Coronavirus: pourquoi Tchernobyl nous aide à penser la catastrophe sanitaire

Olivier Blond

Il fait bon marcher dans les rues désertes de Paris. L’air y est frais –plus qu’il ne l’a jamais été. Un silence inhabituel laisse entendre quelques oiseaux chanter. À Venise, les habitants s’ébahissent d’une eau qui est redevenue transparente. Le printemps revient et les malades meurent loin des regards, dans des hôpitaux fermés au public. 

Mais cette étrange torpeur apocalyptique fait écho à une autre catastrophe, celle de Tchernobyl. Car dans les ruines de la ville abandonnée de Pripiat et dans les champs ou les forêts alentour, règne le même silence trompeur. 

À Tchernobyl, la biodiversité a progressivement retrouvé son intensité; elle est même devenue plus abondante qu’auparavant. L’un des meilleurs spécialistes du sujet, Robert Baker, qui a fait plus d’une vingtaine de missions sur place, a écrit avant de décéder: “En réalité, la radioactivité associée à l’accident de Tchernobyl n’a pas d’effet négatif discernable sur la vie animale ou végétale.” La constatation peut sembler invraisemblable. Mais l’explication du chercheur est plus terrible encore: “le bénéfice d’exclure les humains des écosystèmes contaminés semble dépasser largement les inconvénients associés aux radiations de Tchernobyl.” 

Le chercheur poursuit: “L’observation que l’activité humaine normale (industrialisation, agriculture, chasse, etc.) est plus dévastatrice pour la biodiversité et l’abondance de la faune et de la flore locales, le fait qu’elle soit pire que le pire accident nucléaire montre l’impact négatif de la croissance humaine sur la nature”. 

Ce n’est malheureusement pas une constatation isolée. Nombreuses sont les zones hostiles à l’humain qui voient fleurir la biodiversité. C’est le cas de la zone tampon entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. Débarrassée de la présence humaine, la biodiversité y prolifère

Ce n’est donc pas tant une catastrophe industrielle ou un virus mortel qui font problème, mais “l’activité humaine normale”, c’est-à-dire l’existence même de notre espèce, du...

Retrouvez cet article sur le Huffington Post