Corruption au Parlement européen : l'avocat de Panzeri confirme l'implication du Qatar et du Maroc

L'avocat de l'ancien député européen Pier Antonio Panzeri confirme mercredi l'implication du Qatar et du Maroc dans le scandale de corruption qui secoue le Parlement européen. Il rejette en revanche les affirmations selon lesquelles son client est le cerveau de l'opération.

"M. Panzeri est en aveux aujourd'hui d'avoir participé activement à des actes de corruption en lien avec le Qatar et en lien avec le Maroc et donc d'avoir été corrompu et d'avoir corrompu d'autres personnes", déclare à Euronews son avocat Laurent Kennes.

Il refuse toutefois de confirmer si d'autres pays étrangers sont impliqués. Il explique que ce secret est destiné à "permettre à l'enquête d'avancer."

"Tout le monde sait que nous parlons d'une affaire qui concerne le Qatar et le Maroc. S'il y a d'autres pays, il faut que l'enquête puisse avancer sans que tout soit divulgué à la presse. Et c'est ce qu'on appelle le secret de l'instruction", ajoute-t-il.

Le parquet fédéral belge a annoncé mardi que Pier Antonio Panzeri, un socialiste italien qui a effectué trois mandats au Parlement européen, avait signé un "accord de repentance" et s'était engagé, en contrepartie d’une réduction de peine, à partager des informations "substantielles et révélatrices" sur le système d'échange d'argent contre des faveurs.

Quatre personnes, dont l’ancien parlementaire, sont actuellement en détention et mis en examen dans le cadre de l'enquête sur les "importantes sommes d'argent" versées par un pays qui, jusqu'à présent, n'a été identifié officiellement que comme un État du golfe Persique. Tous les regards sont cependant tournés vers le Qatar. L’objectif aurait été d'influencer l'élaboration de la politique de l'Union européenne.

Doha et Rabat, dont le nom est apparu ces dernières semaines comme autre acteur potentiel, rejettent ces accusations.

Pas encore de nouveaux noms

Dans le cadre de l'accord conclu avec les autorités belges, Pier Antonio Panzeri a également reconnu être un "dirigeant de l'organisation criminelle", explique Laurent Kennes. Mais il ajoute que "cela ne signifie pas qu'il est le seul dirigeant."

"Cela signifie qu'il est au moins l'un des dirigeants d'une organisation dont l'un des objectifs était de corrompre les gens", déclare l'avocat.

Dans le cadre de l'accord, Pier Antonio Panzeri s'est engagé à informer les autorités belges de l'implication d'autres personnes. Mais Laurent Kennes refuse de donner des noms ou de dire si des députés européens en exercice ou des fonctionnaires dans d'autres institutions de l'UE sont impliqués.

Rendre ces noms publics "reviendrait à annoncer à l'avance ce qu'il va dire dans un cadre secret" et ce "serait une violation de l'accord que nous avons avec le bureau du procureur fédéral", souligne l’avocat.

"Ce n'est pas dans l'intérêt de mon client de communiquer ces informations, nous communiquons dans son intérêt et par rapport à la voix qu'il veut porter aujourd'hui. Mais nous ne communiquons pas sur des éléments qu'il communiquera à la justice, dans un souci de justice", poursuit-il.

Les trois autres personnes actuellement détenues sont la députée européenne grecque Eva Kaili, son compagnon Francesco Giorgi et le directeur d’une ONG Niccolò Figà-Talamanca. Les autorités belges ont également demandé la levée de l'immunité de deux autres eurodéputés socialistes : Marc Tarabella (Belgique) et Andrea Cozzolino (Italie).

Bienveillance pour la femme et la fille de Pier Antonio Panzeri

En échange de sa coopération, Pier Antonio Panzeri sera condamné à cinq ans de prison avec sursis, dont un an maximum en détention ou sous surveillance électronique. Il sera également condamné à une amende de 80 000 euros avec sursis ainsi que la confiscation d'un million d'euros supplémentaires.

Laurent Kennes défend l'accord auprès d'Euronews. "L'intérêt pour la justice est d'avoir quelqu'un qui n'a plus aucun intérêt à se défendre et qui n'a aucun intérêt ni à accuser faussement quelqu'un".

L’ancien eurodéputé espère aussi qu'il y aura "une certaine bienveillance de la part du procureur" à l'égard de sa femme, Maria Dolores Colleoni, et de sa fille, Silvia Panzeri, qui sont soupçonnées d'avoir été au courant des actes illicites.

Les autorités belges ont demandé leur extradition d'Italie, ce à quoi les deux femmes ont fait appel.

"Toutes deux ont des avocats en Italie et elles espèrent qu'elles ne seront pas remises aux autorités belges mais qu'elles seront très probablement interrogées en Belgique, ce qui est tout à fait normal."

"Elles ont déjà donné leur accord, à ma connaissance, pour être interrogées dans l'espoir qu'elles ne le seront pas dans un cadre de détention", précise Laurent Kennes.