Nouveau rendez-vous pour le CNR en décembre, premières réactions mitigées

Un "pari d'espoir" pour les uns, "un sentiment mitigé" et le besoin de plus de "concret" pour les autres: le Conseil national de la refondation (CNR), lancé jeudi par Emmanuel Macron pour réformer autrement la France, a suscité de premières réactions prudentes parmi les participants même si rendez-vous a été pris pour une prochaine réunion d'ici décembre.

"Il y a eu une vraie volonté de dialogue (...) Maintenant il faut aller au-delà" et "du concret", a déclaré le président de l'Assemblée des Départements de France, François Sauvadet, à l'issue de huit heures de débats au Centre national du rugby à Marcoussis (Essonne).

"Le sentiment est mitigé", a renchéri la maire PS de Nantes, Johanna Rolland, présidente de France urbaine, déplorant un "mouvement de flottement" après les présentations initiales et "l'absence remarquée de la question sociale autour de la table", avant un "exercice de voltige assez réussi" du chef de l'Etat en conclusion de la journée.

Pour Laurent Berger, patron de la CFDT, un des trois syndicats ayant accepté l'invitation, le CNR n'a pas été un "simulacre d’écoute" mais "il faudra attendre de voir comment tout cela va se décliner en régions". Et "il ne faut pas que l’action du gouvernement entrave cette volonté d’écoute" avec par exemple la réforme des retraites, a-t-il prévenu.

Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), a salué pour sa part "un pari d'espoir (...) qui rappelle un peu le Grenelle de l'Environnement".

- "Les absents ont toujours tort" -

Emmanuel Macron a invité les participants à se retrouver dans le même format "au plus tard au mois de décembre" et "plus tôt s'il le fallait", a précisé dans la foulée François Bayrou, Haut commissaire au Plan chargé de piloter les travaux du CNR.

"Il s’est passé quelque chose", s'est-il de son côté félicité, en estimant que toutes les craintes avaient été "démenties".

Cette première réunion avait été boycottée par tous les partis d'opposition qui voient avant tout dans le CNR un moyen pour le président de contourner le Parlement, où son camp n'a plus de majorité absolue, pour reprendre la main dans le débat public. Les grandes associations d'élus avaient aussi refusé de participer avant de se raviser.

"Les absents ont toujours tort", a répliqué Emmanuel Macron en donnant le coup d'envoi du CNR en présence d'une quarantaine de représentants d'élus, du patronat, de syndicats et d'associations, et d'une dizaine de ministres. Mais la "porte sera toujours ouverte", a-t-il assuré.

Le chef de l'Etat, qui avait annoncé cette nouvelle méthode de gouvernance avant les législatives en juin, a aussi annoncé q'une large consultation en ligne des citoyens serait lancée dès "la semaine prochaine".

Il n'a pas exclu que des propositions issues du CNR puissent "déboucher sur des référendums". Cinq grands thèmes ont été retenus dans les échanges à venir: le plein emploi, l’école, la santé, le "bien vieillir" et la transition écologique.

"Nous sommes dans une situation historique", avec les défis climatique, énergétique et la guerre en Ukraine, a martelé le chef de l'Etat.

Dans ce contexte, il faut "s'armer de bonne volonté, de courage" et "agir sur le terrain" pour "changer les choses en profondeur", a-t-il lancé.

- UN CNR sur les inégalités -

Les Français restent toutefois pour l'heure dubitatifs: 56% d'entre eux ne pensent pas que le CNR soit un "moyen efficace pour trouver de nouvelles solutions" aux problèmes actuels, selon l'institut Odoxa.

Cinq grands thèmes ont été retenus dans les échanges à venir: le plein emploi, l’école, la santé, le "bien vieillir" et la transition écologique.

Noam Leandri, président du collectif Alerte qui rassemble les grandes associations françaises de lutte contre la pauvreté et l’exclusion et président de l’Observatoire des inégalités, a précisé à l'AFP qu'il y aurait un "CNR thématique national sur les inégalités et la pauvreté pour parvenir à des propositions".

Le CNR a mené ses premiers travaux loin des yeux du public, à huis clos, certains participants n'ayant pas souhaité une diffusion des débats, selon l'Elysée. "La clé (était) d'installer la confiance", a fait valoir Emmanuel Macron.

Le président du Sénat, Gérard Larcher (LR), a refusé de venir, estimant que "la démocratie représentative" c'est le Parlement, et qu'il existe déjà un "forum de la société civile" avec le Conseil économique, social et environnemental.

Côté majorité, l'ex-Premier ministre Edouard Philippe, retenu par un congrès au Québec, était le grand absent mais s'est fait représenter.

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