Coronavirus: Gouvernement d'union nationale, écologie, tracking: les idées de sortie de crise de ce député

Le député Matthieu Orphelin ne verrait pas d'un mauvais œil un gouvernement d'union nationale pour sortir de la crise. (Photo: AFP)

INTERVIEW - Comment sortir de la crise du Covid-19 qui touche la France et le monde entraînant une récession historique “comparable” à celle de 1929 selon Bruno Le Maire? Faut-il tout changer ou revenir à la normale comme s’il ne s’était rien passé? Quelles sont les solutions possibles et imaginées?

Après quatre semaines de confinement, Le HuffPost donne la parole à des acteurs politiques ou économiques pour tenter d’y voir plus clair et faire émerger des pistes de solution. Ce jeudi 9 avril, alors qu’une allocution d’Emmanuel Macron était prévue avant d’être décalée finalement au lundi 13 avril, l’ancien député LREM passé au groupe “Libertés et Territoires”, Matthieu Orphelin, s’adresse au Président de la République.

Remise en cause “fondamentale”

Il attend de lui un changement de cap radical, quitte à remettre en cause les “fondamentaux” du gouvernement actuel et, pourquoi pas, si la crise l’impose, de le changer ou de l’ouvrir à “l’union nationale”. Le député de Maine-et-Loire estime que la phase de sauvetage de certains secteurs-clés qui se joue en ce moment est cruciale et paradoxalement plus difficile que le confinement ou le déconfinement. Celui qui a un engagement écologiste de longue date attend des “contreparties fortes” de la part des secteurs aidés comme l’aérien ou la publicité afin d’accéder à une nouvelle société “plus résiliente et durable”. Il propose, par exemple, d’interdire la publicité “pour les produits et voitures les plus polluants”.

Enfin, il estime que ce changement de société ne pourra se faire sans l’ensemble des citoyens et la société civile qu’il appelle à déposer des propositions sur une plateforme lancée avec une soixantaine de députés. Il émet également des réserves sur l’application Stop Covid que le gouvernement pourrait mettre en place.

“Nous avons besoin de perspectives pour l’après-confinement”

Le HuffPost: Qu’attendez-vous de l’allocution d’Emmanuel Macron lundi?

Matthieu Orphelin: J’imagine qu’une grande part sera consacrée à la crise sanitaire et économique crise que nous vivons ainsi qu’à des annonces pour les jours à venir, avec, je l’espère, des mots forts et de rassemblement. Nous avons besoin de perspectives pour l’après-confinement, même si personne ne connaît la date et qu’il sera sans doute progressif. Les citoyens sont prêts à entendre que le confinement va durer un peu plus longtemps, si on leur donne les différents scénarios. Je le vois dans ma circonscription, cette quatrième semaine est difficile, certains commencent à craquer. Ils sont en demande d’information et beaucoup de fake news circulent. Et surtout, j’attends qu’il expose sa vision pour préparer le jour d’après. 

Pourquoi a-t-il, d’après vous, décalé son intervention?

J’espère que c’est pour préparer justement cette partie du discours, sur laquelle il a beaucoup consulté ces derniers jours. Je lui ai envoyé des propositions et nous avons échangé sur la méthode pour associer au mieux l’ensemble de la société à ce grand changement. Certains disent qu’il est trop tôt pour parler de l’après. Je suis convaincu du contraire, il faut donner dès maintenant une perspective aux citoyens et à tous les acteurs économiques et forces vives de notre pays. 

Comment jugez-vous l’action de l’exécutif depuis le début de cette crise?

Il y a trois temps dans la réponse à cette crise. Les premiers jours ont été ceux de la crise soudaine et inattendue. Les entreprises obligées de fermer leurs portes, les gens confinés. Les mesures immédiates de 45 milliards d’euros et des garanties de 300 milliards d’euros ont été bien pensées. L’État a été à la hauteur.

La troisième étape concerne “le jour d’après”, c’est-à-dire le grand plan de transformation de la société qui aura, j’espère, associé les citoyens et la société civile, avec, pourquoi pas, un vote à l’Assemblée nationale avant l’été. Le second temps, qui s’ouvre en ce moment, est paradoxalement le plus difficile.

Pour quelles raisons?

Il s’agit de s’occuper des secteurs qui font face à des difficultés économiques sans précédent: par exemple l’aéronautique, l’automobile ou la publicité, mais ils ne sont pas les seuls. Air France demande des milliards, le secteur aérien veut une baisse de taxes alors qu’il est déjà peu taxé et la publicité réclame un crédit d’impôt. Il y a là un risque: accéder à leurs demandes sans aucune contrepartie. Dans ce cas, on refera les erreurs de 2008, c’est-à-dire un plan de relance qui relance comme avant, sans tenir compte du virage que nous devons prendre collectivement pour une société plus résiliente et plus durable.

 

Tant qu’on pourra partir en week-end en Europe pour 50 euros, on ne pourra pas s’en sortir. Matthieu Orphelin, député de Maine-et-Loire

 

Quelles contreparties souhaitez-vous pour le secteur aérien?

Si l’État aide, il faut que ce soit en échange d’engagements très forts. Par exemple, arrêter les vols intérieurs quand une alternative en train existe. Je pense à Paris-Bordeaux ou Paris-Lyon. Deuxièmement, on pourrait proposer un moratoire sur les extensions des aéroports, je pense à Roissy 4. Et, pourquoi pas, demander à Air France une réduction du nombre de ses vols. Tant qu’on pourra partir en week-end en Europe pour 50 euros, on ne pourra pas s’en sortir.

