Violente évacuation de la fac de droit à Montpellier: l'ex-doyen admet avoir "donné son aval"

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L'ex-doyen de la faculté de droit de Montpellier Philippe Pétel a admis jeudi avoir "donné l'aval" par "désespoir" à une violente évacuation par un commando d'un groupe d'étudiants et militants occupant un amphithéâtre contre la réforme de l'accès à l'université en 2018.

"J'avais vécu une journée extrêmement éprouvante, à un moment donné avec l'épuisement, le désespoir, mon collègue (Jean-Luc Coronel) m'a dit il y aurait peut-être une solution", a expliqué à la barre cet éminent juriste âgé de 61 ans.

Jugé depuis jeudi avec six autres prévenus qui ont tous des liens avérés avec l'extrême droite, sauf lui, pour "violences volontaires en réunion" ou complicité, M. Pétel a reconnu avoir donné l'ordre dans la nuit du 22 au 23 mars 2018 à des assaillants, pour certains cagoulés, armés de planches en bois et même d'un pistolet électrique, d'expulser les étudiants et militants rassemblés dans un amphithéâtre de sa faculté.

Cette brutale intrusion avait provoqué un mouvement de panique chez les victimes et fait dix blessés légers.

"C'est une erreur de procéder ainsi mais j'étais désemparé, à partir de là tout s'est enchaîné", a ajouté l'ex-doyen qui a fait appel de son interdiction administrative d'exercer.

Les aveux de M. Pétel au procès marquent un tournant car, tout au long de l'instruction, celui qui a formé de générations de juristes, avait assuré qu'il n'avait pas cautionné la violente évacuation, soutenant avoir pensé que les membres du commando étaient des policiers.

"Je n'imaginais pas que cette affaire allait faire autant de ramdam", a reconnu le professeur. Il a dit regretter que sa hiérarchie n'ait pas répondu à ses appels durant cette période agitée pour les universités et qu'il en ait été réduit à appeler la police lors des "scènes d'une violence inouïe" qui se sont produites selon lui dans l'enceinte de la faculté de droit avant cette nuit-là.

"droit dans ses bottes"

Le professeur de droit Jean-Luc Coronel, jugé en état de récidive et qui fait partie des enseignants à l'école de Marion Maréchal Le Pen à Lyon, a lui chargé son ex-supérieur en mettant en avant un "commandement de l'autorité légitime" pour l'action de ce commando composé selon lui de "personnes respectueuses de l'institution".

Sa compagne Patricia Margand, 49 ans, soupçonnée d'avoir recruté des hommes de main et de les avoir menés jusqu'à la faculté le soir de l'intervention, a également pointé à la barre la responsabilité de M. Pétel: "Quand nous arrivons, tout est en place, le doyen nous ouvre, c'est un processus hiérarchique presque".

"Dans un pays normal, on nous aurait félicités", a pour sa part affirmé l'un des exécutants présumés, Thierry Vincent, 62 ans, colonel à la retraite, ancien attaché militaire dans une ambassade. "Ce jour-là on était dans le camp du bien, face à nous on avait des méchants", a affirmé "droit dans ses bottes" ce proche de l'extrême droite.

Pour M. Vincent, le préfet de l'époque, qui avait refusé d'intervenir dans l'enceinte de la faculté pour mettre fin au mouvement social, "n'a pas fait son boulot".

Accusé d'être un des membres du commando et très nerveux à la barre, Martial Roudier, 40 ans, un des fils du fondateur de la Ligue du Midi, un mouvement identitaire, assure pour sa part que sa mise en examen est "une erreur", voire relève de "l'acharnement" judiciaire.

Condamné six fois pour des violences, il est jugé en état de récidive après avoir été condamné en 2013 à deux ans de prison ferme pour avoir grièvement blessé à l'arme blanche un jeune antifasciste de 16 ans.

Des éléments de téléphonie, des vidéos et des vêtements saisis lors d'une perquisition le mettent en cause, mais il assure s'être trouvé aux alentours de la faculté de droit en qualité de "journaliste", niant être un des assaillants. A la barre, Mme Margand s'est rétractée par rapport à son premier témoignage, assurant que M. Roudier ne figurait pas parmi le commando. Aucun des autres prévenus n'a confirmé sa présence.

Le procès, qui se poursuivra vendredi, avait débuté avec le désistement surprise de victimes qui ont accusé la justice de "partialité".

il/est/iw/cbn

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