Covid-19 : ce que dit vraiment l'étude sur les effets secondaires du vaccin de Pfizer

La campagne de vaccination a débuté au Royaume-Uni. (AFP)

Le professeur Eric Caumes s’est alarmé des importants effets secondaires qu’entraîne le vaccin de Pfizer. Mais la réalité de l’étude du laboratoire est beaucoup plus nuancée.

"Au niveau des effets indésirables, il y a un vrai problème dans le vaccin Pfizer", “je n'ai jamais vu une fréquence aussi élevée d'effets indésirables pour un vaccin”. Les déclarations d’Eric Caumes, infectiologue à la Pitié-Salpêtrière à Paris, au sujet du vaccin Pfizer, sur LCI et dans Le Parisien, ont inquiété l’opinion publique.

Des prises de position d’un médecin qui renforcent la méfiance envers les vaccins alors que Royaume-Uni a commencé sa vaccination. Mais en réalité, les chiffres avancés par Eric Caumes méritent d’être fortement nuancés.

“Eric Caumes a fait des raccourcis”

“Il a fait des raccourcis, s’est exprimé trop rapidement”, déplore Eric Billy, chercheur en immuno-oncologie. “Eric Caumes a tiré ses chiffres d’un sous-groupe de patients, à qui Pfizer a demandé d’être attentif aux symptômes suite au vaccin”, ajoute celui qui est aussi membre du collectif “Du côté de la science”.

Une demande qui “induit un biais d'observation : les patients sont très attentifs à ce qu'il se passe, et signalent le moindre petit symptôme, qu’il n’aurait pas signalé en temps normal”, ajoute le docteur Florian Zorès, cardiologue, également membre du collectif du coté de la science.

À LIRE AUSSI >> Vaccins : le Royaume-Uni est-il allé trop vite ?

En effet, lorsqu’on lit dans le détail les documents de Pfizer, le laboratoire a demandé à un sous-groupe de 8135 patients d’être particulièrement vigilants aux symptômes qui peuvent survenir dans les 7 jours suivant la vaccination. C’est de ce sous-groupe d’environ 8 000 patients qu’Eric Caumes a tiré ses chiffres alarmants, largement relayés.

“Ce qu’Eric Caumes oublie de dire lorsqu’il dit que 42% des 16-55 ans ont eu des maux de tête après la première dose, c’est qu’au sein du groupe placebo, à qui l’on n’a pas injecté le vaccin mais de l’eau salée, il y a 34% qui déclarent avoir eu des maux de tête”, ajoute Eric Billy.

Des symptômes présents dans le groupe placebo

En effet, dans les documents publiés, on note deux colonnes : à gauche, le groupe de patients (16 à 55 ans) ayant reçu le vaccin, à droite les patients ayant reçu le placebo, de l’eau salée. Ainsi, après la première dose, 47% des patients ayant reçu le vaccin déclarent ressentir de la fatigue. Mais ce pourcentage atteint aussi 33% chez le groupe placebo. Le détail est disponible à partir de la page 40 de ces documents.

Pour afficher ce contenu, vous devez mettre à jour vos paramètres de confidentialité.
Cliquez ici pour le faire.

“Si je vous dis que je vais vous injecter un produit, vous allez surveiller particulièrement les effets secondaires (douleurs, maux de tête), c’est l’effet placebo”, détaille Florian Zorès, pour expliquer qu’autant de patients n’ayant pas reçu le vaccin déclarent des symptômes.

“C’est rassurant qu’il y ait des effets secondaires”

“Le chiffre important à retenir, ce n’est pas celui d’Eric Caumes, mais la différence entre le groupe vaccin et le groupe placebo. Donc il ne faut pas dire que 42% des patients qui ont eu des maux de tête, mais 42-34, soit 8%. Et là, le chiffre est beaucoup moins alarmant”, décrypte Florian Zorès, qui regrette qu’Eric Caumes n’ait pas mis en perspective le groupe vaccin avec le groupe placebo. “Dans la période de défiance actuelle vis-à-vis des vaccins, on n’avait vraiment pas besoin de cela”, déplore-t-il.

À LIRE AUSSI >> Covid-19 : comment convaincre les Français de se faire vacciner ?

Si les effets secondaires méritent donc d’être mis en perspective avec le groupe placebo, ils sont tout de même présents : fièvre, fatigue, maux de tête... Des résultats dont il ne faut pourtant pas s’inquiéter, selon les spécialistes que nous avons interrogé.

Environ 5% des vaccinés déclarent des maux de tête

“Le principe d’un vaccin, c’est d’avoir une réponse immunitaire. C’est donc normal, voire rassurant qu’il y ait des effets secondaires car cela montre qu’il y a une réaction du corps. S’il n’y a pas d’effet secondaire, c’est que ce n’est pas un médicament”, ajoute Florian Zorès.

Outre la douleur à l’endroit de la piqûre, parmi les symptômes les plus souvent relevés par les 37 586 patients, après les deux doses, les frissons (5,3 %), fatigue (5,5 %), et les maux de tête (5,1%) sont les plus fréquemment rapportés comme l’indique le rapport transmis à la FDA, page 47.

0,3% enregistre un gonflement des ganglions

“Est-ce qu’il faut mieux avoir de la fièvre et mal à la tête pendant 2-3 jours, ou risquer de faire une forme grave du Covid, de perdre le gout et l’odorat pendant plusieurs mois ? La balance bénéfice-risque me paraît clairement à l’avantage du vaccin”, tranche Florian Zorès.

Si la majorité des effets secondaires sont bénins, l’étude pointe tout de même du doigt des effets secondaires plus importants : 0,3% des patients ont relevé une augmentation de la taille des ganglions au niveau du bras et du cou, durant une dizaine de jours.

De rares cas de paralysie de Bell

Enfin, selon Pfizer, les effets secondaires graves concernent 0,5% des patients. Parmi les formes qui sont scrutées de près, la paralysie de Bell. La maladie, qui concerne en moyenne 15 à 30 cas pour 100 000 habitants, atteint 21 pour 100 000 dans le groupe testé, avec 4 cas de paralysie. Cette paralysie faciale, dont 4 personnes sur 5 guérissent, doit être scrutée de près chez les personnes ayant été vaccinées affirment des chercheurs et spécialistes de la santé s’exprimant sur Twitter, pour vérifier s’il s’agit ou non du hasard.

En revanche, selon certains professionnels de santé, l’échantillon de population (environ 40 000 personnes, est encore trop faible pour anticiper des formes graves encore plus rares.

Si le Royaume-Uni a enregistré des réactions allergiques chez deux soignants vaccinés, il s’agit d’une erreur. En effet, Pfizer exclut du vaccin plusieurs profils, comme les femmes enceintes ou les personnes ayant de fortes allergies. Or, les deux soignants avaient un historique de fortes allergies et n’auraient pas dû être vaccinés.

Ce contenu peut également vous intéresser :