Coupe du monde 2022 : ces fans de foot boycottent le Mondial au Qatar, ils nous expliquent

A banner calling for the boycott of the 2022 Qatar World Cup is on display during the German Cup (DFB Pokal) 2nd round football match Borussia Moenchengladbach v FC Bayern Munich in Moenchengladbach, Western Germany, on October 27, 2021. (Photo by Ina Fassbender / AFP) / DFL REGULATIONS PROHIBIT ANY USE OF PHOTOGRAPHS AS IMAGE SEQUENCES AND/OR QUASI-VIDEO
INA FASSBENDER / AFP A banner calling for the boycott of the 2022 Qatar World Cup is on display during the German Cup (DFB Pokal) 2nd round football match Borussia Moenchengladbach v FC Bayern Munich in Moenchengladbach, Western Germany, on October 27, 2021. (Photo by Ina Fassbender / AFP) / DFL REGULATIONS PROHIBIT ANY USE OF PHOTOGRAPHS AS IMAGE SEQUENCES AND/OR QUASI-VIDEO

FOOTBALL - « Je suis supporter de l’OL, suiveur du Real Madrid, de Liverpool et Manchester United. (...) Mais comment pourrai-je ne pas boycotter cette Coupe du Monde malgré les preuves de corruption, les morts, l’horreur sociale et écologique ? » Matthieu* est fan de football. Pourtant, il a choisi de boycotter la Coupe du monde 2022 au Qatar, qui démarre le 20 novembre.

Le HuffPost a recueilli son témoignage, comme celui de six autres passionnés qui ont fait une croix sur l’événement. De la passion à la raison, il n’y a parfois qu’un pas.

Des conditions régulièrement dénoncées

Leur choix est principalement motivé par les multiples dérives d’un pays organisateur accusé de ne pas respecter les droits de l’Homme et l’organisation chaotique d’une compétition qualifiée par beaucoup de désastre écologique. Depuis des mois, des associations, des militants écologistes et d’autres personnalités appellent au boycott du Mondial au Qatar.

Un chiffre cristallise l’opposition à la tenue du mondial : 6 500 ouvriers étrangers morts dans la construction des infrastructures, d’après une enquête du Guardian publiée en 2021. Leurs conditions de travail sont aussi dénoncées par des ONG : logements insalubres, rythme harassant et salaires pas toujours payés…

Cette Coupe du Monde est aussi qualifiée d’aberration écologique. Le Qatar a annoncé 160 vols quotidiens pour rejoindre Doha, à cause de capacités hôtelières insuffisantes pour l’ensemble des spectateurs, qui séjourneront dans des pays voisins. Mais la principale problématique dénoncée est la climatisation de sept stades à ciel ouvert. Le tout dans un pays qui détient le record mondial d’émission de CO2 par habitant, d’après un article de France bleu.

Pour toutes ces raisons, la question du boycott de la Coupe du monde s’est invitée aux terrasses des cafés, aux repas entre amis et aux dîners de famille. Sur les sept personnes interrogées par Le HuffPost, seul Thomas*, un étudiant de 23 ans pour qui regarder les matchs avec ses proches est un « rituel », voire une « tradition », hésite encore : « Il n’est pas encore clair pour moi si je vais boycotter le mondial. (...) Mais je ne vois pas comment continuer de prétendre que tout va bien, et juste regarder l’équipe de mon pays. »

Pour les autres, la décision est radicale : ils ne regarderont pas le Mondial 2022.

Une aberration écologique

La raison principale à ce boycott pour la plupart d’entre eux ? La question climatique. Matthieu qualifie le bilan carbone de l’événement « honteusement manipulé » et « monstrueusement élevé. » Il juge la climatisation des stades et les rotations aériennes « totalement ubuesques. »

Il est rejoint par Alain*, âgé de 42 ans, suiveur quotidien du football européen, de l’émission L’Équipe du soir et auditeur de RMC Sport, qui qualifie les « stades climatisés de non-sens total. »

Même son de cloche pour Grégory*, un Lillois âgé de 42 ans, qui suit toutes les éditions du mondial depuis 1990. Il dit même avoir assisté « à plus de 100 matchs professionnels. » Mais il ne regardera pas cette édition à cause des « stades climatisés en plein désert et leurs centaines de navettes aériennes, là où l’évolution des mentalités nous fait reconsidérer l’utilisation de l’avion… »

