Coronavirus: Reprise des injections du vaccin AstraZeneca dans une dizaine de pays

par Anthony Deutsch, Toby Sterling et Alistair Smout
·4 min de lecture
CORONAVIRUS: REPRISE DES INJECTIONS DU VACCIN ASTRAZENECA DANS UNE DIZAINE DE PAYS

par Anthony Deutsch, Toby Sterling et Alistair Smout

PARIS/AMSTERDAM/LONDRES (Reuters) - Une dizaine de pays, dont la France, qui avaient suspendu l'utilisation du vaccin contre le COVID-19 d'AstraZeneca, accusé de provoquer de graves effets indésirables, ont annoncé qu'il serait de nouveau administré à compter de ce vendredi, après le feu vert des autorités sanitaires.

La reprise des injections de ce sérum permettra de jauger la confiance du public dans ce vaccin et le poids des recommandations des autorités alors que la maladie a déjà fait près de 2,7 millions de morts dans le monde.

Jeudi, la directrice de l'Agence européenne des médicaments (EMA), tout en disant ne pouvoir formellement exclure un lien entre la vaccination et les 30 rares cas de formation de caillots sanguins sur lesquels l'agence a enquêté, a déclaré que les bénéfices du vaccin du laboratoire anglo-suédois étaient supérieurs aux risques.

"C'est un vaccin sûr et efficace", a-t-elle insisté, assurant que, si elle le pouvait, elle se ferait vacciner dès vendredi.

L'EMA a été soumise à une intense pression depuis le début de la semaine après la décision de plusieurs pays européens, emmenés par l'Allemagne, de suspendre les vaccinations avec le produit d'AstraZeneca à la suite de quelques cas de thrombo-embolie, la formation de caillots sanguins, chez des personnes ayant reçu le vaccin peu auparavant. Des pays, essentiellement du nord de l'Europe, avaient déjà suspendu l'utilisation de ce vaccin dès la semaine dernière.

La MRH, l'agence britannique de la santé, qui enquête sur cinq cas rares de caillot sanguins signalés sur 11 millions de personnes vaccinées au Royaume-Uni, a également estimé que les injections du vaccin devaient se poursuivre en attendant de plus amples analyses.

"Ce sur quoi nous devrions vraiment nous concentrer, c'est que c'est incroyablement rassurant. Les processus fonctionnent, la surveillance de la sécurité que nous attendons tous de nos autorités est en cours", a déclaré pour sa part à la BBC Andrew Pollard, qui dirige l'Oxford Vaccine Group.

"Nous devons continuer à faire attention à la sécurité, mais en fin de compte, c'est le virus que nous combattons, pas les vaccins", a-t-il ajouté.

Le vaccin d'AstraZeneca a été développé en partenariat avec l'université d'Oxford.

"DES AVANTAGES SUPÉRIEURS AUX RISQUES"

L'Allemagne a repris ce vendredi les injections avec ce vaccin.

En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) a recommandé vendredi la reprise immédiate de la vaccination avec le sérum d'AstraZeneca mais uniquement "à ce stade" pour les personnes âgées de 55 ans et plus.

La HAS note que l'EMA a identifié un possible "surrisque" de thrombose des sinus veineux cérébraux (TVC) et de coagulations intra-vasculaires disséminées (CIVD) chez les personnes de moins de 55 ans.

Le Premier ministre français, Jean Castex, âgé de 55 ans, s'est fait vacciner contre le COVID-19 avec le vaccin d'AstraZeneca en début d'après-midi à l'hôpital militaire Bégin de Saint-Mandé (Val-de-Marne).

De son côté, le président du Conseil italien, Mario Draghi, a déclaré que l'Italie reprendrait également ce vendredi les injections de vaccins avec l'AstraZeneca.

En Espagne, la reprise est prévue pour mercredi. Hors d'Europe, le Canada et l'Indonésie ont également exprimé leur volonté de continuer à inoculer le produit du laboratoire anglo-suédois.

En revanche, la Finlande a suspendu vendredi l'utilisation du vaccin, le temps d'enquêter sur deux cas possibles de thrombose, des investigations qui pourraient s'étendre sur une semaine, selon l'Institut finlandais de la santé.

Le Danemark, la Suède et la Norvège ont quant à eux averti qu'il leur faudrait encore du temps pour décider de reprendre ou non la vaccination à l'aide du vaccin d'AstraZeneca. Les trois pays ont promis de rendre leur décision la semaine prochaine.

Le comité d'experts sur la sécurité des vaccins de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) doit rendre ce vendredi ses propres conclusions sur le vaccin.

Le directeur Europe de l'OMS, Hans Kluge, a estimé jeudi que les avantages du vaccin l'emportaient de loin sur tous les risques et que les pays devraient reprendre les injections afin de sauver des vies.

Comparé aux vaccins à ARN messager comme ceux du duo Pfizer/BioNtech et celui de Moderna, le sérum d'AstraZeneca repose sur une technique plus classique, l'adénovirus, ce qui rend plus facile à transporter, stocker et distribuer, des atouts pour une vaccination de masse de la population.

(Anthony Deutsch et Toby Sterling à Amsterdam, Ludwig Burger à Francfort, Kate Kelland et Alistair Smout à Londres, John Miller à Zurich et Caroline Copley à Berlin; version française Claude Chendjou, édité par Blandine Hénault et Jean-Stéphane Brosse)