«Son corps n’avait aucune entrave, aucun nœud, il n’était que fluidité»

Libération.fr

Deux chorégraphes français, connaisseurs de son travail, réagissent à la mort de Trisha Brown.

Noé Soulier

Chorégraphe

«Même sans avoir dansé ses chorégraphies, on peut percevoir leur côté unique. En dehors des questions de composition ou de changement de statut de la performance (danser dans la rue, sur les toits, etc.), ce qui est neuf, c’est cette manière de bouger, cette qualité de mouvement. En 2007, j’ai dansé son Set and Reset, un grand plaisir, mais venant d’un parcours de danse classique, j’ai été surpris par la difficulté de cette approche du mouvement et incapable de l’obtenir dans un premier temps. Comme certains autres grands chorégraphes, Merce Cunningham ou Yvonne Rainer, elle a ouvert la voie à une perception du corps inédite. Je vais schématiser, mais si on prend les pratiques qui précèdent la génération des années 70, celle d’Anna Halprin, Yvonne Rainer ou Steve Paxton, les mouvements étaient définis de manière géométrique : on les appréhendait en termes de tracer une ligne dans l’espace, de traverser la scène en diagonale ou en arc de cercle. C’est vrai du classique jusqu’à Merce Cunningham. Alors que chez Trisha Brown, il y a tout à coup une approche mécanique du mouvement, elle-même a pu parler de "dérive mécanique" : il y a une prise en compte presque newtonienne d’un corps qui a une masse et qui est soumis à des forces de gravité. Cela change la manière de penser le mouvement, et la manière d’agir sur son propre corps. Des choses comme le rebond, la chute, le poids, la force centrifuge, l’énergie cinétique, deviennent centraux. Cela a été une révélation pour moi - pas juste de découvrir ce mode d’appréhension, mais tout simplement de me rendre compte qu’il y en avait d’autres. Cela m’a permis de prendre de la distance. Je ne suis jamais devenu un très bon danseur de Trisha Brown, mais elle a changé ma manière de danser : j’ai compris que les choses ne vont pas de soi, ne sont pas inamovibles.

«Ce qui est intéressant, avec Trisha (...)

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