C’est que le décalage entre le Qatar et la réalité climatique est immense : « Aujourd’hui on demande à chacun de faire des économies de chauffage, trier ses déchets, économiser l’eau, rouler en voiture électrique… » liste Jean-Marc Pesquet, un chef cuisinier de 54 ans, qui boycottera l’événement bien qu’il soit « très fan de foot » et « regarde les championnats européens toute l’année. » Il déplore : « Là, on va assister à un désastre écologique et humain. »

Thomas dénonce la déconnexion entre les décideurs politiques et les jeunes sur l’écologie : « On a assisté à des événements comme des Jeux olympiques d’Hiver sans neige. Avec la Coupe du monde au Qatar, on a l’impression de passer un nouveau cap. Le mondial va être organisé dans un pays désertique, où des milliers de cubes de béton ont été coulés pour des stades qui ne resserviront pas. Le plus affolant c’est de voir que la Coupe du monde aurait dû se passer en été, sous plus de 40° avec comme seule solution : climatiser les stades ! »

Des décideurs et des personnalités très critiqués

Pour Alain, son choix de boycotter était presque déjà acté dès 2010, année où le Qatar a été choisi comme pays organisateur. Il juge « hypocrite les réactions de politiques de tous bords », alors que l’attribution a eu lieu il y a 12 ans. « C’est maintenant que des personnalités apprennent la nouvelle et réagissent avec pertes et fracas ? Cette démagogie est à vomir », juge-t-il avant de citer un ancien président Français : « Aujourd’hui nous ne pouvons plus nous permettre ce luxe de ’regarder ailleurs’, pour citer Jacques Chirac. »

Il dit avoir été déçu par la position de Zinédine Zidane, qui a lancé un appel à laisser la polémique de côté. « Eh bien non ! Rien ne saurait prendre le dessus sur tout ce qui touche à la dignité humaine et à notre planète », lui répond-il.

Le manque de prise de position des personnalités du monde du football a aussi déçu Jean-Baptiste*, supporter de Saint-Etienne depuis 40 ans, qui boycottera aussi le Mondial. Il blâme « l’absence de réactions ou de messages des joueurs », lui qui aurait aimé que certains, joueurs de l’Équipe de France, notamment les cadres, « prennent position vis-à-vis du Qatar, pas seulement maintenant mais il y a plus de 12 mois. » Il dénonce aussi les dérives constatées autour « du droit et de la sécurité des travailleurs immigrés. »

Les droits humains

La question des droits humains est évidemment au centre des préoccupations : « C’est tout simplement effarant », s’avance Matthieu avant de dénoncer « des conditions de travail et de vie abjectes, méprisables et indignes des travailleurs immigrés, que ça soit sur les chantiers directement liés à la CDM ou pas. » Il déplore aussi la place de la femme : « Les recommandations qui sont faites aux femmes se rendant au Qatar pour l’événement sont totalement lunaires, que ce soit sur le comportement qu’elles doivent adopter ainsi que le dress-code qui leur est imposé. »

Habituellement, Louis* ne rate pas un match de l’Équipe de France, depuis… L’Argentine, où il vit, malgré le décalage horaire. Ce qui le choque ? « La déresponsabilisation du non-respect des droits de l’Homme, comme le respect des femmes et des libertés… Nous sommes à un point d’évolution du monde ou nous devons dire non à certaines choses et ne plus faire comme si ce n’était pas grave » argumente-t-il, alors qu’il se juge incapable moralement de suivre l’événement.

Grégory Pelissier regrette aussi le bilan humain de la construction des stades, ainsi que les lois en vigueur dans le pays. « En réalité c’est l’addition de tous ces critères qui fait pour moi de cette édition celle où l’argent-roi va trop loin, dans une logique aveugle de profit pure et simple », résume-t-il avant d’admettre avoir conscience de la « futilité » de son geste. Mais il garde espoir : « J’espère vraiment que les multiples boycotts, qu’ils soient individuels ou institutionnels, feront de cette Coupe du Monde la dernière de son genre. »

*Ces personnes ont souhaité rester anonymes

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