Coronavirus: un plan de relance qui signe le retour du couple franco-allemand

Angela Merkel et Emmanuel Macron ont proposé lundi un plan de relance à hauteur de 500 milliards d’euros pour faire face à la crise du Covid-19. Il doit être financé par une émission de dette commune. Il reste beaucoup à faire pour convaincre – l’Autriche, les Pays-Bas et le Danemark se sont déjà dit opposés au projet – mais le couple franco-allemand est de retour, et sur une proposition inédite.

« Un virage à 180 degrés mais il est peut-être dans l’intérêt de l’Allemagne de tout faire pour soutenir la cohésion politique et économique de l’Union européenne. » L’éditorial de une du quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine peut surprendre et montre plus globalement que les esprits évoluent en Allemagne, comme l’ont montré des prises de position d’économistes libéraux, souligne notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut.

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Même tonalité dans le quotidien des milieux d’affaires Handelsblatt qui parle d’un « signal fort pour l’Europe ». Le journal de centre-gauche Süddeutsche Zeitung estime que le plan Merkel/Macron met les autres pays européens sous pression et que le compromis franco-allemand peut rassembler le nord et le sud du continent défendant jusqu’à présent des stratégies divergentes.

Le ministre des Finances social-démocrate Olaf Scholz a salué l’initiative. Le vice-président du groupe parlementaire conservateur au Bundestag et le « monsieur Finances » du même groupe soutiennent le plan Merkel/Macron. Les Verts se réjouissent qu’Angela Merkel ait accepté des dettes communes, une option toujours mise en avant par les écologistes allemands.

Changement de mentalités ?

Réagir aux crises, le tandem franco-allemand l’a souvent fait dans la douleur et avec beaucoup de temps de réflexion. En 2008, pendant la crise financière, Nicolas Sarkozy s’agaçait des lenteurs de décision d’Angela Merkel. François Hollande lui n’a jamais réussi à faire accepter les eurobonds à la chancelière. C’était déjà un mécanisme de dette commune quand ce projet est remis sur la table en mars dernier lors d’un Conseil européen pour répondre à la crise du coronavirus. Et c’est encore un non de Berlin. Mutualiser les dettes, cela a toujours été un tabou majeur outre-Rhin.

Qu’est-ce qui a changé en quelques semaines pour que la chancelière fasse ce pas majeur ? Il y a d’abord, et c’est nouveau, l’ouverture d’un débat sur ce sujet en Allemagne dans les médias, dans les milieux économiques, avec par exemple en mars une tribune de sept économistes réclamant l’émission de 1 000 milliards d’euros « d’obligations communautaires ». Et puis il y a eu cette décision de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe au début du mois, mettant en cause la politique de la Banque centrale européenne.

Sur ce bras de fer, la semaine dernière, Angela Merkel avait envoyé un message. La chancelière avait cité devant le Bundestag Jacques Delors : « Il faut une union politique, une union monétaire ne suffira pas ». Comprendre : dans ce bras de fer, pour elle, la solution c’est davantage d’intégration européenne. Ce sera le cas, si elle se fait, avec cette émission de dette commune. Un pas majeur pour l’Allemagne et pour ce qui doit être le dernier mandat d’Angela Merkel.