Covid-19 : l'Afrique est-elle réellement épargnée par le virus ?

Maxime Poul
·5 min de lecture
Avec moins de 2 millions de cas de Covid-19 enregistrés depuis le début de l'épidémie, l'Afrique compte seulement 4% des cas signalés dans le monde.
Avec moins de 2 millions de cas de Covid-19 enregistrés depuis le début de l'épidémie, l'Afrique compte seulement 4% des cas signalés dans le monde.

À l’heure où l’Europe et les États-Unis subissent une deuxième et troisième vague de l’épidémie de Covid-19, le continent africain semble préservé par le virus malgré quelques pays qui connaissent une hausse du nombre de cas.

Pas épargnée par des maladies meurtrières comme Ebola, le SIDA ou le paludisme, l’Afrique semble l’être plus que les autres continents par le Covid-19. Alors que de très nombreux pays d’Europe font actuellement face à une seconde vague de l’épidémie de coronavirus et qu’on parle même d’une “troisième vague” aux États-Unis, l’Afrique se distingue en termes de nombre d’infections.

Comme le rapporte Le Monde, le continent africain a enregistré 1,95 millions de cas depuis que l’épidémie est arrivé sur ses terres, soit seulement 4% des cas signalés sur la planète alors que la population du continent représente 17% de la population mondiale. Mais des doutes persistent sur la fiabilité des chiffres en raison des faibles moyens de dépistage déployés à travers le continent. En effet, seulement 20 millions d’Africains ont été testés mais il est important de noter qu’aucun pays n’a enregistré de surmortalité cette année.

“Nous avions renforcé nos dispositifs de prise en charge mais nulle part nous n’avons eu à faire face à un nombre important d’hospitalisations”, raconte au Monde Dr Isabelle Defourny, directrice des opérations de Médecins sans frontières qui intervient dans pas moins de trente pays.

Une population qui passe du temps à l’extérieur

À la fin du mois de septembre, l’OMS rappelait que depuis le mois de juillet, les cas de coronavirus étaient en baisse constante dans la région. Selon les spécialistes, plusieurs raisons expliquent cette évolution “différente” de l’épidémie. Tout d’abord, des mesures ont été prises très rapidement par de nombreux pays pour limiter les le déplacement des populations et les rassemblements, comme le rappelait Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’OMS pour l'Afrique.

De plus, lors de cette conférence de presse de l’OMS, il a été rappelé que le virus “ne se transmet pas très bien à l’extérieur et l’Afrique a une population importante qui est rurale et passe beaucoup de temps à l'extérieur”, contrairement aux populations occidentales.

Le Dr Moeti rappelle que dans la plupart des pays du continent, environ 3% de la population a plus de 65 ans et le virus a surtout circulé dans une tranche d’âge plus jeune, ne provoquant pas des taux de mortalité excessifs. Citée par FranceInfo, la responsable du bureau Afrique de l’OMS précise d’ailleurs que les pays qui ont enregistré les plus hauts taux de mortalité sont ceux il y a plus de seniors comme l’Algérie ou l’Afrique du Sud.

“Quelque chose a protégé la population”

Il est également important de souligner que l’Afrique du Sud et les pays d’Afrique du nord sont plus connectés à l’international que les autres pays du centre de l’Afrique qui se retrouvent plus isolés et où la circulation du virus est moins importante.

Malgré tous ces facteurs évoqués, Elisabeth Carniel, directrice générale de l’Institut Pasteur au Cameroun interrogée par Le Monde, préfère ne pas trop s’avancer sur les raisons du peu d’incidence du virus : “Nous n’avons pas beaucoup avancé pour comprendre pourquoi l’Afrique évolue de manière différente. Au Cameroun, très peu de personnes ont dû être hospitalisées. Peu sont mortes. Le taux d’occupation des lits Covid est de 1 %. Le confinement a été peu respecté et aujourd’hui, tout le monde va à la messe ou participe à des rassemblements sportifs sans porter de masques. Quelque chose a protégé la population. Quoi précisément ? Je ne sais pas.”

Flambée des cas en Afrique du nord

Mais attention, car depuis le mois d’octobre, le nombre de cas rapportés par les États à l’OMS et à Africa CDC augmente d’environ 10% par semaine selon Le Monde. Si au Sénégal, vu comme un pays “modèle”, seulement 8 cas ont été signalés sur les 608 tests réalisés lors du point quotidien de ce lundi, le son de cloche n’est pas le même dans d’autres pays. Le Maroc est actuellement le pays le plus touché d’Afrique avec plus de 48 610 personnes sous traitement. L’Égypte et l’Algérie connaissent également une très forte progression des nouveaux cas.

Ces dernières semaines, la situation s’est améliorée en Afrique du Sud, qui regroupe 38% des cas signalés sur le continent, mais la prudence reste de mise en raison d’une flambée des cas dans certaines zones du pays. Le président Cyril Ramaphosa a donc décidé de renforcer sa politique de tests afin de prévenir une deuxième vague qui “étoufferait” l’économie renverrait le pays “du printemps à l’hiver” a-t-il affirmé dans des propos relayés par Le 360 Afrique.

Si la situation semble donc mieux maitrisée qu’en Europe, le berceau de l’humanité doit rester sur ses gardes pour éviter une seconde vague qui pourrait faire des dégâts en raison des infrastructures sanitaires qui restent précaires sur le continent.

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