Coronavirus : le système de santé américain met-il en danger la population ?

Le système de santé américain est inégalitaire et peut coûter très cher. De quoi rendre les choses encore plus difficiles en cette période de crise sanitaire.

Aux États-Unis, le coronavirus continue de se répandre très rapidement, laissant craindre un nombre de morts colossal. En plus de la maladie, les Américains doivent composer avec un système de santé très inégalitaire.

Les États-Unis sont actuellement durement touchés par le coronavirus. Selon les derniers chiffres de ce 3 avril, 243 453 cas sont confirmés, et 5 926 personnes sont mortes des suites du Covid-19, dont 1 169 en 24h.

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En plus de devoir faire face aux virus, les Américains doivent aussi composer avec un système de santé bien différent du nôtre, où un acte médical peut coûter très, très cher.

73 000 dollars pour une hospitalisation

Selon une étude, relayée par Business Insider, une semaine d’hospitalisation pour soigner le nouveau coronavirus coûterait en moyenne 73 000 dollars, un prix qui peut énormément varier puisque les traitements sont différents selon les cas.

Et même sans aller jusqu’à un séjour à l’hôpital, la facture peut grimper très vite. Dans le Times, une Américaine non assurée raconte avoir contracté le Covid-19. Problème : il lui a fallu plusieurs allers-retours à l’hôpital et toute une batterie d’examens avant qu’elle ne soit finalement testée au nouveau coronavirus. En tout, cela lui a coûté près de 35 000 dollars.

Aux États-Unis, 9% des habitants n’ont pas d’assurance santé, soit 27 à 28 millions de personnes. En plus, aucune loi n’instaure les arrêts maladies. Continuer d’être payé en étant malade dépend de chaque État ou de l’employeur, nous explique Élisa Chelle, professeure de sciences politiques à l’université Paris Nanterre et auteure de Comprendre la politique de santé aux États-Unis.

Des mesures difficiles à appliquer

Pour faciliter l’accès aux soins pendant la crise et ainsi tenter de ralentir au mieux la propagation de l’épidémie, Donald Trump a fait passer plusieurs mesures temporaires. Le 19 mars dernier, il a validé la gratuité du dépistage de Covid-19 - même pour les personnes qui ne sont pas assurées - et a instauré un arrêt maladie d’urgence. “Il est prévu que l’hospitalisation et le traitement soient entièrement remboursés, sans reste à charge”, nous décrit Jean-Éric Branaa, maître de conférence à l’université Paris II et auteur de Rien ne sera plus comme avant - L’Amérique au temps du coronavirus, qui sortira le 10 avril aux éditions VA.

Dans les faits, ce n’est pas encore tout à fait le cas. “Il faut mettre en place des mécanismes dans une administration qui est, elle aussi, bouleversée par la situation de crise, installer un système de paiement dans chaque hôpital, chaque État. Donc forcément, entre la prise de décision et la mise en oeuvre, il y a un délai”, décrit Élisa Chelle. Ce retard dans la mise en oeuvre risque d’être “très problématique pour les personnes qui ne peuvent pas avancer les frais”, même si une partie des hôpitaux “acceptent de ne pas être payés le jour même”, précise la spécialiste.

D’autre part, selon le Time, les mesures d’urgence prises par le gouvernement peuvent avoir quelques failles, notamment parce que certains actes peuvent ne pas être considérés comme liés au coronavirus - et donc être facturés. D’autre part, les personnes ayant eu à se soigner avant le 19 mars risquent fort de ne pas se voir rembourser.

Moins de lits, mais une industrie au travail

Outre les problématiques financières, l’état du système de santé avant la crise entre également en jeu. Aux États-Unis, “le nombre de lits est d’environ 2,4 pour 1 000 habitants, contre 6 en France”, nous détaille la professeure de sciences politiques. En terme d’équipement, “c’est une catastrophe... mais comme partout”, relativise Jean-Éric Branaa, qui complète : “Il y a un gros manque de respirateurs, de masques, de blouses, de charlottes... C’est un vrai problème”.

Cependant, le pays peut compter sur ses hôpitaux de campagne et ses hôpitaux flottants. “L armée dispose de beaucoup de moyens et de matériel ultra sophistiqué”, commente Jean-Éric Branaa. Il ne faut pas oublier que la recherche “est très fortes aux États-Unis”, poursuit le spécialiste. “Le laboratoire Abbott a déjà mis au point un système de test efficace en cinq minutes”.

L’industrie s’est également rapidement mise en marche pour tenter de rattraper le retard du pays. Fin mars, Donald Trump a réactivé une ancienne loi qui permet au gouvernement d’imposer aux entreprises de rediriger leur production. General Motors ou encore Ford vont ainsi prêter main forte pour contrer le manque de respirateurs. “Ça ne se fait pas du jour au lendemain”, nuance Élisa Chelle, “mais certaines mesures vont permettre de gagner un peu de temps, si on compare à la France par exemple”. Reste que l’épidémie est déjà pleinement lancée, et que le pays ne peut désormais que tenter de limiter les dégâts.

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