Pourquoi les Français ont-ils tant de mal à respecter le confinement ?

Les Français ont du mal à respecter le confinement. Des raisons structurelles et conjoncturelles peuvent l'expliquer.

Les Français semblent avoir plus de mal à respecter le confinement que d’autres populations. Une situation qui peut s’expliquer par notre culture mais aussi par une communication défaillante du gouvernement.

Les Français semblent avoir bien du mal à respecter le confinement. Entre les balades sur la plage, les voyages à travers la France pour gagner sa maison de campagne et le temps libre utilisé pour faire de longs footings, tout le monde ne s’en tient pas aux règles annoncées le 16 mars par le gouvernement.

Les Italiens, confinés une semaine avant nous, ont été plutôt critiques face à notre comportement. Ailleurs, comme à Taïwan, le simple conseil des autorités de rester chez soi a visiblement suffi à éviter une épidémie.

“Du mal à accepter les sanctions”

Pourquoi, donc, cela semble-t-il si difficile dans l’Hexagone ? “On cherche à faire changer les habitudes de 67 millions de Français du jour au lendemain, avec un caractère d'urgence, c’est donc assez normal que cela pose quelques difficultés”, commence par expliquer Philippe Moreau-Chevrolet, professeur de communication politique à Sciences Po et président de MCBG Conseil.

“Il y a d’abord une raison structurelle, liée à l’attitude, au comportement des Français”, nous décrit Anne Muxel, directrice de recherches en sociologie et sciences politiques au Cevipof Sciences Po. “La France n’est pas spécialement un pays qui se caractérise par un civisme intériorisé dès l’enfance, contrairement aux pays scandinaves ou germaniques”, poursuit-elle.

Dans notre pays, “nous avons du mal à accepter les sanctions qui sont associées aux écarts de conduite par rapport aux normes, aux règles”, ajoute la spécialiste.

La méfiance forte envers le gouvernement

Une autre explication structurelle réside dans la confiance des Français envers le monde politique. Selon le dernier baromètre du Cevipof, dévoilé en mars 2020, 70% de la population n’a pas confiance dans le gouvernement. Un chiffre beaucoup plus élevé que chez les Allemands ou les Britanniques, où il ne monte respectivement qu’à 52 et 57%. Plus précisément, 67% des Français ne faisaient pas confiance à Emmanuel Macron avant le début de la crise sanitaire.

Il s’avère aussi, selon Philippe Moreau-Chevrolet, que la distanciation sociale n’est pas dans notre culture.

Une communication par paliers

Mais cette difficulté d’application du confinement réside aussi dans une raison “conjoncturelle liée à la façon dont le gouvernement a préparé et communiqué sur le sujet”, analyse Anne Muxel. “Emmanuel Macron y est allé par paliers”, conseillant d’abord aux Français de réduire leurs déplacements, jeudi 12 mars, avant finalement de l’imposer, ce lundi 16. De quoi expliquer pourquoi “l’adaptation se fait, elle aussi, par paliers”.

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La communication “lente et avec beaucoup d’hésitations” a effectivement joué un rôle dans notre perception du confinement, renchérit Philippe Moreau-Chevrolet. Sans oublier qu’Emmanuel Macron n’a pas prononcé lui-même le mot “confinement”. Il a fallu attendre les précisions de Christophe Castaner et surtout d’Édouard Philippe, mardi 17 mars, pour que le terme soit clairement employé. “Pour que le confinement soit total, il faut que la communication soit plus radicale”, estime-t-il.

L’autre problème, c’est que “les erreurs de communication des pouvoirs publics au début de la crise” ont conduit à une “perception du risque très faible”, poursuit le spécialiste.

De nouvelles mesures, plus strictes, pourraient être dévoilées à l’avenir ou, du moins, un confinement plus long.

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