Coup d'État militaire : que se passe-t-il au Soudan ?

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Au Soudan, après la prise de pouvoir par les militaires lundi 25 octobre, des manifestations contre le coup d'État ont eu lieu à Khartoum dans la capitale du pays.

Au Soudan, le gouvernement de transition en place depuis le mois d'avril 2019 après 30 années de dictature semble plus que jamais sur la fin suite à un coup d'État militaire. Explications.  

Cela faisait des semaines que les tensions s'accentuaient entre l'armée soudanaise et les dirigeants civils. Depuis que l'armée a provoqué la chute l'ancien président Omar el-Béchir en avril 2019 après 30 ans de dictature, militaires et civils se partagent le pouvoir. Alors que les militaires avaient signé un accord de partage du pouvoir en avril 2019 avec les Forces pour la liberté et le changement (FFC), une coalition de partis civils portés par le soulèvement populaire, des pro-armée ont tenté un coup d'État contre le gouvernement de transition le 21 septembre dernier. Depuis le 16 octobre, ces derniers campent dans des centaines de tentes devant le palais présidentiel à Khartoum pour exiger la "chute du gouvernement de la faim" et un transfert du pouvoir aux militaires. 

Jeudi 21 octobre, des centaines de milliers de manifestants ont donc décidé de se rendre dans les rues soudanaises pour "sauver leur révolution" et afficher leur soutien aux dirigeants civils après ces actions menées par les pro-armée.

Le Premier ministre arrêté et Internet coupé dans le pays

Lundi dernier, le général Abdel Fattah al-Burhan a annoncé la dissolution du gouvernement et du conseil de souveraineté lors d'un allocution télévisée. Lui-même à la tête du Conseil de souveraineté, la plus haute autorité de la transition composée de civils et de militaires, il a relevé tous les dirigeants de leurs fonctions et déclaré l'état d'urgence dans tout le pays. 

Une annonce faite alors que la plupart des ministres et les membres civils du Conseil de souveraineté ont été arrêtés par des forces militaires, à l'instar du Premier ministre Abdallah Hamdok, visage civil de la transition post-dictature au Soudan, emmené avec son épouse vers un lieu non identifié pour avoir refusé de soutenir ce putsch. Des soldats ont également pris d'assaut le siège de la radiotélévision d'État et Internet a été coupé dans tout le pays.

Les États-Unis, la Norvège, la Grande-Bretagne ainsi que le France ont dénoncé l'action des militaires. De son côté, la Russie estime que le coup d'Etat est "le résultat logique d'une politique ratée."

Au moins 7 manifestants tués par l'armée

Pour justifier son coup de force, le général al-Burhan a prétexté un risque de "guerre civile" survenu suite à la manifestation du 21 octobre dernier contre l'armée. Un argument qui n'a pas convaincu les ambassadeurs occidentaux qui ont demandé à rencontrer le Premier ministre et répété que "M. Hamdok est toujours le Premier ministre et son gouvernement le pouvoir constitutionnel". Après la pression mise par la communauté internationale, l'armée a autorisé le retour chez lui du d'Abdallah Hamdok, arrêté avec la plupart des civils qui composaient le pouvoir de transition, mais il reste "sous surveillance étroite" selon son bureau.

Ce coup d'État militaire a provoqué la colère de nombreux manifestants pro-civils qui sont à nouveau descendus dans les rues pour protester contre ces arrestations en appelant cette fois-ci à la "grève générale". Dans le centre de Khartoum, la capitale du Soudan, les forces armées ont multiplié les arrestations et n'ont pas hésité à tirer à balles réelles sur les manifestants qui souhaitent empêcher le retour d'un autoritarisme après des décennies de dictatures. Au moins 7 d'entre eux ont été tués par ces tirs lundi et plus de 140 autres ont été blessés, selon une source au ministère de la Santé citée par Le Monde. Hicham Faqiri, le patron de la médecine légale a indiqué que d'autres corps étaient arrivés depuis, sans pouvoir donner leur nombre exact.

"Je suis prêt à mourir"

Pour faire face à cette répression sanglante, des militants ont appelé sur les réseaux sociaux à rassembler un million de personnes samedi pour manifester et réclamer le transfert complet du pouvoir aux civils. Les manifestants affirment qu'ils ne quitteront pas la rue avant le retour d'un pouvoir civil, comme il l'avaient fait pendant des mois avant la chute du président Béchir. "On ne bougera pas d'ici tant que nos demandes ne seront pas entendues. Je n'ai pas peur. Des martyrs de ma génération sont tombés. Aujourd'hui, soit on respecte mes droits soit je suis prêt à mourir", a déclaré un habitant à RFI.

VIDÉO - Soudan : des manifestants déterminer à protester contre le coup d'Etat

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