Coronavirus: qu'est-ce que la réanimation, qui concerne près de 3000 patients?

Qu'est ce que la réanimation, qui concerne près de 3000 patients atteints du Covid-19? (photo prétexte: salle de soin intensifs à l'hôpital Bichat) (Photo: ANNE CHAON via Getty Images)

CORONAVIRUS - Jérôme Salomon, a annoncé ce jeudi 26 mars au soir que plus de 3000 patients étaient en réanimation (3375, soit 548 de plus en 24 heures). Déjà la veille, lors de son point presse quotidien sur le coronavirus, il évoquait un “nombre considérable, exceptionnel dans un temps aussi bref et pour une seule maladie”.

Si on comprend qu’il s’agit des cas graves, ce terme médical n’est pas forcément très clair dans ce qu’il implique. Que signifie concrètement ”être en réanimation” dans le cadre de l’épidémie de Covid-19? Qu’est-ce que cela induit pour les patients amenés à entrer dans ce service? Le HuffPost fait le point.

La réanimation, dans 5% des cas

Tout d’abord, rappelons que toutes les personnes infectées par le Sars-CoV-2 ne vont pas forcément passer par un service de réanimation. Au vu de la propagation de l’épidémie, les patients n’ayant pas de forme grave du Covid-19 sont invités à rester chez eux et ne pas aller dans les hôpitaux, déjà très encombrés. Par ailleurs, même ceux qui ont des formes graves ne vont pas non plus systématiquement passer par un service de réanimation. Selon Le Figaro, chez 5 % des malades environ, la pneumonie virale causée par le coronavirus s’aggrave et provoque une détresse respiratoire. 

Ce sont pour ces 5%-là que le service de réanimation s’impose. En effet, les poumons, touchés par la maladie, ne remplissent plus assez bien leur rôle, à savoir faire passer l’oxygène dans le sang. “Le virus provoque une infection qui touche les alvéoles des poumons, les empêchant de laisser passer l’oxygène dans le sang et les organes”, explique au HuffPost le docteur Luc Rodriguez, chef du service de réanimation du centre hospitalier d’Aix-en-Provence, qui comptait ce jeudi 26 mars 12 patients infectés.

À quoi sert un service de réanimation?

En temps normal, ce service sert en réalité à toute personne qui “présente ou est susceptible de présenter plusieurs défaillances viscérales aiguës mettant directement en jeu le pronostic vital et impliquant le recours à des méthodes de suppléance”, peut-on lire dans le code de la Santé publique.

C’est-à-dire que, pour des personnes ayant des dysfonctionnements graves de plusieurs organes, des moyens vont être mis en œuvre pour assister, voire remplacer les fonctions vitales défaillantes. Par exemple, la mise en place d’une dialyse en cas d’insuffisance rénale, d’une ventilation artificielle ou l’administration de médicaments permettant de maintenir la pression sanguine.

Dans ce service, la présence de soignants est plus importante, puisque pour cinq lits on compte au minimum deux infirmières, ainsi qu’un aide-soignant pour quatre patients. Tous sont très attentifs, car la santé des patients atteints du Covid-19 peut se dégrader très vite.

Selon Le Figaro, citant le Pr Philippe Montravers, anesthésiste-réanimateur à l’hôpital Bichat, “une forte proportion de malades Covid-19 présente également une insuffisance rénale et doit être dialysée. Entre 10 et 20 % ont des atteintes cardiaques qui doivent aussi être traitées”, ce qui entre dans le cadre des soins de réanimation.

Que signifie ”être en réanimation”?

Pour les patients atteints de Covid-19, l’utilisation de respirateur a maintes fois été évoquée. Toutefois, une fois encore, son utilisation n’est pas systématique. Certaines personnes même si elles ont du mal à respirer n’ont pas besoin d’une assistance respiratoire complète. Elles peuvent être traitées au moyen d’un masque hermétique placé sur le nez ou sur le nez et la bouche. “Un mélange comprimé d’oxygène et d’air est administré par le biais du masque. La pression aide les efforts respiratoires de la personne et lui évite de fatiguer ses muscles respiratoires”, explique le site médical Le Manuel MSD.

Cependant, il arrive que ce dispositif ne suffise plus et que la santé du patient se dégrade brutalement. C’est généralement à ce moment-là que le respirateur artificiel entre en jeu. 

Comme l’explique le docteur Luc Rodriguez, le patient est alors endormi, “On le place sous sédation prolongée, aussi appelé communément coma artificiel. On lui injecte un somnifère et un produit de la famille des morphiniques. Puis un tube est introduit dans sa trachée et relié à un respirateur qui va ouvrir ses poumons et les oxygéner”, décrit-il. Ce coma artificiel est nécessaire, car, éveillé, le patient aurait tendance à lutter contre l’air du respirateur, à s’épuiser et à paniquer, notamment à cause de la présence d’un tuyau dans la trachée.

Curare et changements de position

L’utilisation de curare, un médicament, est également possible pour paralyser -temporairement - le patient, afin d’éviter les réflexes musculaires, “mais aussi, car on observe, selon des études, des bénéfices au niveau respiratoire lorsque l’on injecte ce paralysant lors des premières 48h de sédation du patient”, nous précise le chef du service de réanimation de l’hôpital d’Aix-en-Provence. 

Enfin, les patients, sous coma artificiel ou non, sont placés au moins une fois par jour et pendant plusieurs heures sur le ventre. “Les lésions pulmonaires viennent du Covid-19, mais on en observe également chez des patients qui sont restés allongés des jours sans changer de position. Cela crée aussi des lésions. Nous privilégions donc l’alternance des postures pour éviter les stagnations et libérer certaines régions pulmonaires”, explique-t-il au HuffPost

Toutefois, pour les personnes sous sédation prolongée, ce changement de position n’est pas aisé. “C’est très compliqué de bouger une personne sous respirateur artificiel, paralysée et dans le coma et qui est, a fortiori, très contagieuse. D’une part, on prend énormément de précautions pour éviter les contaminations (notamment lors des manipulations du circuit respiratoire) et d’autre part, il faut au moins cinq personnes pour effectuer la manœuvre. C’est ce qui demande le plus de personnel soignant, c’est aussi pour cela qu’on en a tant besoin”, conclut le réanimateur. 

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