Coupe du monde de football au Qatar : la Fifa appelée à indemniser les travailleurs migrants

© Karim Jaafar, AFP

Selon un sondage publié jeudi, une large majorité des amateurs de football souhaite que la Fifa organise l'indemnisation des travailleurs qui ont construit les stades et les infrastructures de la prochaine Coupe du monde au Qatar. Un résultat qui intervient alors que les appels au boycott de la compétition se multiplient.

À l'approche de la Coupe du monde de football, mi-novembre, la pression s'accentue sur la Fifa et le Qatar, pays hôte de la compétition. Un sondage, publié jeudi 15 septembre et réalisé auprès de 17 000 adultes dans 15 pays, révèle que 73 % des personnes interrogées souhaitent que la Fifa utilise une partie de ses revenus pour offrir des compensations aux ouvriers du Mondial-2022.

Commandée par l'ONG Amnesty international, l'enquête montre également que plus des deux tiers des sondés veulent que les fédérations de football de leurs pays respectifs "s’expriment publiquement sur les affaires relatives aux droits humains".

"Comme il ne reste plus que 50 jours avant le début du tournoi, le temps presse. La Fifa a encore le temps de faire ce qu’il faut. On ne peut pas changer le passé, mais un programme d’indemnisation serait un moyen clair et simple pour la Fifa et le Qatar d’apporter au moins quelques mesures de réparation pour les centaines de milliers de travailleurs et travailleuses qui ont rendu possible ce tournoi", plaide Steve Cockburn, directeur du programme Justice économique et sociale d’Amnesty International.

Régulièrement épinglé pour les conditions de travail déplorables des migrants asiatiques acheminés en masse pour construire de toutes pièces les infrastructures du prochain Mondial, l'émirat se défend de tout mauvais traitements ou de négligences.

Selon une enquête minutieuse réalisée l'année dernière par le journal britannique The Guardian, au moins 6 500 ouvriers seraient morts dans les chantiers de construction depuis 2010, année de l'attribution de la Coupe du monde au Qatar. L'exposition prolongée à la chaleur serait l'une des premières causes de mortalité.

Appels au boycott

Les résultats du sondage d'Amnesty international interviennent alors que de plus en plus de voix s'élèvent pour réclamer un boycott de la compétition. Le dernier tacle vient d'un grand nom du football et légende de Manchester United : Éric Cantona. Dans une lettre publiée sur les réseaux sociaux, l'ancien international français a fustigé "une aberration écologique avec tous ces stades climatisés", dans un pays où les températures dépassent aisément les 40 °C, ainsi "qu'une horreur humaine".

Avant lui, Philipp Lahm, l'ancien joueur du Bayern Munich et président du comité d'organisation de l'Euro-2024 en Allemagne, avait également expliqué qu'il ne se rendrait pas au Qatar pour protester contre les violations des droits humains.

Reste que pour le moment, aucun joueur en activité, ni aucune fédération a refusé d'aller jouer au Qatar. En revanche, plusieurs sélections européennes comme la Norvège, l'Allemagne ou encore les Pays-Bas avaient mené des actions symboliques en mars 2021 en arborant des T-shirts mentionnant les droits humains.

Au sein de la classe politique aussi, de nombreuses personnalités ont exprimé des réserves sur l'événement mais rares sont celles à aller jusqu'à réclamer un boycott. Le député Insoumis Alexis Corbière s'est récemment distingué en assurant que "les conditions n'étaient pas réunies pour que notre équipe de France se rende à cet événement", dénonçant "un scandale sportif et écologique".

Du côté des médias, le Quotidien de La Réunion, a annoncé mardi en première qu’il ne couvrira pas la compétition. "Sans nous", a titré le quotidien de l'île, "au nom de ses valeurs, Le Quotidien boycotte la Coupe du monde 2022".

Sur les réseaux sociaux, certains internautes et influenceurs assurent qu'ils n'allumeront pas la télévision au mois de novembre et décembre pour regarder les matchs en signe de protestation. Et le hashtag #BoycottQatar2022 gagne en audience.

L'émir du Qatar défend son mondial

Ce n'est la première fois que la question du boycott s'invite dans l'histoire de la Coupe du monde. En 1978, des appels en ce sens avaient marqué l'organisation de la compétition en Argentine alors dirigée par une sanglante dictature militaire.

Si un boycott d'envergure ne semble pas encore à l'ordre du jour, la prochaine Coupe du monde a tout pour devenir l'un des événements sportifs les plus mal-aimés de ces dernières années.

Face aux critiques, l'émir du Qatar, qui veut faire de cet événement une vitrine médiatique pour son pays, vient de sortir de son silence en accordant un long entretien à l'hebdomadaire Le Point. "Nous avons utilisé les technologies de pointe pour minimiser la consommation d’eau et d’énergie pendant la Coupe du monde, afin d’en faire un événement plus durable", a promis le cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, en réponse aux associations de défense de l'environnement.

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Sur les conditions de travail des migrants sur les chantiers du mondial, l'émir assure que son pays "a pris des mesures fortes en un temps record. Nous avons modifié la loi et nous punissons quiconque maltraite un employé ; nous avons ouvert nos portes aux ONG et nous coopérons avec elles", a-t-il martelé assurant que certaines critiques provenaient "de gens qui n’acceptent pas qu’un pays arabe musulman comme le Qatar accueille la Coupe du monde".