Coronavirus: petit appartement ou résidence secondaire, ce n'est pas le même confinement

Selon qu'ils possèdent une résidence secondaire ou non, les Français des grandes villes ne sont pas tous confinés à la même enseigne. Dans les petits appartements, il faut s'organiser entre les enfants et le télétravail. Pour les résidences secondaires cependant, les places sont chères : certaines mairies du littoral ont pris des mesures pour empêcher un afflux de population trop important pour leurs services de santé. 

Déjà près d'une semaine que les Français sont confinés chez eux pour tenter d'enrayer la propagation du coronavirus. Pour ceux qui vivent dans des petits appartements dans des grandes villes comme à Paris, ce n'est pas toujours évident. Exemple dans cet immeuble du 18e arrondissement, dans le nord de la capitale française, où vit notre journaliste Marine de la Moissonnière. Les habitants ont la chance d'avoir un petit jardin, qu'ils utilisent à tour de rôle.

Anthony n'est pas sorti dans la rue depuis trois jours. Entre deux sessions de télétravail, il s'occupe du jardin. « J'ai retourné un peu la terre. j'ai nettoyé. J'ai rempoté quelques plantes. On est vraiment privilégié ici. »

Le jardin, c'est aussi le refuge d'Alma, un an et demi, quand il est vide. Lorsqu'un de ses parents a besoin de calme pour travailler, l'autre descend avec elle. Pierre-Alexis, le papa, le reconnaît : ce n'est pas facile.

« On essaie de travailler et de jongler avec les obligations de chacun, explique-t-il. L'un travaille pendant environ une heure, une heure et demie - donc des petites périodes -, pendant que l'autre garde la petite. Et puis on alterne. Et dès qu'il y a une priorité de travail pour l'un d'entre nous, elle prend le dessus sur notre vie de famille, parce qu'il n'y a pas le choix. »

Lecture de Jules Vernes

Au 4e étage, Sylvain, lui aussi en télétravail, a adapté ses loisirs : « Je redécouvre depuis quelques semaines les grands romans de Jules Verne. Donc peut-être que la lecture de l'intégrale de Jules Verne va être plus rapide que je ne pensais. J'ai aussi des vieux films et des DVD. Le moral est bon. Je ne suis pas au contact du public. Je ne suis pas une caissière dans un supermarché ou obligé d'accueillir des gens, où là il doit quand même y avoir des craintes. Pour le moment, tout va bien ! »

Les habitants de cet immeuble prennent les choses avec philosophie. Certains se retrouvent le soir à 20 heures à leur fenêtre pour remercier le personnel soignant. Une salve d'applaudissements et de bravos qui peut durer plusieurs minutes.

Accès restreint dans la majorité des îles du Ponant, en Bretagne

D'autres Franciliens ont choisi de rejoindre leur résidence secondaire, pour ceux qui en possèdent, afin de vivre cette période de confinement sans rester enfermés dans des petits appartements. Face à cet afflux, exceptionnel pour la saison, des maires ont décidé de prendre des arrêtés municipaux.

C'est le cas dans la majorité des 15 îles du Ponant, situées près du littoral nord-ouest de la Manche à l'océan Atlantique. L’accès y a été restreint aux seuls résidents permanents et au personnel assurant des missions de service public. Impossible donc pour les propriétaires de résidence secondaire des îles de Ouessant, Groix ou d'Yeu de prendre un bateau pour rejoindre leur maison de vacances.

Les rotations ont d’ailleurs été limitées : à deux par jour à Groix au lieu de 5, avec seulement 100 passagers à bord. Sur cette île, située dans le Finistère, plus de 50 % des habitations sont des résidences secondaires. Les structures sanitaires ne sont pas adaptées à la crise en cours, selon la municipalité.

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Services sanitaires limités et évacuations prévues

À Belle-île-en-mer, plus au Sud, dans le Morbihan, on n'a pas pris de telles mesures. Joint par notre journaliste Marie Casadebaig, le maire de la commune du Palais, Frédéric Le Gars, précise que l’île n’a pas été envahie, comme certains habitants le craignaient. Entre dimanche 14 et mardi midi 16 mars, début du confinement, 600 passagers ont débarqué, faisant grimper le nombre d’habitants de 5 400 à 6 000.

Les mesures de confinement ont ensuite stoppé les arrivées. Rien d’impossible à gérer pour Frédéric Le Gars. « L’île possède une maison de santé, rappelle-t-il, mais en cas de suspicion de coronavirus, les patients seront automatiquement évacués vers l’hôpital de Vannes, sur le continent. »

Comme Belle-Île, Ouessant n'a pas été envahi par les résidents secondaires. Son maire Denis Palluel, également président de l'association des îles du Ponant, justifie les arrêtés munipaux. « Nous on est bien content d'accueillir du monde à la saison touristique. Mais là on est dans une situation un peu exceptionnelle ! Il faut se débrouiller avec des ressources limitées. Sur l'alimentaiton, évidemment, on est entièrement dépendant du continent. Et on sait bien, que les gens qui sont arrivés, si on avait ouvert les vannes, eh bien ils ne repartiraient pas. D'autant plus que les services sanitaires sur place sont limités. A Ouessant, il n'y a qu'un seul médecin. »

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