pandémie de coronavirus, sommes-nous en train de rejouer le même scénario qu’au printemps dernier ? La première vague, qui a mené à des confinements en France et dans le monde entier, a apporté des enseignements qui pourraient aider à anticiper les effets de la deuxième.

  • Que nous indiquent les courbes de la première vague ?

Depuis début mars, des courbes retraçant le nombre de cas, d'hospitalisations ou encore la mortalité due au Covid-19, sont produites par plusieurs instances, nationales et internationales, et des universités, notamment l’Université de médecine John Hopkins à Baltimore aux États-Unis, véritable référence en la matière.

Et quand on compare les courbes de décès quotidiens des pays d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord, on voit qu’au moment de la première vague, elles suivent toutes la même pente. Pour tous les pays, l’évolution du nombre de décès est d’ordre exponentiel, c’est-à-dire que le nombre de morts du Covid-19 double tous les jours jusqu’à la mi-avril.

Il peut y avoir un décalage en fonction de l’arrivée des premiers cas, mais les courbes sont similaires. Ensuite, après un plateau, ces courbes décroissent plus ou moins lentement en fonction des mesures de confinement qui ont été prises. C’est le cas de la France, de l’Espagne, de l’Italie, de l’Allemagne et de la Chine.

On voit ensuite que les courbes se stabilisent à bas niveau pendant les mois d’été, puis qu’en France en particulier, la courbe remonte doucement depuis début septembre, pour s’accentuer brutalement à partir du 10 octobre, jour où tous les chiffres sont brutalement multipliés par quatre.

  • Que disent les chiffres aujourd’hui ?

La courbe est en train de grimper, mais on ne sait pas encore jusqu’où, et nous ne sommes pas encore arrivés au sommet. En France comme en Europe, les courbes montrent que la pandémie échappe à tout contrôle.

Pour la France, si l’on compare les chiffres de la première et de la seconde vague, on voit que nous ne sommes pas encore au niveau le plus fort de la première vague, où on hospitalisait quasiment 2 000 personnes supplémentaires tous les jours, alors que le 26 octobre, 817 personnes seulement étaient hospitalisées. Concernant la réanimation, on s’approche rapidement des chiffres quotidiens d’admission en mars dernier : 478 personnes le 28 mars, pour 357 le 26 octobre.

Ensuite, les Français ont été confinés du 17 mars au 11 mai, et l’effet en a été très clair, puisqu’à partir de début mai, les courbes s’inversent : il y a plus de sorties d’hospitalisations que d’entrées.

Mais à titre de comparaison toujours, et sachant que les effets du premier confinement ont commencé à se voir mi-avril, le 25 mars, donc huit jours après le début du confinement, 231 personnes décédaient du Covid-19 à l’hôpital en 24h ; or avec 288 décès à l’hôpital le 27 octobre, on voit bien que la courbe augmente très sérieusement et que la pente est raide.

  • Trouve-t-on plus de cas parce qu’on teste plus ?

Non, car si c’était le cas, que ce soit en France où ailleurs, on aurait plus de tests positifs, mais moins de cas déclarés, moins d’hospitalisation, moins de décès. Or ce n’est pas le cas. Dans les régions où le taux de tests positifs augmente, il y a une explosion épidémique. Les pays qui ont moins de tests positifs sont ceux qui ont réussi à contrôler l’épidémie pendant les derniers mois.

  • La géographie de la deuxième vague est-elle identique à celle de la première vague ?

La géographie de la pandémie s’est modifiée. Aujourd’hui, aucune région française n’est épargnée, le territoire entier est sérieusement touché. Ceci rend donc très compliqués les transferts éventuels de malades d’une région vers une autre en cas de surcharge des hôpitaux.

Pour cette deuxième vague, les cliniques privées ont été associées dès le départ, ce qui offre plus de lits d’hospitalisation et de réanimation. Pour autant, si le taux de contaminations continue de progresser rapidement, il est probable que le nombre de lits ne sera pas suffisant pour accueillir à la fois les malades Covid-19 et les autres.

Pour Pascal Legendre, directeur de recherche à l’INSERM, ce qui est le plus important, c'est le respect des gestes barrières : « Les gestes barrières scrupuleusement suivis sont actuellement la seule solution pour une protection efficace au niveau individuel. La solution du confinement ne fait que retarder les vagues épidémiques, sauf si elle est maintenue de façon très stricte et assez longtemps dans des régions très infectées, comme cela a été le cas en Chine. En France, l'expansion étant globale, il est trop tard pour cibler des régions particulières. Le confinement n'est vraiment efficace que si on l'impose dans des régions qui sont au début d'un accroissement. Il aurait fallu le faire, d'après les courbes, au moins 2-3 semaines avant l'apparition d'un pic théorique, idéalement dès que la pente commence à augmenter. »

  • Le Covid-19 fait-il moins de morts que la grippe saisonnière ?

Non. En comparaison, à l’échelle mondiale, la grippe saisonnière est responsable de 290 000 à 650 000 décès par an. Concernant les décès dus au Covid-19, l’Université de médecine John Hopkins, qui comptabilise l’état mondial de la pandémie, annonçait le 27 octobre 1 161 422 décès dus au Covid-19 depuis le début de la pandémie. Ce chiffre ne comptabilise pas les décès non déclarés Covid-19, ni les décès indirects, c’est-à-dire de personnes qui ne se sont pas fait soigner pour d’autres pathologies pendant la première vague et dont l’état s’est aggravé.

De ce point de vue, on s’attend d’ailleurs à une recrudescence de décès indirects dans les mois qui viennent. Une étude sur la mortalité due au Covid-19 pendant la première vague à New York, parue dans le journal The Lancet le 19 octobre, estime que le taux de mortalité a été de 0,7% en moyenne, mais de quasiment 1% pour la tranche d’âge 45-64 ans, 5% pour les 65-74 ans et 14% pour les plus de 75 ans.

Toutes tranches d’âges confondues, les épidémiologistes avancent un taux moyen de 0,5 à 1% de mortalité pour le Covid-19, et de 0,1% pour la grippe, le coronavirus pourrait donc être 10 fois plus mortel que la grippe.

En savoir plus :
Coronavirus : chiffres clés et évolution de la COVID-19 en France et dans le Monde par Santé Publique France
♦ Le site Epidemic-stats.com
La cartographie de la pandémie par l'OMS