Coronavirus: la contamination s'accélère dans le monde, l'OMS évoque un risque de "pandémie"

Patrick BAERT, avec Agnès PEDRERO à Genève
Coronavirus: la contamination s'accélère dans le monde, l'OMS évoque un risque de "pandémie"

Genève (AFP) - L'épidémie de pneumonie virale s'est accélérée lundi à travers le globe, l'OMS évoquant un risque de "pandémie", sur fond de dégringolade des marchés financiers inquiets pour l'économie mondiale.

"Nous devons nous concentrer sur l'endiguement (de l'épidémie de nouveau coronavirus, ndlr), tout en faisant tout notre possible pour nous préparer à une éventuelle pandémie", a déclaré le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus.

L'OMS a notamment jugé "très préoccupante (...) l'augmentation soudaine" de nouveaux cas en Italie, en Corée du Sud et en Iran. Elle a cependant observé un déclin en Chine, pays d'origine de la maladie, depuis début février.

En Europe, l'Italie, qui compte désormais sept morts, est devenue le premier pays du continent à mettre en place un cordon sanitaire autour d'une dizaine de villes du Nord.

Deux mois après l'apparition du nouveau coronavirus, cinq pays ont annoncé de premiers cas de contamination: Afghanistan, Bahrein, Koweit, Irak et Oman. Bahrein a suspendu les vols en provenance de deux aéroports émiratis, et Oman ses liaisons aériennes avec l'Iran.

La Corée du Sud et l'Iran se retrouvent en première ligne, avec le plus grand nombre respectivement de cas de contamination et de décès en dehors de la Chine.

Hong Kong a décidé d'interdire à partir de mardi les arrivées de non résidents en provenance de Corée du Sud et a appelé les résidents hongkongais à s'abstenir de tout voyage non nécessaire.

Moins d'une semaine après la détection du nouveau coronavirus, Téhéran a pour sa part annoncé quatre nouveaux décès, portant à 12 le nombre de victimes de l'épidémie en République islamique, où une mission de l'OMS est attendue.

Avec 64 personnes contaminées en Iran, ce taux de mortalité d'un sur cinq semble beaucoup plus élevé que celui constaté jusqu'à présent en Chine (aux alentours de 3%).

Un député de Qom, ville où ont été annoncés les premiers cas iraniens de coronavirus, a accusé le gouvernement de "ne pas dire la vérité" sur l'ampleur de l'épidémie.

Selon une agence de presse iranienne, le député aurait évoqué le chiffre de "50 morts" pour la seule ville de Qom, un bilan "catégoriquement" démenti par un vice-ministre de la Santé.

Inquiets de la contagion en Iran, l'Arménie, la Turquie, la Jordanie, le Pakistan, l'Irak et l'Afghanistan ont fermé leur frontière ou restreint les échanges avec ce pays. Au moins 200 personnes ont été mises en quarantaine au Pakistan, à la frontière iranienne.

Au total, plus d'une trentaine de pays sont désormais touchés, avec un bilan qui dépasse largement les 30 morts hors de Chine.

Après un pic de 231 nouvelles contaminations annoncées lundi, la Corée du Sud a connu un reflux, avec 60 nouveaux cas répertoriées mardi matin. Deuxième foyer mondial derrière la Chine, la Corée du Sud compte désormais 893 patients contaminés, dont huit mortellement.

- Inquiétude pour la Corée du Nord -

Entre Chine et Corée du Sud, la Corée du Nord n'a pour l'heure fait état d'aucune contamination, mais l'inquiétude monte à l'égard de ce pays au système de santé fragile.

La Croix-Rouge a annoncé lundi avoir obtenu une exemption des sanctions de l'ONU pour y acheminer du matériel médical face à une éventuelle arrivée de l'épidémie.

En Chine même, où le coronavirus est apparu en décembre dans la métropole de Wuhan, l'épidémie a fait 71 morts supplémentaires, selon le dernier bilan quotidien annoncé mardi matin, soit le plus bas depuis plus de deux semaines. Au total, 2.663 personnes ont succombé au Covid-19 en Chine continentale.

Les autorités sanitaires ont aussi fait état mardi matin de 508 nouvelles infections, un chiffre en hausse par rapport à celui de lundi (409).

L'OMS a jugé que la situation dans ce pays était globalement en voie d'amélioration. Selon l'agence spécialisée de l'ONU, l'épidémie en Chine a connu un "pic" puis un "plateau" entre le 23 janvier et le 2 février. "Depuis lors elle n'a cessé de décliner", a assuré son directeur général.

Les études menées en Chine ont également permis de montrer "qu'il n'y a pas eu de changement significatif dans l'ADN du coronavirus", a-t-il ajouté.

- L'OMS à Wuhan -

Pour la première fois depuis la découverte du virus, une équipe d'experts de l'OMS s'est rendue pendant le week-end dans la ville de Wuhan en quarantaine.

Signe de la gravité de la situation, le régime communiste a décidé de reporter la session annuelle du parlement, qui devait s'ouvrir le 5 mars -- une première en trois décennies.

A Wuhan, la mairie a renoncé aux mesures d'assouplissement sous conditions de la quarantaine qu'elle avait elle-même annoncées dans la matinée en faveur de ses non-résidents.

La ville et sa province du Hubei sont coupées du monde depuis un mois.

Conséquence de l'apparition du virus sur un marché de la ville, le parlement chinois a décidé lundi d'interdire "complètement" et immédiatement le commerce et la consommation d'animaux sauvages.

- Les Bourses décrochent -

En Italie, outre le cordon sanitaire établi autour de 11 villes du nord, le célèbre Carnaval de Venise, qui devait se terminer mardi, a été annulé dès dimanche.

Un avion de la compagnie italienne Alitalia a été bloqué à son atterrissage à l'île Maurice. Les passagers ont été autorisés à débarquer, à l'exception d'une soixantaine de personnes originaires de Lombardie et de Vénétie, les régions où les cas italiens sont apparus.

Dans la soirée, l'Inter Milan annonçait que le match de Ligue Europa contre Ludogorets se tiendrait jeudi à huis clos. Et le ministre du Sport Vincenzo Spadafora a fait une annonce similaire concernant six régions du nord le week-end prochain en Serie A.

Face à la flambée de cas en Italie, passés de 6 à 229 en quatre jours, la Commission européenne ne souhaite cependant pas dans l'immédiat le rétablissement de contrôles aux frontières à l'intérieur de l'UE, une décision qui reste à l'initiative des Etats membres.

L'accélération mondiale des contaminations a fait décrocher les marchés boursiers, pas seulement en Europe. Wall Street a plongé à la clôture: Dow Jones -3,6%, Nasdaq -3,7.

Mardi matin à l'ouverture, pour sa première séance de la semaine, l'indice Nikkei de la Bourse de Tokyo dégringolait de plus de 4%.

La directrice du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a averti que la crise "pourrait mettre en péril la reprise" mondiale. Le FMI a déjà abaissé de 0,4 point sa prévision de croissance pour la Chine en 2020, à 5,6%. La Chine étant la deuxième économie mondiale, ce repli devrait coûter 0,1 point de croissance au PIB planétaire.