Covid-19 à Cuba: une école d’art transformée en hôpital de campagne

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À Cuba, la culture prête main forte à la santé. Alors que l’épidémie de coronavirus circule encore massivement sur l’île, avec quelque 700 nouveaux cas de contaminations en moyenne par jour, principalement à La Havane, l’Institut supérieur d’art, qui travaille à distance depuis plus d’un an, accueille des malades du Covid-19. Alors que quasiment tous les lieux culturels sont fermés et à l’arrêt depuis plus d’un an, ce lieu emblématique de la formation culturelle à Cuba s’est donc transformé en hôpital de campagne.

De notre correspondante à La Havane,

Habituellement à l’ISA, l’Institut supérieur d’art de La Havane, les étudiants répètent une pièce de théâtre sur le parvis de l’université, un jeune révise un morceau de trompette ou une chorégraphie de danse s’improvise sur la pelouse du campus… Mais aujourd’hui c’est un ballet d’ambulances et de patients atteints du Covid-19 qui défilent à l’Institut.

Ce campus est emblématique de la formation artistique d’excellence à Cuba, mais la crise du coronavirus a vidé de ses étudiants les bâtiments aux coupoles de briques connus mondialement. « Nous avons réellement dû nous réinventer. Le fait d’étudier à distance ne doit pas faire baisser la rigueur et la qualité de l’enseignement et nous avons fait en sorte que la forme change, mais que cela affecte le moins possible les études », raconte Enia Torres Castellano, vice-rectrice de l’Institut supérieur d’art.

Et au-delà de la poursuite des activités universitaires à distance pour les 1 530 étudiants, l’ISA a également la charge de 80 patients atteints du coronavirus, qui occupent actuellement la résidence étudiante. « C’est inédit dans l’histoire de l’université d’avoir converti la résidence étudiante en un hôpital, poursuit Enia Torres Castellano. Au mois d’août dernier, l’université a d’abord été utilisée comme centre d’isolement, nous avons accueilli dans un premier temps des cas suspects de Covid-19, et maintenant nous accueillons des personnes contaminées, mais asymptomatiques. La cuisine de la cantine de l’université aussi s’est mise à travailler pour les malades du Covid. En fait, c’est toute la logistique de l’université qui a été démultipliée, parce que nous maintenons l’activité universitaire même s’il n’y a pas les étudiants et que le personnel est réduit, et en plus il faut travailler pour le centre d’isolement. Pour nous, c’est tout à fait nouveau, mais c’est aussi une preuve de tout ce qui peut se faire depuis une université ! »

Des étudiants engagés dans la lutte contre le virus

Mobilisés également, les étudiants qui ont été renvoyés chez eux sont affectés au centre culturel de leur quartier où ils y effectuent un stage appelé « d’impact social », ils étudient également à distance, et certains ont aussi choisi de s’engager dans la lutte contre le Covid-19. Dangel Gonzalez Correa semblait ne pas vouloir quitter le campus de l’ISA, alors cet étudiant en 4e année de danse, et représentant de la Fédération des étudiants universitaires, s’est engagé dans cet hôpital de campagne. Durant un temps, il a donc troqué ses chaussons de danseur, pour la blouse de personnel médical.

« Souvent, on apporte une aide psychologique, nous sommes chargés aussi d’apporter les repas, et de nettoyer les locaux où résident les personnes contaminées durant leur isolement, confie-t-il. On doit aussi remplir la base de données informatiques des patients, savoir qui est positif ou négatif, qui a déjà été contaminé, combien il y a d’enfants ou de personnes âgées, identifier les personnes vulnérables parce qu’il faut apporter une attention particulière à ces patients. »

La zone est inaccessible pour des raisons sanitaires, et le jeune Dangel est encore en quarantaine après avoir passé 14 jours à l’intérieur de l’hôpital du campus de l’Institut supérieur d’art : « En tant qu’artiste nous ne sommes pas habitués à ce genre de travail, mais le seul art que nous pouvons développer en ce moment, c’est celui d’aider et de soutenir ceux qui en ont besoin. » Un exemple de résilience très cubaine en temps de coronavirus.

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