Coronavirus: pourquoi l’Algérie fait partie des trois pays les plus touchés d’Afrique

L’Algérie enregistre près de 8 700 cas confirmés de Covid-19, et un peu plus de 600 décès. Même s’ils restent largement inférieurs à ceux que connaissent d’autres États, ces chiffres la placent dans le trio des pays les plus touchés par le coronavirus sur le continent africain, derrière l’Afrique du Sud et l’Égypte.

La première explication à la situation sanitaire en Algérie est liée aux relations que le pays entretient avec l’Europe, pour des raisons économiques et historiques. L’Algérie est particulièrement tournée vers les pays de la rive nord de la Méditerranée – France, Italie, Espagne –, eux-mêmes très atteints par la pandémie.

Comme au Maroc et en Tunisie, les premiers cas confirmés sur le sol algérien dès la fin février sont donc importés du Vieux Continent par des travailleurs européens ou des Algériens résidant à l’étranger. C’est ainsi qu’au moins 16 membres d’une même famille de la wilaya de Blida, au sud-ouest d’Alger, sont contaminés. Cette zone est d’ailleurs devenue l’épicentre de l’épidémie.

Capacité de dépistage

Autre élément d’explication pour comprendre le nombre de cas enregistrés dans un pays : sa capacité à réaliser des tests. Dans le cas de l’Algérie, celle-ci a augmenté, au fil du temps. Au moment de l’apparition des premiers cas, elle était faible. Un seul laboratoire, rattaché à l’institut Pasteur sur place, était homologué pour pratiquer ces dépistages. Désormais, d’autres sont en mesure de le faire dans des universités ou des structures privées.

Selon le journaliste algérien Akram Kharief, qui a lui-même été contaminé, c’est aussi le nombre de structures de santé en Algérie qui explique l’importance des cas recensés. « Le pays dispose d’un maillage sanitaire conséquent, avec plus de 550 hôpitaux. Il y a donc de la détection, et les patients se présentent un peu plus qu’ailleurs, puisqu’ils ont accès à ces structures hospitalières », explique-t-il. Par conséquent, plus on teste les malades, plus les chiffres augmentent.

Un système de santé fragile mais pas saturé

Si l’Algérie présente donc un nombre de cas plus élevé que d’autres pays africains, son système de santé ne s’en trouve pas pour autant submergé pour l’instant. Son état a pourtant suscité des craintes, au début de la pandémie, avec des hôpitaux sous pression, notamment dans la wilaya de Blida, et des personnels soignants manquant de moyens et de matériel de protection.

Ces craintes étaient également liées à la fragilité du système de santé algérien, qui manque de moyens depuis plusieurs années. « Aucun système de santé au monde n’était prêt à faire face à une situation d’une telle ampleur », explique le docteur Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP). « La particularité du nôtre, c’est qu’il connaît des problèmes depuis des années, et que des réformes sont toujours en cours depuis une quinzaine d’années. Mais cette réforme n’a jamais été accompagnée d’une réelle volonté politique, ajoute-t-il. En 15 ans de réformes, ce sont pratiquement 10 ministres qui se sont succédé ». 

Lyes Merbat précise toutefois que les services de réanimation ne sont pas saturés, actuellement. Selon le journaliste Akram Kharief, les pavillons Covid, spécialement mis en place, présentent un taux de remplissage de 60%, ce qui permet de pouvoir encore gérer correctement la situation sanitaire.

Une volonté politique

Le nombre de cas communiqués est également le résultat d’une volonté politique. Pour pouvoir gérer la crise sanitaire, bien entendu, mais pas seulement. Selon Thomas Serres, enseignant chercheur à l’université de Californie Santa Cruz, il s'agit pour le pouvoir algérien de montrer qu’il y a une urgence. Cette volonté peut être interprétée de deux façons : d’une manière plutôt bienveillante, et à travers une lecture policière des événements.

« La manière bienveillante, c’est de dire que le régime est en profond manque de crédibilité et que, logiquement, ils ont saisi cette crise à bras le corps pour se reconstruire une stature. Je pense que pour quelqu’un comme le président Abdelmadjid Tebboune, élu en décembre, n’ayant pas de légitimité populaire, la légitimité de l’urgence est un moyen de se construire une stature », explique Thomas Serres.

« La seconde lecture – qui n’est pas bienveillante mais qui a pu faire partie de la grille de lecture des activistes algériens avec qui j’ai été en contact –, c’est le fait que ça tombait relativement bien pour mettre fin au "Hirak". Et donc, de ce point de vue, l’urgence sanitaire est prise à bras le corps, parce qu’elle permet de mettre fin à une urgence politique. »

Les « hirakistes » dénoncent en effet une répression de la part des autorités algériennes (arrestations, censure de journaux en ligne...) depuis la suspension de leurs marches hebdomadaires, mi-mars, en raison de la situation sanitaire.

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