N’y a-t-il pas un risque de rendre les voyages moins démocratiques? Pourquoi ne pas limiter le nombre de vols par an et par personne?

Le vrai risque démocratique, ce sont les conséquences des dérèglements climatiques si nous n’agissons pas assez. Nous devons mieux réfléchir à nos voyages en avion. Je crois qu’il faut y aller par étape, ça me parait plus intéressant de faire réfléchir et bouger le secteur comme ça.

Et pour la publicité?

Cette crise a montré notre hyper-vulnérabilité sanitaire, écologique et  économique. Le modèle de société qui permet de répondre à ces crises est radicalement différent du modèle actuel. Il sera basé sur la sobriété choisie, notamment sur la consommation. La publicité demande un effort majeur de l’État, relayé par la députée LREM Aurore Bergé. Je connais les conséquences majeures pour les médias et l’emploi si la publicité s’effondre, mais si l’État fait un effort massif sur la publicité, celle-ci doit contribuer, en échange, à cette nouvelle vision de société basée sur la sobriété. 

N’est-ce pas antinomique avec le principe même de publicité qui a pour objectif de pousser à la consommation?

Elles devront passer un vrai message d’intérêt général. Les contenus des publicités pourraient être réorientés, en axant par exemple sur les voitures moins polluantes et en interdisant la publicité pour les produits et voitures les plus polluantes. La grande distribution peut se concentrer sur les produits les plus écoresponsables, l’alimentation plus saine, etc. La lutte contre le sexisme pourra faire partie de ces priorités. Il faudra en parler collectivement.

Faites-vous confiance au gouvernement pour opérer ces changements?

Emmanuel Macron a eu des morts très forts au début de la crise en disant “plus rien ne sera jamais comme avant”. J’attends qu’il concrétise cette nouvelle direction. Pour cela, il faut que le gouvernement soit amené à changer son mode de fonctionnement et son modèle idéologique, c’est-à-dire ses fondamentaux. Ça ne se fera pas facilement. Il faut que ces décideurs acceptent que la politique mise en oeuvre sera, sur certains thèmes, très différente de ce qu’ils ont fait ces derniers mois. La crise l’impose. Elle a montré les limites du modèle actuel. Nous sortons tous transformés de cette crise. 

La question d'un changement de gouvernement peut se poser Matthieu Orphelin, député de Maine-et-Loire

 

Cela doit-il passer par un changement de gouvernement?

Oui, la question peut se poser. Si c’est la condition pour transposer cette plus grande priorité donnée à la transition écologique et solidaire, à la démocratie, à la construction d’un nouveau système de santé, ça peut être une option intéressante. Ce n’est pas forcément ce que je demande, car j’attends de voir la direction prise par l’exécutif actuel, mais un gouvernement d’union nationale aurait du sens.

Quelles sont les priorités post-confinement?

Puisque les premiers de cordée sont les aides-soignantes, les aides à domicile, les transporteurs, les caissières, les professeurs et les agriculteurs, ça veut dire qu’il faudra des décisions fortes sur la revalorisation de ces métiers, y compris salariale. Ce sont eux qui font tenir notre société. Cette crise nous a rappelé le sens de l’essentiel.

Il faut aussi réinvestir dans cette transition écologique et solidaire avec un soutien massif et nouveau aux collectivités locales. Je propose de multiplier par 4 ou 5 les plans en cours comme les plans vélo, les transports en commun dans les villes et dans les campagnes, la rénovation énergétique des écoles et des lycées et la revalorisation des circuits courts. Cette dernière est l’une des mesures qui revient le plus sur notre plateforme.

“Les plus aisés peuvent contribuer à l’effort de solidarité nationale”

Comprenez-vous pourquoi Bruno Le Maire ne veut pas augmenter les impôts?

Si les hausses d’impôts concernent les classes moyennes et classes moyennes inférieures, je suis d’accord avec lui. Mais je pense que certains impôts pourraient être augmentés, notamment ceux qui viseraient les plus aisés. Ils peuvent contribuer un peu plus à l’effort de solidarité nationale. On peut faire une réforme de la transmission pour les patrimoines supérieurs à 1 million d’euros, par exemple, et une taxe sur les transactions financières élargie afin de moraliser la finance. Ces mesures n’impacteraient que les plus riches.

Êtes-vous favorable au retour de l’ISF?

Pas forcément à un retour à ce qui existait auparavant, mais à une forme d’impôt de solidarité dont les investissements verts seraient exonérés, oui. Les moins aisés dans cette crise sont solidaires, il faut que ça aille dans les deux sens. Oui, les plus aisés peuvent contribuer un peu plus.

EELV veut un Grenelle à Matignon équivalent à ceux de 1936 et 1968 au sortir de la crise, partagez-vous ce souhait?

Je ne suis pas sûr que le mot “Grenelle” soit le plus adapté, il est un peu daté. J’ai participé au Grenelle sur l’environnement en 2007, il n’incluait pas toutes les forces vives de la nation ni tous les citoyens. Aujourd’hui, c’est ce dont nous avons besoin. Il y a tellement de choses à changer! On peut aussi imaginer une convention citoyenne sur la santé et sur d’autres sujets, sur le modèle de celle sur le climat.

Que pensez-vous de l’application Stop Covid sur laquelle le gouvernement travaille pour les personnes consentantes?

J’ai beaucoup de questionnements. Je suis loin d’être persuadé que c’est la solution aussi bien technique, que pour des raisons plus éthiques. J’étais pleinement solidaire du confinement et des autres mesures, là, le tracking pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. 

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