"Les militaires birmans n’ont jamais eu l’intention de céder le pouvoir à Aung San Suu Kyi"

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Journaliste, écrivain, spécialiste de la Birmanie, Sophie Ansel a répondu à nos questions après le coup d'Etat militaire et l'arrestation d'Aung San Suu Kyi. 

Paris Match. Ce coup d'Etat est-il une surprise, compte tenu du résultat des dernières élections et de la tension grandissante entre l'armée et le parti d'Aung Saan Suu Kyi ?
Sophie Ansel. Une vague de spéculations depuis une semaine avait fait état d‘un possible coup d’état militaire contre le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi avec notamment la présence accrue de militaires dans les lieux stratégiques des grandes villes et la tenue de manifestations pro-militaires. Les tensions sont latentes avec l’armée depuis les élections de novembre qui ont vu une victoire écrasante de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD) face aux militaires, avec 396 sièges pour la NLD contre 33 pour les militaires offrant à Aung San Suu Kyi et la NLD le mandat le plus important depuis l’indépendance. Le général Min Aung Hlaing justifie aujourd'hui son coup d’état en accusant le gouvernement de ne pas donner suite aux accusations de fraude électorale lors des dernières élections de novembre et à l’incapacité du gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi à reporter les élections en pleine crise du Coronavirus.

En réalité, le processus démocratique n’a jamais réellement eu lieu concrètement (le traitement des minorités en est le premier indicateur) et ce coup d’état ne fait que confirmer l’intention des militaires de ne pas céder le pouvoir. Depuis 2010, une nouvelle stratégie est mise en place par les militaires pour garder le pouvoir économique, politique et militaire en déguisant leurs opérations en processus démocratique. Les militaires birmans ont utilisé Aung San Suu Kyi en 2010-2011 pour permettre une ouverture des échanges internationaux (jusque-là la Birmanie vivait sous boycott) et, en échange, offrir quelques signes(...)


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